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Mardi 21 novembre 2006

Sissy, c'est le genre de fille que tout le monde voudrait avoir à côté de soi, tu vois. Jolie, incroyablement jolie, même qu'elle a été mannequin pour la Comtesse, le pape homo de l'hygiène féminine, qui ne supporte pas la moindre odeur chez une femme. Et Sissy, elle est née avec un don du ciel : des pouces énormes, de véritables odes à l'auto-stop à eux seuls. Sissy a trouvé sa voie : elle traversera l'Amérique à la force de ses formidables appendices, devenant une véritable icône, une déesse de l'auto-stop, faisant tourner les têtes, et surtout celles de Julian, le Mohawk citadin diplômé de Yale et du Chinetoque, un vieil ermite concupiscent vivant à côté du Rubber Rose Ranch. Le Rubber Rose Ranch, ce sera là où tout basculera pour Sissy. Communauté de femmes désirant devenir cowgirls, et dirigée par Bonanza Jellybean, elle sera le centre d'une intrigue impliquant le FBI, le dernier groupe d'une espèce très rare de grues, le docteur Robbins, psychiatre de son état...


Bref, c'est le bordel.


Résumer Even Cowgirls get the Blues (Même les cowgirls ont du vague à l'âme), tu le vois, lecteur, ce n'est pas facile. Alors jeulfais pas, surtout que là n'est pas le point important de ce livre passionnant. L'important, c'est que Tom Robbins nous entraîne dans une histoire à dormir debout, mais avec un tel bagout, une telle faconde qu'on y croit, qu'on en redemande, et que les 400 pages de ce bouquin jouissif sont avalées en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Une galerie impressionnante de personnages hauts en couleurs, toujours à la limite de la caricature, mais avec ce je ne sais quoi qui les rend crédibles, une intrigue tortueuse et abracadabrante, mais prenante, des constants inserts de l'auteur dans le récit... Ce livre est décidément atypique.


Surtout, surtout, Tom Robbins n'a pas son pareil pour démarrer son récit d'une façon pour mieux passer au chapitre suivant à quelque chose qui n'a apparemment rien à voir, et de progresser par petites touches, à coup de comparaisons improbables mais qui font invariablement mouche, jusqu'à ce que le lien, finalement évident, se dessine sous nos yeux. Robbins déroule ainsi son intrigue par associations d'idées, idées qui suivent une logique tordue mais réelle (le livre commence tout de même par la proclamation par son auteur de l'amibe comme mascotte officielle de son livre, avec démonstration du pourquoi à l'appui). Dès lors, un jeu s'installe, celui de deviner par quel moyen l'auteur va se sortir du guêpier dans lequel il s'est fourré au début du chapitre et finir par renouer avec la trame principale de son récit.

Le tout est saupoudré d'un humour joyeux, rafraîchissant et délicieusement barré (se rapprochant de ce point de vue d'un Pynchon), qui, s'il ne te fera pas rire aux éclats, lecteur, collera sur ta frimousse une banane qui te suivra tout au long du livre.


Un bouquin intelligent, drôle, divertissant mais appelant le lecteur à sortir de sa passivité par l'originalité de style de son auteur, Même les cowgirls ont du vague à l'âme est surtout un fantastique ''turn-pager'', happant sa victime consentante dès le début du livre et ne le lâchant qu'à la dernière page, pour le laisser plus heureux qu'il ne l'était lorsqu'il a ouvert de petit bijou.


Alors tu vas me faire le plaisir de lui donner sa chance, surtout qu'il est paru en poche. Que demande le peuple? (''Des patates!'' hurle la foule en délire. ''Demain!'' sera ma réponse. Ce soir, c'est soirée Cowgirls!)


Même les Cowgirls ont du vague à l'âme

Tom Robbins

Editions 10/18 , Domaine étranger,

9,50€



Par tibou - Publié dans : bouquins, disques...
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Mardi 21 novembre 2006

Bonjour Olivier.


Oui, c'est Céline. Oh, pas la vraie, elle ne se souvient de toi qu'au moment de lire ton mail annuel, pathétique tentative de renouer un lien qui n'existe plus que dans tes fantasmes. Moi, je suis la voix dans ta tête que tu as baptisée Céline. Un rêve de plus, si tu veux, oui, mais un rêve qui pense qu'il est temps que tu regardes un peu la vérité en face et te confronte à ce qui te fait peur au lieu de tourner autour du pot à écrire des banalités sans conséquences. Même maintenant, tu n'oses pas. Pas vraiment. Tu me choisis comme intermédiaire, parce que tu es incapable d'écrire quelque chose de sincère avec ''ta'' voix. C'est plus facile de faire parler quelqu'un d'autre que d'avouer de son propre chef qu'on a merdé dans les grandes largeurs, que la vision de soi que l'on a bâtie et que l'on a finalement réussi à substituer à sa véritable nature dans l'oeil de l'autre n'est qu'un masque souriant cachant... Quoi au juste? Le sais-tu toi-même? Moi, même à la fin, je n'arrivais qu'à en définir certains contours, flous, mouvants. 9 mois avec une ombre.


Oh, ne te crois pas complexe. La rengaine de l'homme torturé, traumatisé par la mort de son premier amour n'explique pas tout, et l'utiliser comme une défense, une excuse à ton comportement ne te grandit pas. Je te le répète, je ne suis qu'une voix issue de ton esprit. De fait, je ne réagis pas comme Elle. Par contre, je connais tous tes trucs pour te dérober, ces petites lâchetés quotidiennes qui te permettent de te voiler la face. Oui, Audrey est morte brusquement, et cela t'a anéanti à l'époque. C'est probablement une des premières choses que tu m'as dite, créant ainsi dès le commencement de notre relation une barrière infranchissable : Tu me l'as révélé non pas pour que je te comprennes, non pas pour partager avec moi ce que tu ressentais, mais au contraire pour te cacher de moi, premier non-dit enrobé d'aveux creux. Les meilleurs mensonges, paraît-il. Effectivement, ça a marché, au début. La vraie Céline en a même probablement été émue. Tu parles, un premier amour mort, si ça ne fait pas pleurer dans les chaumières, coco, qu'est ce qui le fera?


