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Lundi 4 juillet 2005
mother come home couverture

Elle claque, cette couv, non? Et encore, en vrai de vrai, il y a une ptite colonne noire du plus bel effet à gauche, traversée par deux séries de lignes crème en haut et en bas. Si ça c'est pas la classe, hein...

En tous cas, je la préfère à la couverture française, qui ressemble à ça:
adieu maman couverture

Pas que la couv française soit moche, hein, lecteur bibliophile, mais bon, quand même. Hein? Tu t'en fous des comparaisons de couvertures? Tu veux savoir ce que le bouquin a dans les tripes ? Il en a probablement bien plus que ce que mes maigres capacités rédactionnelles pourraient retranscrire, malheureusement, alors considère, lecteur impatient, que la petite bafouille laborieusement tapée et succintement pensée ci-dessous ne reflète en rien ce que peut être le livre de Paul Horsch... nan, Horfsc... pffffff... Hornschemeier! Parce qu'avec Adieu Maman (Actes Sud BD, cher (17 euros et des brouettes) mais bon, lecteur), les termes de claque dans ta face, Parpaing dans ta gueule et autres double torgnolle piquée dans ta cornée prennent tout leur sens. Littéral, brut, violent, sec, un aller et retour façon Bruce Lee qui met K.O et rend admiratif en même temps. En moins de mots, une magistrale leçon de ce que la bande dessinée peut produire de meilleur quand elle joue avec l'humain, la tristesse et l'épure.

Situons. Cette bande dessinée est une introduction, comme le dit si bien le sous-titre "Avec une introduction de Thomas Tennant". Introduction d'un livre infiniment vaste qui devrait rassembler toute la vie de Thomas Tennant, et dont nous n'avons que ce fragment, cette fondation. Dans cette introduction, Thomas nous raconte les conséquences de la mort de sa mère sur lui, et sur son père, la façon dont chacun d'eux a vécu cette perte, le vide qui s'en est suivi, la négation du père, sa perte complète de repères magistralement mise en scène dans une allégorie à chronologie bouleversée, où le père se promène en volant, au hasard et apparemment sans but dans un paysage désolé, avant de se faire attraper par des créatures marines et hostiles. Le passage où il perd ses lunettes, à l'instant T, résume tout le livre. Refus, négation, aveuglement, la perte de son seul point de repère le plonge dans une telle détresse qu'il préfère occulter l'évènement. Le fils, lui, se réfugie dans l'accomplissement presque obsessionnel de tâches quotidiennes que sa mère effectuait. Sentant confusément la détresse de son père, il tente de remplacer ce vide en occupant la place de la mère comme il le peut, occultant sa personnalité derrière un masque de lion que sa mère lui a offert.

Adieu Maman est un livre d'une rare violence, une violence rentrée, qui se manifeste dans d'infimes gestes, dans quelques paroles, dans les silences, et qui finalement imprègne complétement le récit et crée un véritable malaise chez le lecteur. Hornschemeier a choisi de traiter froidement, cliniquement, son histoire. Son trait assez rond et épuré rappelle Ware, comme l'accumulation de gros plans de détails qui font sens(la main du père qui triture son alliance, par exemple), le découpage simple, direct, qui va à l'essentiel. Les couleurs sont à l'avenant, peu nombreuses, froides, en aplats. La voix-off de Thomas Tennant, très présente, et qui apporte la distance du narrateur entre le lecteur et l'histoire vient compléter le tableau. Tout est fait pour gommer les sentiments des personnages, qui deviennent paradoxalement omniprésents et plus forts. Si la bande dessinée est l'art de l'ellipse, Hornschemeier est un maître, lui qui parvient à nous faire ressentir une telle tristesse, un si grand abbatement à travers cette main qui touche son alliance, quelques oublis quotidiens et un fils qui porte en permanence le masque offert par sa maman. Et l'effet de la seule manifestation réelle de violence (toute relative) du livre devient dévastateur, dans tout ce silence oppressant.

