là tout de suite


 

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Jeudi 30 novembre 2006
Il faut que je te dise. Samedi, j'ai été invité par ma belle soeur sous le fallacieux prétexte que c'est son anniversaire. J'aurais du me méfier, c'était louche dès le départ, ma belle-soeur étant accessoirement la mère de la Bête. Mais si souviens-toi :


Lui-même.


Elle avait donc un plan machiavélique en tête, plan consistant à écraser comme une merde ce dimanche pendant que son Tiboudbeauf nettoyait celle du cucul de son fils.


De merde.


L'enculée.


Mais je reprends du début, hein, parce que je vois bien que tu es largué et après tu vas me reprocher de tout faire dans l'obscur même pas clair pour faire mon ptit con de gars qu'aime quand les gens ils comprennent pas et après il sirote des margaritas avec ses potes en se foutant de ta gueule.


Alors que pas du tout.


La veille, parce que je te la fais chronologique et simple et tout (et non, je te prends pas pour un con, je bois même pas de margaritas, c'est dire). Donc, on arrive avec les cadeaux et les coquetiers (comprenne qui pourra), et bien entendu, dès que j'entre, qu'entends-je, qu'entends-je ? J'entends-je un gosse qui éternue.


C'est mal barré. Je souris quand même, de mon sourire ''j'hypocrise à mort, mais dans la joie, la gaieté et la détente de tout mon être''.

Mon frère me demande si je suis constipé. J'élude habilement la question, tout en maudissant la perspicacité des cons, en posant celle qui me brûle les lèvres depuis que je suis entré : ''et ton chiard charmant bambin, comment va-t-il?''


''_M'en parle pas, il a la crève depuis ce matin, ça allait tout bien hier, et là il crache des glaires toutes les deux minutes et il chouine tout le temps.''


...


Je commence à avoir des sueurs froides. Il est donc en mode ''Satan''. Il va falloir être fort.


Heureusement, il va vite au pieu, de toutes façons ses géniteurs sont là, ils se démerdent avec, faut pas déconner. Soirée familiale, avec ce que ça comporte comme conneries proférées, comme bouteilles éclusées et comme surprises super de la balouze présentées. Le frère de la belle-soeur a amené sa copine, fille d'un gros ponte du pétrole français au Qatar (Claude, t'es trop con, tu l'as laissée passer celle-là, franchement...), on parle croûtes, ménopause et caca, bref des sujets passionnants comme seule une réunion familiale en Moselle peut en fournir. Je me demande si je n'ai pas une certaine influence sur les discussions depuis ma super maladie...


Ma méfiance s'endort, la salope, en même temps que s'évanouit sous nos yeux la forêt noire de 5 kilos (dont 4 de beurre) qui nous fait office de dessert.


Pourtant, le doute aurait dû me titiller le cervelet quand je les ai entendu dire qu'ils allaient faire la grasse mat' en sortant la gnôle. Mais non, moi, comme un con, je rigole avec le grand-père de la belle-soeur. Je me mettrais bien des baffes.


Ce matin, donc. Réveil difficile. Un ''IIIIIIIIIIH'' aigu me vrille les tympans. Je songe d'abord à la chasse d'eau qui fait un peu un bruit de missile sol-air fonçant sur sa cible quand elle est en forme. Je songe à présenter ma façon de penser à l'importun à coup de tatanes bien polis dans son fondement, avant de réaliser que la force n'est pas avec moi aujourd'hui. L'intelligence non plus d'ailleurs, mais là j'ai l'habitude.


Mais non, ce son-là est reconnaissable entre tous.


La bête a faim.

Les ronflements en stéréo que je perçois (enfin, qui font vibrer les murs de la baraque, plutôt) me font penser qu'aucune aide ne viendra, ni des parents indignes du môme, ni de la grand-mère infirmière puéricultrice-directrice de crèche ''que je sais m'occuper des gosses moi ptit con mais là je pionce alors tu me lâche la grappe''. En d'autres termes, c'est ''démerde-toi land''. Je commence à comprendre pourquoi j'ai été invité.


J'aurais dû laisser les coquetiers à la maison, définitivement.


J'entre avec circonspection dans sa chambre. Le bruit qui s'accorde tellement bien à mon mal de crâne que c'en est une merveille, enfin je me comprends, est insupportable. Disons le. Première étape, donc, lui faire fermer sa grande gueule.