Finalement, tu ressembles plus à ton père que tu veux bien l'admettre. Il ne suffit pas d'aller à l'encontre du plus superficiel des défauts de son géniteur, à savoir son infidélité chronique pour faire de toi son antithèse. Comme lui tu instrumentalises tout, avec froideur. Tu calcules, Olivier, tu crées un labyrinthe tortueux de mensonges, de demi-vérités et de faits authentiques, tu te caches au centre, Minotaure hideux dont tu finis par ne même plus avoir conscience de l'existence, tellement le Thésée souriant et vide que tu as placé à l'entrée du Dédale te paraît réel. Jusqu'à ce que tout cela te pète à la gueule. Que ça te plaise ou non, ton physique n'est pas le seul point que tu partages avec ton père.


Le problème, quand tu m'as rencontrée, c'est que déjà certaines lézardes fissuraient les murs de ton labyrinthe. L'alcool ronge tout, Olivier, et dans ton cas, s'il ne fut pas un facteur déterminant, on pourra sans problème le classer dans les déclencheurs.


Oui, l'alcool et le sexe, ça ne fait pas bon ménage, et le fait est que tu buvais trop et que tu étais incapable de faire l'amour à ta petite amie, moi/Elle, en l'occurrence. Ensuite s'installe la peur, qui plante ses racines dans un terreau fertile fait d'incertitudes et de frustrations. As tu jamais pensé à moi, dans ces moments, où, apparemment et probablement sincèrement penaud, tu t'excusais une fois de plus de ne pas pouvoir répondre à mes attentes ? Oh, bien sûr, tu te sentais coupable, mais cette culpabilité a-t-elle jamais débouché sur une inquiétude concrète? T'es tu jamais demandé, avant que je te le dises, si je pouvais moi aussi me sentir coupable, si je pouvais penser que c'était MA faute? Et même après que je t'ai parlé de mes craintes, y as-tu réfléchi ne serait-ce qu'une minute sérieusement? La vérité, c'est qu'au lieu de chercher à faire face au problème, tu as fui, tu t'es réfugié à l'intérieur de ta tête, dans cette petite bulle imperméable au monde extérieur. Quand dans la laverie de la cité U je t'ai dit : ''je veux que tu me fasses l'amour'', tu as seulement répondu en baissant les yeux, évitant mon regard : ''j'aimerais aussi, mon coeur''. Constat d'échec. Tu te cherchais déjà des excuses, nous n'étions ensemble que depuis une semaine.


Engoncé dans ton égoïsme, enfermé dans ta certitude que personne ne souffre autant que toi sur cette Terre, prisonnier du labyrinthe que tu avais toi-même créé, tu as laissé ta peur se muer en colère. Je me posais des questions, bien entendu, qu'attendais-tu d'autre, quand l'homme qui dit t'aimer se dérobe constamment, évite les charges frontales ?


Et puis il y eut cette histoire. Je t'appelle un jour, je suis en Suisse en stage, et je t'avoue qu'un de mes collègues a dormi avec moi dans mon lit, et qu'il a essayé. Que je l'ai repoussé. Gros blanc à l'autre bout du fil. Puis ta voix. Tu me crois, tu me fais confiance.


Tu ne m'as jamais cru. Aujourd'hui encore, tu ne sais pas quelle est la vérité. Mais la seule vérité qui importe est celle-ci : tu te détestais tellement à cette époque que tu ne pouvais croire en moi. D'autant plus que sur le plan sexuel, ça allait plutôt pire que mieux.

A partir de ce moment, la colère est apparue. Elle s'est nourrie de ma première tentative de rupture. Étrange journée. Je te vois à Nancy, chez toi, je t'annonce que c'est fini. Nous passons la journée ensemble, et bizarrement, on ne sent plus du tout cette tension entre nous, tu parais détendu, libéré. Tu es gentil, tellement que je retrouve ce qui m'a donné envie de te mettre le grappin dessus 6 mois plus tôt. A la fin de la journée, nous sommes de nouveau ensemble.


Mais la colère est là, elle s'est juste retranchée en toi un petit moment, pour réapparaître brusquement. Tu as peur que je joue ce que tu appelles la ''girouette'' une fois de plus. Tu ne sais plus sur quel pied danser. Tu comprends parfaitement que je veuilles te quitter, même si cela te terrorise, et tu ne vois pas de raison pour laquelle j'aurais envie de rester avec toi. Tu m'aimes, et tu commences à me détester. Tu t'enfermes, tu parles de moins en moins. Je sens ta tension, et en vérité, je commence à avoir peur de toi, de cette violence contenue dans tes yeux, les rares fois où tu me regardes en face, dans tes silences lourds de paroles définitives, pires que des insultes. Dans tes poings serrés lorsque je te contrarie. Et quand tu parles, tes mots blessent, cinglent, giflent.


Au nouvel an, tu te contiens à grand-peine. Tu as trop bu, une fois de plus, ce qui complique tout, te rend odieux. A ta décharge, je n'ai pas été de la plus grande des gentillesses non plus. A un moment, je te trouve en train de pleurer sur le balcon du chalet. Tu es en T-shirt. Il gèle dehors, nous sommes dans les Alpes, le 31 décembre, il y a un bon mètre de neige en contrebas, mais tu ne trembles pas de froid. C'est de la haine qui déforme ton visage, qui crispe tes mains sur la balustrade et qui donne le ton de ton ''ne me touche pas'' alors que j'approche ma main de ton épaule.


Aurais tu été capable de me frapper, si nous n'avions pas été entourés, si Jay ne s'était pas mis entre nous à ce moment là ? Je crois que toi-même, tu ne le sais pas, et c'est bien ce qui te terrifie dans toute cette histoire. Mais finalement, ça n'a pas d'importance, car la violence était bien là, et il va falloir l'accepter, que cela te plaise ou non. Accepter de ne pas te retrancher derrière de piètres excuses et des voix sorties de ta tête. Accepter de t'ouvrir un peu au monde et de lui révéler qui tu es vraiment. Arrêter de jouer le rôle du gentil Olivier inoffensif. Tu n'est pas gentil. Tu sais parfaitement faire du mal aux gens qui t'aiment, exploiter la moindre faille et l'élargir froidement à coups de mots qui écorchent.


Tu sais parfaitement faire saigner.


Cette petite bafouille, c'est un premier pas.

Un tout petit premier pas.


Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Lundi 20 novembre 2006

Les copains c'est un peu bien, quand même. Si on prend Kuk et Nyl, par exemple, c'est des gens bien. Et c'est des copains. Alors les copains, c'est bien. Logique.


Tout ça pour dire que ce week-end, j'étais chez eux, et laisse moi te dire, lecteur, que quand tu vas chez Kuk et Nyl, ben c'est pas pour rien faire. Tu bosses, plein, tu bouges tes fesses, tu sues, tu te fais les muscles, bref, tu fais de l'exercice.