Un dernier mot à propos de la traduction du titre Mother, come home en Adieu, maman, car j'estime que nous y perdons. Le sens de Mother, come Home (viens à la maison, maman) résume parfaitement l'impasse de la position de ce père et de son fils, alors que le titre français table sur l'optimisme, en faisant penser à une résolution de cette impasse. Je n'ai pas envie de déflorer complétement le livre, alors je n'en dirai pas plus, mais il me semble qu'Actes Sud s'est un peu avancé, sur ce coup.

Que cela ne t'empèche pas, lecteur, toi qui a bon goût, je le sais, de lire cette bande dessinée poignante et si dure.


Par tibou - Publié dans : bouquins, disques...
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Lundi 4 juillet 2005
Rien à voir avec le bouquin précédent, mais ce soir, j'ai vu un truc à la con, à la télé en attendant Urgences (qui a dit qu'attendre un truc à la con en regardant un truc à la con relevait de la logique la plus pure et d'un manque de goût flagrant? sache, petit persifleur, que ... Sache le!). Ca s'appelle Cher Journal..., c'est sur France 2, et c'est produit par Reservoir Prod. , la boîte de prod de Delarue. Delarue = proche des gens, paraît-il. Après tout, paraît aussi que C'est mon choix (de chez Réservoir prod., donc, ça va, tu suis, lecteur tvphobe?), c'est proche des gens... Tremblons, tremblons.

Bref, cette émission, là... On dirait bien que la télé, qui n'est pas près de s'arrêter d'arriver après la guerre, s'est rendue compte que les blogs (et l'autobiographie en général, d'ailleurs, mais surtout les blogs, puisqu'il s'agit de la partie la plus visible de l'iceberg), ça marchait, et du coup hop, on fait un blog à la télé. Succession de reportages à la première personne, avec voix-off, Cher journal... est tout simplement... Comment dire? Consternant? oui, c'est cela même. Et cela pour plusieurs raisons.

La première m'a d'ailleurs fait vomir un goûter péniblement avalé (parce que j'ai mal au bide, lecteur concerné, comme ça toi aussi, comme dans Cher Journal, tu peux avoir accès à ma vie intime la plus...intime. Ne me remercie pas.). Parce que France 2 ne fait pas les choses à moitié. Le blog, ça doit rapporter On suit donc le parcours de... Je ne sais même plus son nom, mais l'important, c'est qu'il est le premier rôle du...Roi Soleil, comédie musicale dont le  partenaire est...Oui, lecteur, ton intuition est la bonne, France 2, ni plus ni moins. Ahlalala, ça fait plaisir, quand même, de voir  des trucs désintéressés, qui filment les gens sans fard et tout, et tout ça sans pub. Bleuaaaaaaaargh, a donc fait mon estomac, et je dois dire que je lui ai donné un bon point, pour le coup. De toutes façons, la puanteur de mon écran de télé était trop forte à ce moment-là.

Mais je vois, lecteur, que ton impatience pointe. "Et les autres raisons!?", me diras-tu? Quand tu lis un blog autobiographique, tu t'attends, je suppose, à une tranche de vie, de vérité, que c'est encore mieux quand c'est bien écrit et tout, mais la spontanéité est le plus gros atout du blog autobio, non? Sur France 2, il faut croire que non. Faut pas déconner, on est à la télé, c'est sérieux et tout, alors on cadre. Tout. Du coup, le sceptiscisme pointe, lorsqu'une employeuse potentielle rencontre la "bloggeuse télévisuelle" sans paraître le moins du monde étonnée, et commence à tailler le bout de gras. Le cameraman? Mais quel cameraman? Quelle caméra? Non, non, ça n'existe pas, tout ça, madame. On filme par l'opération su saint esprit ! Et voir les personnes dont nous partageons la vie de manière si VRAIIIIIIIIIIIE filmées en train d'écrire dans leur journal, ça ferait presque penser que leur prose et leurs dires (s'ils les ont écrits au départ) n'ont pas été révisés et approuvés par un bataillon de relecteurs spécialistes en optimisation et en écrémage, pour que le "produit" puisse être vu sans danger par la ménagère de moins de 50 ans (en même temps, vu les spécimens d'aujourd'hui, qui font tous dans la subversion active, le boulot était super dur), et surtout que son attention soit bien happée par la pub déguisée au milieu de l'émission. Bleuaaaaaaargh bis pour le coup, tiens.