J'allume la lumière. Fatal error, man. La lumière ça éblouit, ça fait mal aux yeux, ça fait chialer. En tous cas chez lui, ça double les décibels de ses cris.

Je reste calme, tu me connais, maintenant, je sais gérer et tout. Je ne mets donc que 5 minutes à peine avant de trouver la totosse qui se trouvait devant moi, et je n'ai foutu par terre que la moitié de la chambre.

Je m'étonne moi même de ma sérénité


Fort de ces capacités hallucinantes, j'approche du machin qui a arrêté de crier dès qu'il m'a vu. Il a son sourire de fourbe. Et la morve au nez. Ah mais attention, je ne parle pas d'un ptit filet transparent que j'en rirais de soulagement, non. Je parle d'un opercule séché qui lui bouche les deux narines, maronnasse, que même au marteau piqueur ça doit être super simple à enlever. Tu m'étonne qu'il gueule tout ce qu'il a, le machin.


Bon, j'ai besoin d'équipement. Je me souviens alors des bons conseils d'Hannibal Smith dans l'agence tout risques (j'ai les références que je peux et je t'emmerde). Préparation, organisation.


Sérum phy. Check.

Coton-tiges. Check

Table à langer. Check.

Gosse. Check


Bien. 1 : Gosse sur table à langer. Ça c'est facile, et dans sa grande bonté, il n'éternue que deux fois sur moi pendant l'opération.

2 : sérum phy sur l'opercule de morve, histoire de ramollir tout ça. Il aime pas. Une joie sadique m'envahit, un peu comme quand je lui ai pris la température il y a deux semaines. Mérite que ça. Gestes sûrs, limite pros. Demain, je fais auxiliaire de crèche sans soucis, tellement je m'impressionne.

3 : Déblayage de la morve. Il aime encore moins. Je me reçois en pleine face son arme secrète qu'il a du apprendre de son maître chinois centenaire sous les chutes du Xian-Te-Xiou au Tibet, j'ai nommé le cri qui tue. Ou alors il était livré avec. En tous cas, c'est efficace, pas de doute. Mais moi aussi j'ai de la pratique, sans parler du fait qu'il m'a déjà fait le coup et que je suis sourd de l'oreille droite depuis. On m'a pas comme ça. Maintien de la tête en place d'une main, extirpation de la substance maintenant gluante de l'autre. J'ai l'impression de jouer au docteur maboul, dès que je touche le nez, le neveu de l'Enfer fait BIIIIIP.


Ou plutôt WWAAAAAAAAAAAAAAAAHHH! Mais c'est pour le bien de la comparaison, tu me pardonnes. Si.


Fini. En a peine une demi-heure. Je regarde Hannibal Smith allumer un de ses barreaux de chaise et mettre sa main sur mon épaule.

''J'adore quand un plan se déroule sans accroc''

A ton service, mec.

Bien sûr, c'est à ce moment qu'une voix me fait sursauter, celle de la mère du ptit gars, à peu près aussi vrillante que celle de son fils.

''Oooh, tu l'as nettoyé et tout? Mais fallait pas, t'aurais du nous réveiller''

Apparemment, elle n'a pas conscience qu'il y a 5 minutes encore, un 15 tonnes lui roulant dessus lui aurait à peine fait tressaillir une narine.

C'est décidé, je reprends les coquetiers, bien fait pour sa gueule.


Pour ta gouverne et aussi parce que j'aime te faire rire, petit(e) canaillou(te), sache que depuis 4 jours, j'ai un rhume de derrière les fagots, avec fièvre et tout le tremblement.


Je crois que ce n'est pas la peine de lutter, le démon m'aura à l'usure.

Par tibou - Publié dans : la Bête immonde
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Mercredi 29 novembre 2006

Texte qui vagabonde sur les rythmes lancinants du dernier album de Morphine : The Night.


Il a chaud. A côté de lui, elle respire doucement, renifle un peu, parfois. En fond sonore, Morphine, son saxophone traînant, sa basse et sa batterie paresseuses, et la voix de Mark Sandman, grave, suave, douce, épouse l'humeur mélancolique que cette étouffante nuit d'été a distillé en lui.


Il se demande comment elle peut dormir. Tout à l'heure, elle cherchait son peignoir, se promenait nue dans la pièce, gracieuse, son petit corps tout en rondeurs encore humide de la douche froide qu'elle venait de prendre. Elle souriait, le narguait. Lui, comme d'habitude, ne pouvait regarder ailleurs. Elle occupait tout l'espace, emplissait totalement son champ de vision. Mais même cette vue, même ce sourire n'avaient pas vaincu la torpeur qui l'avait envahie.