...


Naaaaaaaaan, j'déconne, en fait on a fait les courses (ce qui était déjà un bel effort en soi) et on a rigolé plein et j'ai mis Kuk la tête à l'envers sur le fauteuil parce qu'il mérite que ça.


Les copains, c'est un peu bien parce que c'est des gens qui te font te sentir à l'aise avec eux, même quand tu fous rien. Je dirais même que moins t'en fous, plus t'es à l'aise.


Avec Kuk et Nyl, ce week-end, on a été à l'aise comme des gnous. Même qu'on a regardé D&co à la télé. 2 fois, le samedi et le dimanche, parce qu'on est des grands malades.


Comment, toi lecteur, tu ne sais pas ce qu'est D&co, cette superbe émission sur M6 (déjà ça calme) où une dame à la légère surcharge pondérale (moi, mais en moche et blonde, quoi. Pis en fille aussi. Puis elle a mauvais goût aussi. Bon, en fait c'est pas moi du tout) massacre ton appartement sous prétexte de le relooker. Et nous, comme on est des sadiques, on aime bien ça, D&co. On se pourlèche les babines lorsque la dite madame propose de repeindre tes fauteuils Louis XV en rose, orange, vert et jaune. On a le sourire à la bouche quand elle pose le papier peint à fleur et suggère que les filles le colorient comme elles le veulent. On rit à gorge déployée alors qu'elle t'apporte les 45 lampes qui manquent à ton 12m² pour en faire une réplique de la galerie des glaces. Et disons-le, nous attendons avec impatience la touche finale, les bibelots par lots de 156 qu'elle pose sur ta cheminée repeinte en rouge à pois bleus, dans la vitrine ''qui serait quand même mieux avec des motifs japonais au pochoir'', sur l'appui de la fenêtre ''trop petite pour mettre des rideaux alors je t'ai amené des ronds en papier sulfurisé, tu vas voir, ça va être trop bien''. Le tout se déroulant apparemment sur une journée, donc tu imagines les finitions comme elles sont finies. Et cerise sur le gâteau, nous nous régalons devant l'air extasié-pour-la-télé-on-la-refait-coco-t'étais-pas-assez-enthousiaste-et-t'es-gentil-tu-tapes-pas -la-dame-on-en-a-encore-besoin-pour-traumatiser-d'autres-crétins-dans-ton-genre.


Aaaaaah, D&co, c'est la Simca1000 des émissions télé, la tartiflette en boîte de la décoration d'intérieur, le Perceval du bricolage. Ça te console de la disparition de C'est mon Choix, c'est dire.


Sinon, on a aussi eu notre dose de films bien pour se donner bonne conscience quand même, on a maté Requiem for a Dream en VF (Loïcaaaaa, tes cadeaux de DVD où il n'y a même pas de VO sous-titrée, hein, tu vois où ça nous mène? Je peux même pas passer pour un snob élitiste sur mon blog après. Sale bête. Pour la peine, je linke ton blog pour que tout le monde s'aperçoive que tu fous rien depuis un mois. Les copains, c'est des gens un peu bien parce qu'ils te remettent parfois dans le droit chemin, celui du postage de notes... C'est dur, je sais, mais c'est pour ton bien.). Je remarque que j'ai plus à dire sur les trucs nases de M6 que sur des films qui mettent la tête à l'envers. Mais bon, t'es un copain, lecteur, tu vas pas m'en vouloir, parce que t'es un peu bien.


Les copains, c'est un peu bien, parce que c'est des gens qui sont compatissants quand t'as des soucis.


Par exemple, moi, quand je vais chez les gens, ça loupe pas, j'ai la chiasse. Faut le savoir, c'est comme ça, une des grandes règles de ce monde. Et c'est bien du souci, ma bonne dame.

Eh ben ya encore des gens qui m'invitent, et Kuk et Nyl en font partie! Ils prévoient avant, hein, vérification annuelle des toilettes, achat de Moltonel 3 couches au kilo, bref, le minimum vital pour que tout se passe bien. Organisation et tout. Et même ils devancent le sort en te faisant dîner Japonais le premier soir, comme ça tu ne passes pas des heures à te demander ce que tu as bien pu manger qui ne passe pas. Le coeur sur la main, je te dis. Ils vont même jusqu'à te laisser un coin de sol bien sale au cas où tu voudrais vomir (parce qu'ils lisent le blog, et tremblent lorsqu'ils s'aperçoivent que tu es capable d'aller déranger un peu leur armoire dans la nuit) et que tu n'aurais pas le temps d'aller te soulager là où la politesse l'exige.


Cubik, tu sais ce qu'il te reste à faire, mon copain.


Les copains, c'est des gens un peu bien, parce que quand t'es con, ben ils t'aiment quand même (en général parce qu'ils sont aussi cons que toi, mais chuuuut, les copains, c'est aussi des gens un peu bien parce qu'ils se disent des vacheries pour-rire-c'est-tout-on-rigole-c'est-trop-cool)). Et même que dans mon système de valeurs des copains à moi que j'ai, plus t'es con, plus ils t'aiment (ben oui, hein, pour supporter une dose de connerie proche de celle d'un caniche nain, faut vraiment aimer l'autre).


Kuk et Nyl, c'est les gens les plus cons du monde. Ou pas loin. Pourvu que ça change pas.


Les copains, c'est aussi des gens qui gagnent des concours, alors Kuk a gagné le disque (dont je ne dévoilerai le nom que lorsqu'il l'aura en main propres, c'est à dire vers le 9 décembre, je sens que tu es tout déçu, lecteur) pour son superbe ''on ne crie pas au loup quand on est au milieu des tigres'', qu'il a pompé sur une série de M6 (oui je dénonce) et Cubik gagne le lot surprise (dont je ne dévoilerai la nature que le même jour. Les copains, c'est un peu des gens bien parce que t'as pas à te faire chier pour leur filer leurs cadals, ils se regroupent en troupeau rien que pour te faire plaisir) pour l'ensemble de son oeuvre. Voilà.



Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Dimanche 19 novembre 2006

Note : ceci est une sorte d’introduction à ce que j’ai vraiment envie d’écrire, et qui viendra plus tard, probablement. Une sorte d’avant-goût pour se donner du courage avant le gros morceau, qui a du mal à sortir.

 

 

Je rentre dans le bar. Fumée partout, étouffante. Dans ma poche, il y a les 10 £ qui vont me faire la soirée. On est mercredi, je le sais parce que c’est le ‘quids in’. Tu paies 1£ l’entrée, et toutes les boissons sont à 1£ après. Le paradis du poivrot.