Les défauts de la chose ne se comptent plus, mais j'en citerai un troisième qui me paraît, lui, plutôt attendrissant, par contre. L'une des grosses difficultés pour les gens qui font de la voix-off, c'est de retranscrire une émotion sans image. A l'écrit, ça fonctionne mieux, car nous mettons nous-mêmes le ton. A l'écran, qu'il soit petit ou grand, c'est quelque chose d'extrêmement délicat, et que les plus grands eux-mêmes peuvent rater (voir pour s'en convaincre Sin City. Même Bruce Willis peine à avoir autre chose qu'une voix monocorde et monotone. On s'endormirait presque.

Alors un amateur, lecteur, aaaaaaaah, un amateur, c'est quelque chose! Parce que l'amateur, lui, ne fera pas dans le monocorde. Non non non, il va chercher à jouer son rôle. Et c'est là que c'est rigolo. L'amateur joue mal. Très mal. Si en plus ce qu'il débite se révèle aussi plat que les seins d'une chanteuse anglaise révélée par Gainsbourg, ça devient du plus haut comique. Enfin, pendant 20 secondes. Après, c'est lourd. Tu vois, lecteur, c'est un peu comme un Skyblog. Au début, le SMS, c'est drôle, mais on s'en lasse vite.

Enfin, le tout était quand même particulièrement inintéressant. Il ne suffit pas de raconter sa vie pour briller, encore faut-il le faire bien, de manière originale, pourquoi pas. Mais là, non. Rien de rien. Néant.

Donc, si toi aussi, lecteur, tu veux savoir comment vider le blog de son potentiel en une émission, regarde Cher Journal... sur France 2, tu peux pas te gourrer, c'est juste avant Urgences .

Elle est belle la vie, quand même...
Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Mercredi 29 juin 2005
...Anything... suis un peu, lecteur psychopathe !

Sin City, donc. Autant le dire tout de suite, j'ai beaucoup aimé les 4 premiers tomes du comic book de Frank Miller, les autres ...bon, ne parlons pas des autres, de toutes façons, l'histoire du film reprend seulement les tomes 1, 3 et 4. Alors, me diras-tu, lecteur impatient, joie, déception, félicité, horreur, jouissance, vomi ? Pas grand chose de tout cela, en fait.

On ne peut pas dire que Rodriguez et Miller se soient "inspirés "du comic book, en fait ils le reprennent quasi tel quel, presque au plan près. Autant pour l'effet de surprise, mais au moins, ça permet de s'interesser à l'adaptation cinématographique en elle-même. Et la première question que l'on se pose, c'est : pourquoi vouloir reprendre 3 tomes plus deux nouvelles du tome 6), alors qu'ils n'ont que peu à voir entre eux niveau intrigue.J'ai cherché, lecteur, j'ai cherché, longtemps, et finalement... Je n'ai toujours pas trouvé. ou plutôt si, c'est pour une bête histoire de temps. Le film aurait été trop court avec seulement la trame de The Hard Goodbye, par exemple. Raison purement technique, donc. Dommage.

Mais ça n'est pas grave, nous disons-nous, lecteur, et effectivement, ça ne l'est pas. Après tout, chaque histoire deSin City  tient sur un timbre-poste, l'important, c'est l'ambiance, le grand guignol, le côté too much des personnages, des situations, de la ville en elle-même. Car c'est elle le personnage principal des ouvrages de Miller.