Ils n'avaient pas fait l'amour. Trop chaud, trop lourd, trop envie de rien. Et maintenant, il se lève, vers le frigo et la bouteille d'eau qui s'y trouve. Il la regarde en buvant. Tout à l'heure, elle avait l'air si vivante, si belle. Mais là... Elle n'est plus là. D'elle, il ne reste qu'un tas de chair vide, une coquille qui attend le retour de sa propriétaire, probablement partie dans un endroit supportable. L'Islande, peut-être, elle aime bien l'Islande, le contraste du climat glacial et des geysers bouillants. Ou la Laponie. Les histoires qu'elle préfère viennent de ces pays, froids, arides. Parfois, elle lui demande d'en raconter une, elle dit qu'il sait faire passer des choses avec sa voix qu'elle ne parvient pas à imaginer, mais lui ne connaît que peu de récits de ces contrées. Ses voyages imaginaires, il les vit dans une Asie fantasmée, dans le gigantesque palais sous-marin du Prince-Dragon, en compagnie des danseuses les plus douées du monde. Elle le taquine souvent gentiment là-dessus, se demandant à haute voix pourquoi il avait jeté son dévolu sur une boule blonde alors qu'il rêve de lianes brunes aux yeux bridés.


La réponse est toujours la même : lorsqu'elle bouge, il est fasciné. Mouvements fluides, qui coulent, sans à-coups. Lorsqu'elle fixe sa bouche qui lui conte des pays lointains et imaginaires, il voyage avec elle. Elle l'emmène loin, et ne part presque jamais sans lui.


Sauf quand elle dort. Quand elle dort, elle s'en va seule, l'abandonne.


Il monte dans le lit, la réveille sans le vouloir. Elle se retourne, encore à moitié endormie, l'enlace, cherche sa bouche, renonce, pose ses lèvres dans son cou. Lui l'observe, à moitié ici, à moitié ailleurs. Il lui rend son étreinte, se colle à elle, trouve ses lèvres.


La chaleur est toujours là, mais ils feront avec. Après tout, ils sont de nouveau partis, loin.


Take me with tou when you go now

Don't leave me alone

I can't live without you

Take me with you when you go.


Morphine, Take me with you,

in The Night.

Par tibou - Publié dans : La musique adoucit-elle les moeurs?
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Mardi 28 novembre 2006

Eh! Je te parle.

Oui, oui à toi, qui essaie de me faire rentrer dans une de tes petites cases.

Tu veux m'avoir à l'usure, me formater à ta guise. Je vois dans ton jeu. Tu ne m'approches pas, trop lâche. La vitre est là pour garantir ton hygiène.

Je te dis maladie, tu penses contagion.

Je démens, tu fais apparaître sur ton visage de bovin ce petit sourire condescendant qui définit si bien tous ceux de ton espèce.

Je te dis intestin, tu penses saleté, incapacité, déficit de popularité.

Je te dis chronique, tu penses ''sans espoir''

Je te dis aide-moi, tu penses à me laisser dans ma merde, bien au chaud, si possible en me rayant de ta liste, ça fait toujours bien dans les stats.

Je te demande un peu de ton temps, tu songes à partir un peu plus tôt aujourd'hui.

A toi, petit furoncle du quotidien, petit employé engoncé dans ton petit costume, faisant ton petit métier au pire de tes petites capacités, jalousant ta brillante collègue qui se démène en 48 pour aider son interlocuteur, qui paraît sincèrement désolée lorsqu'elle échoue, qui essaie, qui fait ce pour quoi on l'a engagé, tout simplement, à toi je n'ai rien à dire.



Alors si on arrêtait là cette guerre froide qui nous épuise l'un et l'autre? Si tu écoutais, baissais cette vitre qui nous sépare, te confrontais à ma réalité? Soyons fous, si au lieu de me pointer chaque mois dans ton ordi, de faire semblant de regarder tes annonces avant de me donner rendez-vous au mois prochain, le tout sans me regarder, tu prenais un peu de temps pour m'aider à trouver ce petit travail qui me donnerait un peu d'estime de moi? Si tu me regardais, de temps en temps? Je ne te demande pas de mémoriser mon visage, mais de te rendre compte que la voix étouffée par l'hygiaphone (que tu es le seul à utiliser dans l'agence, et seulement pour moi) ressemble à quelque chose d'humain, de me serrer la main, de m'accorder le minimum. D'oublier la seule chose dont tu sembles te souvenir lorsque tu entends mon nom (mais peut être est-ce aussi entré dans ton PC; tu as l'air perdu sans lui, nu, désemparé.):

MaladieMaladieMaladieMaladieMaladieMaladieMaladieMaladieMaladieMaladieMaladieMaladie

un mantra presque tangible dans tes yeux, dans ta hâte à ne pas me toucher, à ne pas m'approcher.