 

Je suis déjà bien imbibé. Les mercredi, ça se déroule toujours de la même façon : pré-soirée apéro, ptite popote, puis le bar, et enfin retour à la cuisine pour ‘se finir’. Ca n’a pas l’air très joyeux ? Pourtant, la plupart du temps, ça l’est. On se marre. Je me marre. Enfin je crois. Des fois, je ne me rappelle plus vraiment de la soirée. Perdu dans un brouillard alcoolisé, je fonctionne plus par automatismes que par ma propre volonté. On ne se rend pas compte à quel point ce n’est pas normal de se réveiller à 16h pour se prendre une bière comme petit déjeuner, lorsqu’on est dans le ‘bain’.

 

Presque toutes les têtes du bar, qui pourtant, comme tous les mercredi est bondé, me sont connues, au moins de vue. Il y a Jay et Vanessa et Clem et Vince et Damien qui, comme d’hab, soupire d’agacement feint et se fait prier pour montrer le tatouage inspiré de Giger qui lui couvre tout le dos. Il y a Véro. Comme toujours, Jay lui parle, il essaie. Je me dis qu’il l’aura à l’usure. Et à côté d’elle, tu es là, en mini-jupe. Jolies jambes, grandes, musclées. Joli ensemble, en fait. On s’est parlé plusieurs fois, mais pas très longtemps, pas très souvent. Tu m’as l’air un peu coincée, peut-être à cause des lunettes rondes que tu portes et qui te donnent un air d’institutrice. Jay t’appelle Thérèse, en référence au Père Noël est une Ordure. Avec tes lunettes, il y a de ça, mais ce soir, tu ne les portes pas, et le fait est que ça te change du tout au tout. Ou alors c’est la jupe…

 

Je fais le tour du proprio, m’arrêtant toutes les deux secondes pour saluer untel ou une telle. L’université, c’est un peu une mini-ville dans la ville. Tout le monde se connaît, on est obligés de vivre les uns sur les autres, alors on se supporte, du moins on essaie. C’est pas toujours facile. On se dit parfois qu’on ressemble à ces animaux de labo enfermés dans un appart’ à ne rien faire et dont la troisième saison passe en ce moment à la télé. Big Brother. On accomplit le rituel du mercredi.

 

La musique est forte. Au bar, un des Frangins sert les boissons. Ca veut dire qu’on aura des coups gratuits. A un moment, je ne sais plus très bien comment, tu es là, à côté de moi, et je te parle, je dis sûrement un tas de conneries grosses comme moi, vu l’état dans lequel je suis. Tu m’as l’air triste, j’essaie de te faire rire, mais ça n’a pas l’air de fonctionner comme je le voudrais. Tu me regardes, un petit sourire sur les lèvres. Et puis soudain, je les sens sur les miennes. C’est doux et chaud et un peu humide et je suis paralysé et ça dure à peine une seconde et tu as déjà disparu dans la foule avant que j’aie eu le temps de dire ou faire quoi que ce soit, à tel point que je me demande si je ne rêve pas debout.

 

Le lendemain, quand tu me jetteras froidement, tu me diras que tu m’as embrassé par dépit, que ce soir-là tu en voulais un autre, mais qu’il t’avait froidement jeté. J’étais la solution de rechange, la roue de secours, mais pour l’instant, je n’en sais rien, ce que je sais c’est qu’une jolie fille m’a embrassé et qu’il faut que je la retrouve. Vite.

 

Je ne te retrouve pas. Tu as du rentrer. Alors je finis par reprendre le cours de mon rituel du mercredi, et à la fermeture, je suis cuit. Complètement. Je ne suis pas le seul, sur le chemin du retour Clem insulte la caméra de surveillance devant le passage souterrain, Vince montre son cul pour la deuxième fois… Je me concentre sur ma démarche, et c’est déjà bien assez compliqué comme ça. Jay gueule ‘Il y est, là, il y est !!!’. L’air me fait un peu de bien, mais ça n’est pas encore l’extase. Je me marre tout seul.

 

On s’affale dans l’ascenseur. 3e étage. La 307, la cuisine où on termine la nuit. Il y a déjà quelques personnes, et à ma grande surprise, tu te trouves parmi eux. Je donne un coup de coude à Vince et te montre du doigt, mais il a l’air très occupé à tenter de refaire son lacet.

 

Le reste de la nuit sera haché. Je me souviens de quelques bribes, floues, cotonneuses. Toi debout sur un banc, ma tête collée à ton ventre. Devant l’ascenseur, ta cuisse dans ma main, je t’embrasse maladroitement. Tu as la peau la plus douce que j’ai jamais touchée. Sans défaut, cuivrée, lisse comme du satin, et je me perds dans les effluves de ton parfum. Je ne peux plus sentir de musc aujourd’hui sans penser à toi.

 

C’est à peu près tout ce dont je me souviens. Le lendemain, je devrais subir les effets d’une gueule de bois monumentale, mais à mon grand étonnement, rien du tout. Je croise Vanessa dans un couloir, je lui raconte ce qui s’est passé hier, alors qu’elle était là, et qu’elle doit se rappeler de plus de choses que moi. Je crois qu’elle est soulagée que je m’intéresse à quelqu’un d’autre qu’à elle, c’est vrai que ça commençait à tourner à l’obsession malsaine. Je te cherche partout. J’apprendrai plus tard que toi aussi, mais pour des raisons différentes. J’ai encore ton parfum sur moi, alors que tu as depuis longtemps lavé la sueur aigre et les effluves de bières dont je t’avais fait ‘cadeau’. Vers 19h, je te trouve enfin.

 

‘_Il faut qu’on parle’

 

C’est foutu, je le sais déjà. Le reste n’est que formalité. Cette petite phrase, que tout le monde a entendu ou proféré à un moment ou à un autre, scelle cette jolie et courte parenthèse. Je me sens victime. Je suis en colère, je t’en veux. Tu te dis désolée, mais tu es froide et distante, tu évacues une situation gênante sans vraiment me regarder en face. Je t’en veux, mais je comprends. Je me souviens de la veille, vaguement, et ce n’était pas reluisant.

 

Le problème, maintenant, c’est que je suis salement accroché, et qu’il va falloir qu’on se croise tous les jours pendant des mois. Cette saloperie de promiscuité qui rapproche, mais aussi pèse, agace, énerve et finalement amène les meilleurs amis du monde à se détester. Heureusement, tu pars en Février en Autriche.