Je n'ai pas la peste.

Je suis propre.

Je ne fais plus à côté de la litière depuis longtemps.

Parfois même, je me mets du déodorant.

Même ta collègue m'accorde plus d'attention que toi. Dans son regard, je lis de la pitié. Pas de mon état, qu'elle ne connaît pas, mais de t'avoir comme conseiller.

Ça ne t'interpelle pas? Ça ne te fait pas réfléchir?



La honte ne t'effleure-t-elle jamais?




Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Lundi 27 novembre 2006

Il m'arrive un truc bizarre.


Oh, ne t'attends pas à des révélations fracassantes, à un truc de dingue, échevelé et digne d'un James Bond sous speed comme je t'y ai habitué avec mes superbes chroniques de la Bête. Non non non. Là je m'interroge.


Alors introspection chiantissime au programme.

Simplement, il m'arrive un truc bizarre. Je me suis toujours dit qu'un blog, tu vois, c'est un grand ''MOI JE'', une espèce de cri d'égoïsme pur dans le vide intergalactique qu'est la toile, qui fatalement n'intéresse personne, puisque trop personnel. Faut croire que je me suis trompé, puisque j'ai droit à des commentaires. Et ça, ça me trouble d'autant plus que les commentaires les plus nombreux et développés viennent en général des notes les plus personnelles. Et je ne parle pas seulement, ni même principalement des petits mots en bas de notes, certes sympathiques et qui parfois font plus de le bien dans ton petit coeur tout mou qu'un long discours, mais de mails ou de témoignages MSNesques (notamment de la communauté gériatrique Bretonne), et même de réponses de visu.


Ça me fait tout bizarre (Quoi je l'ai déjà dit? C'est ton blog? Ton MOI JE? Mmmmh? Aloooors?), j'ai un peu l'impression de parler à des gens (mon Dieu, des GENS!), ce qui n'était pas le but du tout au départ. Je dois avoir l'air con à découvrir les effets secondaires du blog, je sais, je débarque. Mais j'ai commencé alors je vais jusqu'au bout.


Bizarrement (j'ai décidé de dire décliner le mot bizarre jusqu'à ta nausée, t'es prévenu), ce sont les témoignages de gentillesse qui me troublent le plus. Les menaces d'excommunication (on dit comme ça? On s'en fout? T'as raison), ça ne fait ni chaud ni froid (d'ailleurs, mon amie extrémiste, si tu rêves toujours de m'excommunier en te masturbant (mais la lumière éteinte, soyons respectueux) frénétiquement avec ton crucifix, sache que ton éventuel succès fera deux heureux : toi et moi. Ben oui, je cherche à faire annuler mon baptême sans me convertir à une autre religion depuis mes 14 ans. Alors si tu as un truc, je te pardonnerai ta luxure nocturne. Même, à la rigueur, je pourrais tenir le crucifix. Tu vois, je suis bon )) . Les messages du genre ''je me retrouve dans ce que tu écris'', ça aurait limite tendance à me mettre les jetons, à me bloquer. Pas que ça ne me touche pas, bien au contraire, mais je me retrouve dans une situation à laquelle je ne m'attendais pas : je suis lu. Et même, je suis lu attentivement et parfois même (mais là je m'avance) apprécié, et là, ça me troue le cul, si tu veux bien me pardonner cette expression quelque peu triviale. Parce que personnellement, je serais incapable de dire cela à quelqu'un que je connais très peu. Écrire ce genre de choses, c'est se mettre vraiment en danger. Tu me diras sans doute à ce moment qu'écrire certaines des notes précédentes, c'est se mettre autrement en danger que cela. Certes, certes, mais je ne suis pas à une contradiction près.