 

Mais contrairement à ce que je pensais, ces quelques mois se passent parfaitement. Il faut dire que j’arrive à mieux maîtriser ma consommation d’alcool, et que la colère a vite disparu. Je me sens bien, ‘normal’. Les bières au petit déj’, c’est fini, au moins temporairement. Toi, tu fais tout pour me mettre à l’aise. Tu as l’air de t’en vouloir, alors que je n’ai plus du tout de ressentiment. A ta soirée d’anniversaire, qui correspond aussi à ton départ, on parle pendant ce qui me semble des heures sur les marches de ton escalier. Sensation que tout s’enclenche parfaitement, comme un mécanisme bien huilé. Je n’ai pas à jouer un rôle, toi non plus. Une certitude me frappe : nous sommes amis. Je n’oublie pas cette première soirée, et toi non plus. Elle m’apparaît même avec le recul comme nécessaire à ce que nous avons vécu ensuite. Tu me dis que tu aimerais revenir à Pâques, revoir Véronique et tout le monde.

 

J’avoue être impatient.     

Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Samedi 18 novembre 2006

Hier j’étais dans le train pour Paris.

J’ai joué au reporter, je me suis infiltré dans un milieu qui fait peur, et ce au risque de ma vie.

Oui, lecteur, n’écoutant que mon courage et mon abnégation, je me suis faufilé dans un compartiment empli de…de…

 

De militaires.

Si.

 

Je tiens à dire que si les dialogues du témoignage qui va suivre sont compressés pour une meilleure lisibilité, ils sont véridiques, jusqu’à la dernière virgule.

Alors accroche toi.

 

Tu es prêt ?

 

C’est parti.

 

Je me suis dit que ce voyage là n’allait pas ressembler aux autres quand j’ai vu un employé de la SNCF assis sur un banc avec son superbe dossard fluo empoigner des aiguilles à tricoter et continuer ce qui ressemblait à un pull-over… Mais j’étais loin de me douter que j’allais passer 3h10 en compagnie de 3 hussards revenant d’Allemagne.

 

Peut-être le courage m’aurait-il fui sinon. On ne peut jamais savoir après tout.

En tous cas la vérité m’a frappé comme un coup de poing dans la face quand j’ai vu les cadavres de canettes par terre dans le compartiment. Une seule réaction : ‘eeeet meeeeeerde’. Je commence déjà à les faire chier en leur faisant virer leur barda pour que je puisse m’asseoir, le militaire prenant souvent deux places pour lui et son sac  dans les trains. Bref, je me pose, je prends mon bouquin, je le repose vite fait finalement parce que tafigué, le Tibou (et puis lire du VanderMeer avec en fond sonore des rots, c’est moyen) et je somnole quelque peu, bercé par les rots précédemment cités.

 

C’est alors que me parviendra la conversation suivante :

 

‘_c’est con que tu sois pas arrivé puceau en Allemagne, on t’aurais amené voir les filles de joie, ça t’aurais changé.

_Trop cher.

_Baah, là où je vais c’est 200euros, avec les verres et tout. Et tu les défonces comme tu veux.

_Toi tu l’as niquée combien de fois ?

_3 fois, j’crois. Chais pus trop, j’étais raide. Mais elles aiment bien jouer avec les timides, comme toi.

_j’veux pas payer pour ça, en plus les putes c’est des salopes (note de Tibou : lui, il aurait pu égarer son carburateur sur ce coup), ya Toto (re note de Tibou : pour des raisons évidentes de discrétion, les noms sont habilement maquillés) il m’a raconté un truc dégueulasse, il y était avec un de ses potes, et le mec commence à chauffer une vieille chienne, tu vois, 40 ans, il lui fout la main à la schneck et tout, et puis il part chercher des capotes, parce que ce con il les a oubliées. Ben pendant ce temps, le Toto, il l’a entreprise comme un salaud, elle elle se fout à genoux et elle lui taille une pipe, mon gars. J’te jure, il lui a juté dans la gueule et tout, elle a avalé, et quand son pote est revenu, elle lui a roulé une grosse pelle !’

 

(rires gras et un brin dégoutés, ‘ahaha ooooh, c’est dégueu, mec’. Le troisième larron entre en piste)

‘_Attends, vous êtes cons, les gars, des chiennasses, yen a plein dans le régiment ! Et vous vous payez ?

_Mec, les femelles ça a pas sa place dans l’armée. Nous on se tape 30 kilomètres à la course, on a pas le droit de s’arrêter, et ces salopes, elles en font 6 elles sont déjà crevées. Moi, je dis qu’elles déshonorent not’métier

_waaah, j’ai un truc à te raconter. Tu vois, on a eu 6 femelles ya pas longtemps. Bon, celles-là, faut une pute pour les garder, c’est le règlement (note : j’ai cru comprendre que le terme ‘femelle’ s’appliquait aux soldates, alors que celui de ‘pute’ s’adressait à la sergente. Le vocabulaire militaire n’a plus de secret pour moi), et cette conne elle a fait chier Neuneu. Alors lui, ce qu’il a fait, c’est qu’il a mis sa cagoule, il est allé la voir dans sa piaule pendant qu’elle dormait, et il s’est branlé sur elle, mon gars, il lui a tout lâché dessus (re-rires gras). Le truc c’est qu’elle s’est réveillée, alors il s’est barré vite. Le lendemain, elle nous a tous fait nous habiller comme hier, et elle a reconnu le Neuneu. Il s’est pris 80 jours (concert de ‘quelle chienne’ à ce moment).’

 

La conversation dévie ensuite vers de plus saines préoccupations :

 

‘_ah tiens, cette semaine, ce con de Momo, on l’a repeint.

_Comment ça repeint ?

_En noir. A la bombe.

_Tu déconnes, mec.

_J’te jure, mon gars, en noir. Bon, il a failli s’étouffer, ce con, parce que la peinture, ça lui bouchait les pores, tu vois.

_Tout en noir ? Même la bite ?

_Ben la  bite, on lui a mis au cirage, parce que bon, ya fallu qu’y se nettoie à la brosse en limaille après, et la limaille sur la queue, tu vois, ça aurait été moyen. (et que ça rigole).

_ptain, il est quand même bien, ce film (ils regardent un dvd sur un lecteur portable. Je remarque qu’il s’agit d’un Chuck Norris)

_Tu rigoles, mec ? C’est tout naze, Chuck Norris il sait même pas ce que c’est une vraie baston ! Quand tu sors d’un truc comme ça, t’as la gueule amochée, t’as pas juste une mèche déplacée, hein. Moi, ya trois semaines, j’me suis frité avec trois ratons (sic), ben c’était hardcore, mec, j’peux te l’dire, les gars ils me j’taient des cannettes pleines à la gueule.

_Et alors ?

_Et alors quoi ? J’leur ai niqué leur mère, aux bougnoules (resic), mais  j’avais la face en vrac aussi, ça c’est sûr. Mais ils sont repartis dans leur champ de coton, les gars (là, je me suis dit que l’histoire n’était manifestement pas le point fort du gars). Bref, ya qu’un truc de bien dans ce film, c’est la chienne de Chuck Norris (les deux autres approuvent en cœur. Je me dis que les acteurs sont bien mauvais si c’est Lassie qui joue le mieux, avant de comprendre qu’il s’agissait de l’héroïne, plutôt. Oui, bon, j’étais fatigué !)’

 

Voilà, je ne t’ai laissé que les meilleurs moments, lecteur, je passe sur le passage sur leurs copines respectives (‘si tu vas pas te vider les couilles ailleurs de temps en temps, tu finis par t’emmerder, tu vois c’que j’veux dire ?’) sur les comparaisons entre leurs mamans (‘ta mère, mec, elle sucerait un clodo s’il lui filait une canette en échange’)…

 

Ce fut instructif, disons-le. Mais j’étais quand même content de sortir du train, je sais pas pourquoi. Les copains, après, ils ont du attendre que mon QI remonte pour pouvoir me parler normalement.

 

Les militaires, c’est dangereux, on se rend pas compte. Finalement, j'aurais préferré qu'une vieille me demande si je savais lire l'Anglais.

Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Jeudi 16 novembre 2006

Crises.


Tétanie. Angoisse.

Épilepsie?


Quelque chose doit sortir.

Accumulés : Frustration. Déceptions. Stress irraisonné. Poisons qui se massent, pourrissent tout ce qu'ils touchent, puis s'accrochent comme un ténia pendant que j'évacue mes chairs et mes pensées avariées. Larmes et morve coulant sur mes joues, sang noir et glaires gluantes suintant de ma cuisse. Sueur aigre recouvrant ma peau. Pensées morbides jaillissant en torrent de ma tête, et cris rentrés dans ma gorge.


Car elle ne doit pas savoir. Le reste, je pouvais lui cacher. Je pouvais jouer à l'innocent. Je me maîtrisais.

Ces temps-ci, le ténia s'est fait boa. Et il serre fort, l'animal. Tout a dû sortir d'un seul coup, propulsé par la force de ses anneaux. Je n'ai rien pu faire.


Là, il se repose. Je suis vidé.

Jusqu'à la prochaine fois. Mais le mal est fait. Elle a vu. Ils ont tous vu.


Je me souviens. Une sortie avec les potes. C'était mal parti. Ils voulaient aller en boîte. Je voulais me cacher dans ma chambre. Ma copine de l'époque m'a convaincu. Ou plutôt elle m'a harcelé jusqu'à ce que j'accepte.


Arrêt au bar. Je bois trop depuis quelques temps. Tous les jours. Je le sais. C'est un signe, ça aussi je le sais. Je ne le prends pas en compte.

Les voix dans ma tête sont là, comme à chaque fois que ça se profile. Elles m'empêchent de dormir. Elles m'empêchent de penser. Je leur dit de fermer leur gueule, parfois. A voix haute. Ça non plus, ce n'est pas bon signe.


Je me demande quelle forme cela prendra, cette fois. Si ça n'est qu'une migraine ophtalmique, je m'estimerai heureux. Sinon, on fera avec. Une fois, je me suis tapé la tête contre le parquet pendant dix minutes, et ça a suffit.


Ma copine m'emmerde. Elle est jalouse. Elle a plutôt des raisons de l'être, je ne l'aime pas. Je l'utilise, et depuis quelques jours, je suis odieux avec elle. Elle, elle s'accroche. Je ne comprends pas pourquoi. Elle me demande ce que j'ai. Je grommelle un ''rien'' dans lequel le ''ta gueule connasse'' qui lui serait destiné si je n'avais pas un minimum de retenue est si présent qu'elle recule. Elle paraît effrayée. Je m'en fous, comme à chaque fois, il n'y a plus que moi qui compte, je me focalise sur les sensations de pré crise. Égoïste, privé de toute empathie, je suis insupportable.


Nausée. Mal de tête. Ça monte doucement.


Dans la boîte. Chaleur étouffante. Lumière aveuglante. Stroboscopes qui pulsent.

Je respire mal. Je mets du temps à me rendre compte que le brouillard devant mes yeux n'est pas dû à la machine a fumée près de moi. Mon champ de vision se rétrécit.


Et merde. Sortir. Vite. Je cours. Je crois que je renverse quelqu'un. Rien à foutre. Sortir.

Je vois de vagues ombres qui m'entourent. Mon oeil droit ne voit presque plus. Panique. Ma respiration devient sifflante, alors qu'une sorte d'énorme boule me remonte dans la gorge. Sortir. Enfin. De l'air. Je me précipite sur le côté gauche de la boîte, tente de me cacher aux regards vaguement soupçonneux des clients dans la queue et des physionomistes, et vide mon estomac sous un pont, contre le mur de la discothèque.


Ma respiration est de plus en plus saccadée. J'ai peur, je tremble, m'éloigne péniblement du liquide nauséabond régurgité quelques secondes auparavant et m'affale sur le trottoir, contre le mur.


Les larmes coulent. Je sanglote convulsivement, ce qui ne m'aide pas à respirer. J'étouffe.

Et puis des bras m'entourent. Un murmure : ''chuuuut... Inspire fort...''. Une main tire doucement mais fermement ma tête en arrière. J'essaye de lui dire que je ne peux pas respirer.


''_N'essaie pas de parler... '' . Elle me serre contre elle d'une main, garde l'autre près de ma tête au cas ou je la baisserais de nouveau ''C'est l'angoisse... Il faut qu'elle parte. Alors inspire fort''


Voix douce. Voix qui rassure, qui coule comme un baume sur moi. Je tente de lui obéir. Le calme revient doucement. Je tremble toujours, mais ce qui obstruait ma gorge est en train de se faire la malle. J'inspire. Je souffle. Elle m'encourage, me caresse la nuque. Je ne peux toujours pas parler. J'aimerais lui dire merci.