Ce que j'écris, ce n'est pas un dialogue, je ne m'adresse à personne d'autre qu'à moi, dans ma tête, contrairement à un commentaire sur la note de quelqu'un d'autre. Elle, j'adore ce qu'elle fait. Je meurs de ne pas pouvoir rendre les choses comme ça, à la fois si simplement dans le ressenti et si complexe dans le processus... Et pourtant, je suis incapable de le dire autre part qu'ici. Dès que j'essaie de commenter ses notes, c'est le blanc, les sueurs froides, le vide intersidéral, les platitudes qui se pointent en rengaine, forcément indignes de la force et de la justesse de ce qui se passe juste au-dessus, ou la loghorrée vomitoire, narcissique et antisynthétique qui ne fait que plonger l'auteur dans le ridicule... C'est tout caca, en fait.


De la même manière parler de ce que j'écris, à des gens (mais merde, quoi, des GENS, bordel !!) ça me met un ptit peu le trouillomètre à zéro, et si je ne me contenais pas si bien, je ferais même parfois pipi dans ma culotte. Un peu coincé de l'empathie, bloqué de la communication.


Le week-end dernier, j'étais chez des gens bien (et que j'irais même jusqu'à qualifier de gens qu'ils me font du bien dedans. Là. Non, là !) qui lisent mon blog. Ça m'a frappé à ce moment : tu ne peux plus reculer, ce que tu écris, les autres le savent. C'est la règle du jeu, qui est restée abstraite jusqu'à ce moment-là. Mes amis me lisent, et gardent ces écrits dans leur esprit. Ce que je couche sur l'écran change leur perception de ce que je suis. Et ils veulent en parler. Et ça me terrorise.


Si.

Mais surtout, toi (non pas toi, copine, toi tu peux me demander c'que tu veux, tu le sais), qui me ponds mail sur mail dans le seul but de me faire comprendre à queeeeeeeeeel point on se ressemble et qu'on a la même vie et que tu vas appeler tes enfants Tibou (oui, j'extrapole, là, ça se voit tant que ça? C'est si pas crédible que ça qu'on veuille baptiser ses enfants Tibou?).

Toi plus que tout, tu me fais peur.

Quelle preuve as-tu que ce que j'écris correspond à une queconque vérité? Que je n'invente pas tout ou que je ne puise pas mon inspiration dans la vie de mon caniche nain rose (qui au passage s'appelle Kiki au cas où tu voudrais baptiser tes enfants par rapport à lui, finalement)? Que j'ai un caniche nain rose? Que ce blog n'est pas une expérience scientifique destinée à étudier la crédulité des gens, comme ce prof de Nancy qui placardait des avis de recherche de jeunes filles autour de la fac et a provoqué une véritable psychose pendant 3 semaines dans le seul but d'étudier les effets de la rumeur et du bouche à oreille chez l'être humain? Que j'ai un pyjama Bidochon et que je raffole de la glace vanille noix de pécan? Oui, toi, toi, par dessus tout, tu me fais peur.


 

(Et si ça se trouve, en fait tu as un caniche nain rose, et là, je hurle, j'te préviens)


Mais bon, avec ça, je rencontre virtuellement des gens (j'en reviens encore pas, tu m'excuses, mais des GENS, te rends tu compte?) nouveaux, sympathiques, attachants, timbrés, (vieux, certes, parfois, mais pardonnons-leur ce petit défaut) et doués comme c'est pas permis. Alors bon, on va faire un effort, paraît que ça vaut carrément le coup. En tous cas je le pense, c'est déjà un sacré progrès.


Ptain, le ramassis de crétins qui me lit me fait avancer, quand je dirai ça à mon psy que j'ai pas ! (désolé, hein, personne n'est à l'abri d'un accès de sincérité)

Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Vendredi 24 novembre 2006

1932. La crise. Freddie, lui, ne la voit pas, sont truc, c'est le cinéma, qui fait rêver, frissonner d'excitation, rire, qui donne le plein d'émotion à un gosse de Marian. Il voit bien que son père file un mauvais coton, mais ce qui lui importe avant tout, c'est qu'il laisse la bouteille de whisky qu'il a éclusé dans la journée sur la table du salon. Après tout, c'est grâce aux consignes des bouteilles qu'il peut se payer sa tranche de rêve hebdomadaire. L'insouciance, en ces temps cruels, ne dure jamais longtemps.


Al en a assez. Assez de ce père alcoolo qui utilise la moindre excuse pour ne pas chercher du boulot. Marre d'être le seul à subvenir aux besoins de la famille. Marre que l'argent qu'il a gagné disparaisse brusquement et qu'une nouvelle bouteille apparaisse comme par magie dans la main de son père. Alors un jour il pète les plombs, crie sur ce géniteur penaud mais incapable de faire le premier pas pour se désintoxiquer. Mal rasé, les yeux chassieux, vieilli avant l'âge, l'homme commence par se rebeller, tente d'imposer un respect qu'il ne détient plus depuis longtemps. Et puis, il voit Freddie qui espionne par la porte entrebâillée, et ce dernier sursaut s'envole, la honte envahit tout. Il écoute son fils l'accabler de reproche, tente de balbutier une fois de plus ses excuses débitées mille fois, comme un boxeur groggy essaierait de lutter malgré l'avalanche de coups que son adversaire fait pleuvoir sur lui. La tête entre les mains, pendant que les paroles de son fils ouvrent de profondes blessures dans sa fierté, il se laisse doucement sombrer. Al vocifère, toise son père d'un oeil méprisant. Il se sent fort, il s'acharne.


Freddie est dans la pièce. Il entend, il voit tout. La honte du père de savoir ce que son plus jeune fils pense de lui. Celle de ne plus inspirer que du mépris à Al. Et puis la colère qui monte, finit par prendre le dessus. L'empoignade soudaine qui s'ensuit. Les cris de Freddie, et finalement la douleur dans son pied, alors qu'Al l'écrase de tout son poids pour se dégager. Le moment de folie qui disparaît, ne laisse que la honte, le dégoût de soi, l'amour pour ses fils. Il réalise l'absurde de la situation en même temps qu'Al. Ils s'étreignent, violemment, convulsivement, sanglotent des excuses. Freddie regarde, sans comprendre toute la complexité de la scène, mais ressent les motions de sa famille, les prend comme une claque.


Cette nuit, Freddie pense que rien ne sera plus pareil. Le matin lui donne raison. Sur la table une lettre qu'Al lit avec désespoir. Le père est parti. Trouver du travail ailleurs qu'à Marian, dit-il. Il compte sur Al pour prendre soin de son frère, mais Al est jeune, et la crise cruelle. Rapidement, il se retrouve réduit à voler. Suivi discrètement par Freddie, il tente une première fois d'agresser un homme, qui se révèle être une proie récalcitrante. La police arrive. Al supplie Freddie de fuir. Course. Vers la maison. Vêtements. Argent. Fuir, vers la voie ferrée.


C'est le début de l'aventure de Freddie, à la recherche de son père. La rencontre avec Sam, le roi d'Espagne, qui sauvera son innocence. La route. Les trains : wagons de marchandises, essieux, toits, tout est bon pour voyager. L'arrivée à Detroit, le début de la chasse aux communistes, les grèves. La pauvreté, la vraie faim, les nuits à la belle étoile. L'amitié, la solidarité, les trahisons, parfois. La communauté, dure, mais soudée. Les petits riens qui rendent heureux.


La mort.


Mais surtout la route. D'Ouest en Est. D'Est en Ouest. Le territoire des Hobos, et celui de Sam et Freddie, les Rois Vagabonds.

Les Rois Vagabonds,

James Vance-Dan Burr,

Vertige Graphic

17€

Par tibou - Publié dans : bouquins, disques...
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Vendredi 24 novembre 2006

Lecteur, mon copain, lectrice, ma copine, Thorn qu'est ni l'un ni l'autre, l'heure est grave. Enfin, on dirait.

Ça va mal sur les blogs. Si. Enfin, sur ceux que je fréquente. Et que je veux m'arracher la peau, et que mon grand père est mort, et que ça va pas bien, et que je me suis coupé le bras, et que je suis tombé d'une échelle et je suis tétraplégique...


Cubik, il me dit que c'est parce qu'on est en Novembre. C'est ptet ça. En même temps, moi je crois qu'à moitié les gars qui mettent des jupes et des strings a paillettes faits avec leurs propres poils en macramé. (mais chuuut, ne le répète pas, c'est notre secret) (et si tu répètes, j'te lapide avec des frites molles) (peur de rien, moi). N'empêche si vous saviez, ben vous viendriez pas la ramener avec vos petits tracas, hein. Non parce que les blessures, les maladies incurables, les cancers du foie tout ça c'est de la gnognotte quand on sait que JE SUIS PAS FOUTU DE TENIR UNE FRITE SANS EN METTRE PARTOUT PARCE QUE J'AI LA TREMBLOTTE!!!