Elle me raconte des choses, dont j'ai oublié jusqu'au premier mot, avec cette voix à l'accent marseillais, des choses qui apaisent, des choses belles, et je sens sa joue contre la mienne et c'est doux et chaud et je me sens bien, là, dans cette rue avec personne autour de nous et je n'ai toujours pas vu son visage, mais je l'ai reconnue, elle vit à mon étage à Randall Lines. On n'a jamais vraiment parlé, elle ne fait pas partie de mon cercle d'amis, mais elle a couru derrière moi dans la boîte de nuit, elle me dira plus tard qu'elle a presque tout de suite compris ce qui se passait, son frère (je crois) subit ce genre de crises depuis son enfance. Elle a appris à les gérer, a les calmer.


Je ne raconte pas la suite, parce qu'il n'y a rien à raconter. C'est ce soir-là que je me suis séparé d'avec ma copine suite à une scène de plus quand ma sauveuse et moi sommes retournés devant la boîte enlacés. Je suis allé me coucher ensuite, entouré des potes qui avaient couru d'un bout à l'autre de la ville pour me retrouver.


Ma marseillaise est partie de Wolverhampton quelques jours plus tard, elle ne restait qu'un semestre avant de finir son année en Allemagne. Je ne me souviens plus de son nom, mais je me rappelle son visage.

 

Et sa voix.


Merci.


Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Jeudi 16 novembre 2006

Cher lecteur, connais-tu Wolverhampton?

Non?

Honte à toi!

Wolverhampton, c'est une charmante bourgade bucolique et champêtre à quelques kilomètres de Birmingham, et...


Non, je m'ai trompé.

En fait, Wolverhampton, c'est tout moche. Et pis pas bucolique. Et pas champêtre, parce que c'est tout près d'un bassin houiller. Pour te dire, lecteur, Wolverhampton, en Angleterre, c'est un peu le trou du cul du monde pour eux. Un peu comme Toul ou Bar-le-Duc chez nous, mais avec des mines de charbon en plus. Je crois pas que Madonna y passe ses vacances.


Et Wolverhampton, ça a été chez moi pendant un an. Ma dernière année d'études (enfin...L'année où j'ai eu mon diplôme sans étudier, quoi) Alors pendant un an, ça a été une ville bien. Maintenant, c'est de nouveau tout pourri. Tant pis pour eux. Je sais qu'ils me pleurent encore aujourd'hui, mais tant pis pour eux.


Mon quartier à Wolverhampton, c'était ça :



j'te fais même le tour du proprio, parce que je suis sympa.


-1 : Le stade de foot, où que l'équipe de Wolverhampton, les Wolves ils jouent au foot, et même qu'y a un tas de gens qui crient et nous empêchent de faire la sieste l'après-midi. Tout le temps ya des policiers moches et des gens saoûls et des fois ya un hélicoptère pour voir les gens saoûls qui se mettent leur race entre eux et qui se jettent des frites et des saucisses. Les supporters, ça sait s'amuser.

-2 : C'est chez moi. Ça s'appelle Randall Lines House. Surnommé ''chez les prolos''. C'est là qu'on finit les soirées, pasque quand même les anglais, ils savent pas se coucher tard, et qu'on peut entrer dans la cité u comme dans un moulin, les seules portes qui ferment à clé étant celles des chambres..

-3 : L'autre cité u. Surnommée : ''chez les bourges'', parce qu'eux ils ont 2 douches pour 6 alors que nous on en avait une pour douze. Chaque ''appart'' de 6 a une porte qui ferme à clé, alors c'est chiant pour finir les soirées là bas. En plus, les gens là bas ils nous aiment pas. Paraît qu'on ferait du bruit. Mais c'est des menteries.

-4 : ''Chez les gros bourges'', aussi nommée ''Le bunker''. Pour entrer, faut passer 4 portes blindées avec des caméras de surveillance. Je pense qu'il y a un coffre fort au sous-sol avec le trésor caché de la Reine. j'ai dû y entrer une fois, ça a pris ¼ d'heure. Pire qu'à la douane.

-5 : L'université, mais on s'en fout, on y va jamais.

-6 : Le bar du syndicat des étudiants, et on s'en fout pas, on y va toultemps. Ils sont malins, ces anglais, ils mettent le bar à côté du gymnase, histoire qu'on vienne un peu reprendre ce qu'on a bêtement perdu en faisant du sport avant (du sport... Je me mets à dire des gros mots sur mon blog... Honte à moi.)

-7 : Le supermarché, Stratégiquement placé à deux secondes de chaque cité U. Ouvert 24h/24. Où qu'on achète les produits de première nécessité : bière, cidre, frites, waffles (les waffles sont des gaufres de patates) et pizzas. Si on aime les animaux, on peut essayer d'apprivoiser les rats qui sortent de la réserve la nuit, où les écureuils qui se baladent sur le parking. Une fois j'ai vu un renard aussi...


Ahaha, cette année-là, je peux te dire que c'était la bamboula tout le temps, comme ça :


Ah non, pas comme ça, en fait, plutôt comme ça :


...

Non plus. Comme ça?


Ah oui, voilà, comme ça. Oui, je sais, ça donne envie.


Mais on va commencer par le commencement, hein, parce que sinon, je vais pas pouvoir faire 40 notes de suite sans me fouler, et ça ça serait dommage.


Dooonc. L'année précédente, fin de Deug, tout ça, une copine que j'essaye de baiser séduire depuis un an et qui me repousse à chaque fois à coup de pied fait semblant de ne pas le voir me demande de l'accompagner pour qu'elle aille s'inscrire pour le programme Erasmus l'année prochaine, qu'elle s'y prend tard, mais qu'il y a encore des places et qu'il paraît qu'ils désespèrent un peu de trouver des candidats. Ça m'étonne un peu, mais bon, je me dis allons-y. Je suis aussi un peu surpris qu'elle me demande de l'accompagner pour s'inscrire, puis je me dis que c'est une fille, ça doit être un genre de réflexe, comme aller au toilettes à deux.


Bref, on se retrouve dans le bureau de Barbara (j'l'appelle Barbara, je suis son chouchou depuis que j'ai dû manquer un exam pour cause de crise de onsaitpasquoi le matin même. Ou elle est folle de mon corps, ou elle a pitié.). Ma copine s'inscrit, et Barbara me demande si ça me tente aussi. Je lui rappelle (avec mes yeux de cocker en full power) que je ne peux pas puisque je dois passer les rattrapages, vu que j'ai loupé un exam (je la sens prête à fondre en larmes, là). Mais apparemment, cette année, même nous les mauvais on peut partir, tellement ya de places vides. Bon, je ne pourrai pas choisir ma destination, mais je pourrai partir. Et puis c'est pas comme si je pouvais louper les rattrapages, vu qu'il me faut 1 de moyenne pour obtenir mon diplôme (et effectivement, je l'ai eu avec une sacrée marge, 5 de moyenne aux rattrapages, je me suis impressionné moi-même)


Mais il faut que je signe tout de suite. Je regarde ma copine, je me dis que je pourrai essayer de la baiser séduire pendant encore un an, et ni une ni deux, je signe le papelard. On remarquera l'intense réflexion, comme j'ai pesé le pour et le contre comme un malade avant de me décider.