Alors t'es gentil, mais tu as un peu de décence maintenant, ami bloggueur, tu ranges gentiment tes petits troubles intestinaux, tes peines de coeurs ridicules et tu t'intéresses un peu au mal qui me ronge. Oui, tu fais ça. T'y es, là ?


Bien.


Donc, ce matin augurait d'une belle journée, les corbeaux tuaient les rossignols à coups de bec dans l'arbre du voisin, le routier de l'autre côté de la route écrasait son premier hérisson de la journée en sifflotant, sur l'aérodrome d'en face, le pilote qui s'était trompé de bouton se crachait comme une merde sur le tarmac, le repeignant en rouge et noir (j'exilerai ma peur, j'irai plus haut que ces montagnes de douleur).


Limite j'étais de bonne humeur. Et là, hop, je vais prendre mon Nesquik, tout ça, tout en me désolant sur le sort des retraités partis trop tôt et sur le fait que mon neveu, alias la Bête, ne connaîtrait jamais ce gros joufflu de Groquik. Je prends mon bol...


Et là c'est le drame, je tremble des mains, le bol commence à se faire la malle, j'appelle la Force, le pouvoir du crâne ancestral et Groquik, mais rien n'y fait, j'ai la tremblotte et je m'en fous partout.


Bordel de merde, si je puis m'exprimer en ces termes quelque peu licencieux. Ça sert à quoi de vénérer des icônes disparues si elles apparaissent même pas quand on a besoin d'eux, hein ?


Dooonc, je change de cravate, tout ça (oui, bon, j'enlève mon pyjama Bidochon, quoi)(fais gaffe hein!), et tout se passe bien jusqu'à il y a une demi heure.


Le constat est là, il est dur, mis je dois l'affronter. Je suis une merde en tenage de frite (et je dis tenage si je veux. TENAAAAAAAAGE, saloperie de correcteur d'orthographe, je fais skejveux!), Folie Privée va me tourner le dos et me maudire juqu'à une génération qu'on a même pas le nombre traduisible en mots, Cubik va arrêter de me prêter ses jupes (mais chuuut)...


Alors tes états d'âmes à deux balles, excuse moi, mais ça me fait rigoler tout en dedans de moi-même. En plus Philippe Noiret est parti se faire une grande bouffe au ciel, l'enculé.


Je ne te l'ai peut être jamais dit, lecteur mon copain, lectrice ma copine, Thorn, mais la vie des fois, hein...


C'est vraiment une tartine de merde.

Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Mercredi 22 novembre 2006

Réveil, par la voix rauque et sucrée de Huey, le chanteur des Fun Lovin' Criminals. Mais sucrée ou pas, la dite voix, enfin la mini-chaîne d'où sort la dite voix, se prend la traditionnelle baffe que je lui destine chaque matin. ''Yeah we're all, very worried about ycrshttttt * plop *'', lâche le haut-parleur avant de rendre l'âme. S'il était si inquiet, le Huey, hein, il me réveillerait une heure plus tard. Enfin, il s'agit d'une combattante courageuse et tenace, je dois l'avouer. Chaque matin, elle essaie, inlassablement. Et chaque matin elle se prend sa claque. Infatigable. Je me dis qu'elle est un peu con.


6h30, bordel ! Et tout ça pour quoi, hein? Pour aller se faire garnir d'aiguilles en tous genres au CHU. Oui, parce que te rappelles-tu, lecteur, de mon petit incident du mois dernier? Hé bien il faut que je retourne dans ce joyeux pensionnat où j'ai passé la meilleure semaine de ma vie pour une 'visite de contrôle', histoire qu'ils prennent des nouvelles, parce qu'ils sont very worried about me, tu vois? Enfin, ils sont surtout vexés de n'avoir pas trouvé ce que j'avais, j'ai l'impression. Alors ils se vengent comme ils peuvent, ces mesquins.


La vie, des fois, c'est vraiment une tartine de merde.


Bon, lever, tête dans le cul, je me cogne bien sûr la tête contre la poutre de la chambre, pousse quelques jurons que la bienséance me pousse à retranscrire intégralement ici : 'Bordel de pute de couille à merde!'. Ça va tout de suite mieux. Descente des escaliers, je glisse deux fois, me raccroche à la rambarde à la dernière seconde et manque de me mettre la plus grosse écharde de la création dans le pouce droit.


La routine, quoi.


Douche. Comme d'hab, je commence à entonner, de ma belle voix mâle et rauque et sucrée encore plus que Huey qu'il est jaloux mais je reste humble, 'la bonne du curé'. Comme d'hab, les corbacs du coin s'enfuient en poussant des cris d'agonie (deux d'entre eux sont d'ailleurs foudroyés sur place), comme d'hab ma mère fait de même, et comme d'hab mon pécroute de voisin, qui a préalablement mis ses boule quiès (je crois qu'il a des problèmes de sensibilité au niveau du tympan, le pauvre homme) me remercie des pouces.


Ptit déj, vite expédié, je regarde le temps dehors. Bien entendu il pleut, sinon, c'est pas drôle. Je sors le vélo, l'enfourche héroïquement (oui, héroïquement. Il pleut, merde!), et c'est parti pour une matinée pleine d'activités.


Je passe sur le train, sur ma crise d'apoplexie devant la machine et le prix du billet, ainsi que sur la vieille qui m'a demandé si je savais lire l'anglais et que j'ai bien sûr poliment massacré à coups de barre à mine. Hop, Nancy.


Il y a un truc que le monde nous envie, à Nancy. Enfin, que le monde nous enviait. Sisi. C'est bien sûr son tram. Je crois qu'on n'a jamais fait autant rigoler la planète qu'avec ce machin. Il faut savoir qu'à son lancement, lecteur, le tram de Nancy ne fonctionnait pas sous la pluie, ce qui pourrait être un critère acceptable pour relier deux villes dans le Sahara, mais qui lui enlève à peu près 95% de son utilité dans notre bonne vieille capitale de la Lorraine. Ensuite, il y eut les déraillements, à raison d'environ un par semaine, pendant 6 bons mois. Et je ne parlerai pas du look de la bête, une charmante amie l'ayant qualifié de 'fourmi à roulette', fin de citation.


Bref, on l'aime, il nous ressemble. Enfin, surtout aux Vosgiens.


Mais ce matin, le tram, il a pas été rigolo.


Heureusement, le docteur (enfin, la doctoresse) qui m'a reçu, elle elle a été super rigolote.


'baissez votre pantalon, et tournez-vous'. Comme ça, direct.

J'ai failli lui dire qu'on se connaissait à peine, mais elle l'aurait peut être mal pris. Quand je l'ai vue enfiler un gant et le lubrifier, je me suis dit que finalement, j'aurais dû, après tout, hein, son doigt, j'allais sûrement mal le prendre aussi...


T'ai-je déjà dit, lecteur, que la vie des fois, c'était vraiment une tartine de merde?


Après ma mise à l'index rectale, elle a eu l'air vachement plus détendue. Quand je te dis que c'est rien que des sadiques, les docteurs... Comme prévu, donc, cette visite n'a eu pour effet qu'une légère douleur fessière et une grosse blessure de plus à mon amour propre.


Retour en tram, donc, on a failli écraser un scooter qui finalement s'est viandé tout seul comme un grand, il a du péter son carbu de 45 et son pot ninja, quel domââââââââge. Arrêt à la librairie, c'est la fête de Cécile, et je vais lui trouver le bouquin dont j'ai parlé hier. Comme prévu, je repars avec 5 livres sous le bras alors que j'en ai une vingtaine en attente à la maison, et je me rappelle pourquoi je ne vais que rarement en librairie...


On va dire que c'est bientôt Noël, hein.


Dans le train, pour changer un peu, je sors la bd que j'ai acheté précédemment. Sortir un comic book de super héros dans le train, ça donne un peu le même genre de réaction chez la vieille courge que sortir un livre en anglais, sauf que l'air interloqué, au lieu d'être vaguement admiratif (genre 'qu'est ce que tu es fort, Tibou!' ,ce à quoi je réponds par mon air breveté 'allons allons, vieille courge, ce n'est rien, remets ta petite culotte, heuuu, ta couche'), il est franchement méprisant (genre 'Tibou, tu en es encore là? Quelle déception!', ce à quoi je réponds par mon air breveté 'si tu veux, je peux aussi le rouler en cône et te l'enfoncer dans le cul par le bout pointu, chère vieille courge'). J'aime le train.


Faudra que j'essaie avec un comic book en anglais un jour, ça risque de les déstabiliser au niveau du regard (genre 'quelle déception que tu sois aussi fort, Tibou!'. Faut que je réfléchisse encore à l'air breveté que je prendrais.)

Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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