Donc on part. Et ça va être pour Wolverhampton. Je me console en me disant qu'on a pas choisi. Entre temps, un autre pote a planté son année de licence, et comme c'est le deuxième chouchou de Barbara après moi (mais lui c'est pasqu'il avait des bonnes notes en Deug, c'est trop facile, il a même pas eu à fayoter comme moi), il part avec nous. Du coup on fera le voyage ensemble, lui et moi, et on découvrira à deux la pire calamité que le monde ait jamais connu : les trains anglais.


Bon, faut dire, on est pas super démerde non plus, Arnaud et moi (oui, il s'appelle Arnaud), et lui, comme un con, il a pris sa guitare en plus des deux sacs de 20 kilos qu'il a sur le dos. Arnaud c'est un peu le croisement entre un nain et un lapin souffreteux. Je crois qu'il fatigue un peu quand on arrive à Douvres. Je vois ça à la façon dont sa langue lèche le bitume. C'est con, c'est là que ça commence à être rigolo.


Déjà, pour prendre le train en Angleterre, faut être riche. 45£ le trajet Dover/Wolverhampton, c'est pas tout le monde qui peut se le payer. D'ailleurs, on peut pas, avec les sous qu'on a. Faut aller en retirer. 4Km aller-retour avec le barda sur les épaules. En fait le distributeur était à 10m de la gare, mais le mec qui nous a renseigné a dû se dire qu'on manquait d'exercice. Je l'aurais bien remercié comme il se doit à notre retour, mais il s'était éclipsé. C'est bizarre ces gens qui n'acceptent pas les remerciements. La timidité, sans doute.


On attend donc le train. 1h. 2h.

Nous enregistrons en ce premier jour de notre nouvelle vie une information capitale : Les trains anglais ne sont pas foutus d'être à l'heure. C'est une règle immuable. Jamais, et je pèse mes mots, je n'ai pris un train à l'heure, là-bas. Ah si, une fois. C'est con, il est jamais parti. Panne de moteur.


Mais je m'égare. Le train arrive, on monte, tout va bien jusqu'à Londres, on a confiance et tout, naïfs que nous sommes. Bon, va falloir traverser Londres en Métro, mais ça devrait aller. Sauf qu'on arrive en pleine heure de pointe, avec deux heures de retard. Et l'heure de pointe, à Londres, c'est pas appelé comme ça pour rire. On a une heure avant notre correspondance pour Wolverhampton. Le premier métro est bondé, je pense qu'il va y avoir plusieurs morts étouffés avant la fin du trajet. On prendra le suivant. Même topo. On prend donc notre courage à deux mains, ainsi que nos sacs et la guitare d'Arnaud, et on y va.


Je te laisse imaginer le bonheur des Londoniens qui nous ont vu arriver avec nos sacs de 25 kilos et la guitare. On a eu droit à deux ''Fucking Frogs'', à un ''bastards'' et à un joli ''motherfucker'' quand j'ai marché sur le pied d'une jeunette de 14 ans (la jeunesse, c'est vulgarité et compagnie aujourd'hui, tout se perd).


Bref, quand on arrive à la gare (Victoria ou Waterloo, je sais pus), il nous reste 5 minutes pour trouver le quai. On demande à un gars qui a l'air d'être un employé de la gare. Ouais, coup de bol, c'en est un. Coup de pas de bol, il sait pas parler sans son accent écossais. On lui fait répéter trois fois. Je crois qu'au bout d'un moment, il s'énerve un peu. Ayé, c'est bon, compris, merci. On court. Arnaud qui court avec 40 kilos sur le dos, c'est un spectacle qui me hantera toute la vie. En fait, il rampe rapidement, plutôt. Comme il fume, il crache ses boyaux. Je rirais si je n'étais pas dans le même état (sauf que moi, je fume pas).


On arrive au quai, et là, la deuxième grande règle des trains anglais nous frappe de plein fouet : Un train n'arrivera JAMAIS sur le quai où il a été indiqué. C'était donc ça, la file de cons qui s'amusaient à aller dans l'autre sens que nous et qu'on a du bousculer un peu pour passer. Je pensais qu'ils faisaient exprès pour nous faire chier, mais apparemment il y avait une raison...


On retourne donc, bien sûr, le nouveau quai est à l'autre bout de la gare, mais là la première règle joue pour nous, on aura largement le temps d'arriver. On entre dans le train, on s'affale dans le couloir, parce qu'au premier coup d'oeil on s'est rendus compte que c'était même pas la peine de penser trouver une place assise, et on n'entendra pendant 5 minutes que le bruit de nos respirations sifflantes. J'ai pus de jambes, quand je regarde mes épaules, deux gros hématomes se sont formés là où il y avait les sangles de mon sac... Je crois qu'Arnaud est tombé en syncope, mais je l'entends respirer, alors je m'inquiète pas. De toutes façons, même s'il était mort, là à côté de moi, je n'aurais pas bougé le petit doigt.


Le reste du trajet sera sans encombres, on aura même la chance même pas croyable de trouver un taxi libre à l'arrivée (denrée aussi rare qu'un neurone dans mon cerveau à la fin de cette journée, habituellement). Le chauffeur est pakistanais, et c'est super, parce qu'on les comprend mieux que les anglais. Je rêve à ce moment de l'Angleterre peuplée de gens qui parlent avec l'accent Paki, et qui portent tous des turbans. Un vrai bonheur. On arrive à la cité U, enfin la mienne, Arnaud il est chez les bourges, yavait pus de place dans celle là. Je lui dis bonne nuit pépère, je lui fais un bisou sur le front pour le rassurer, je le retiens quand mon bisou manque de le faire tomber (il est pas solide, c't'homme là) et j'entre dans le truc qui va me servir de maison pendant 10 mois.


Autant te dire, lecteur, que j'ai écrasé comme un salaud pendant facile 14h avant d'aller essayer de baiser de nouveau dire bonjour à ma copine qu'était arrivé deux jours avant moi.


Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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