1ère constatation : le générique en met plein la vue, et la musique a l'air d'être au niveau, déglinguée, jazzy, avec quelques relents rétro... Ca commence bien... mais ça ne dure pas. Rodriguez et Miller ont choisi un noir et blanc très propre, trop propre, pas de grain, rien... CA pourrait rendre bien, mais ça ne fait qu'asseptiser un film qui devrait sentir sous les bras. La seule odeur ici qui pourrait se dégager, c'est celle de l'antiseptique d'un hôpital. Constat qui est renforcé par quelques scènes assez surréalistes. Quand Dwight Mc Carthy est secouru de la fosse à goudron sur la colline, miraculeusement, ce goudron ne colle pas à son manteau, ou si peu... La violence est présente, mais elle est complétement esthétisée, sauf en quelques rares occasions. Le résultat est une distance entre l'action est le spectateur, distance qui se révèle souvent catastrophique, et une seule fois heureuse.

Oui, car cette distanciation n'aide pas à croire au personnage de Marv, et encore moins à celui du "Yellow Bastard". Marv, d'abord, qui manque de présence. peu impressionnant, Mickey Rourke alterne certaines séquence où il se révèle pataud, lourd, lent, et d'autres, assistées par ordinateur, où il virevolte, saute d'un 7e étage sans dommage... La dichotomie est trop importante. Je veux bien croire qu'il a été choisi sur son physique, mais son manque de présence pour toutes les scènes où il n'y a pas la béquille de l'ordinateur se révèle  limite ridicule, et rend les autres scènes complétement outrées. Erreur de casting énorme. Heureusement, Elijah Wood sauve le tout, excellent en psychopathe tueur à la tête de premier communiant

Le Yellow Bastard, maintenant... Comment dire, tellement nous n'y croyons pas? Cette distanciation dont je parlais précédemment ne colle pas avec cet individu jaune et vraiment extrême. Pas vraiment d'erreur de casting, non, surtout une maladresse de mise en scène. Dommage, dommage, dommage.

Par contre, pour Bruce Willis en flic fatigué et bourru, rien à dire, de toutes façons, c'est pile dans son registre. MAis la palme va à Benicio Del Torro en taré mysogine, violent, pathétique, et ... drôle. C'est d'ailleurs l'histoire où il apparaît (The big fat Kill) qui se revèle de loin la plus intéressante dans le film, alors que c'est probablement le plus faible des tomes choisis pour l'adaptation. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'elle laisse la part belle à l'action, et se permet un grand-guignol (la scène de la mort de Jackie Boy/Del Torro, où celle dans la voiture) rafraichissant. Tout s'enchaîne parfaitement, sans temps mort, c'est tellement gros et absurde que le rire est de mise, c'est franchement réussi. 

Le gros défaut de Sin City, plus encore que tout ce qui a pu être relaté plus haut, c'est sa longueur. Ou plutôt ses longueurs. On s'ennuie, il n'y a pas d'autre mot, pendant une bonne partie du film. Manque de rythme flagrant, et rhédibitoire, qui plombe totalement le film. Plus encore, on ressort en se disant "et alors?". On ne sait pas du tout où Rodriguez et Miller ont voulu en venir, et le film laisse une impression énorme de vacuité. Ce choix de départ d'adapter trois histoires sans lien ne débouche sur absolument rien. Aucun lien, et par conséquent, chaque histoire reflète le vide des autres.

Gâchis, gâchis, gâchis. Parce qu'il y a de très bons moments, Parce que ces bons moments donnent une idée de ce que les réalisateurs auraient pu faire. Gâchis et vide, c'est le duo de sentiments à la sortie de Sin City.

Par tibou - Publié dans : bouquins, disques...
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Mardi 28 juin 2005
Ben oui, ils cherchent, quand même. Ca doit être à peu près aussi original de sortir un numéro spécial sexe que pour Jeune et Jolie de sortir un dossier régime au printemps... D'où une appréhension qui m'a traversé au moment d'acheter le dit magazine, impression renforcée par le mauvais souvenir d'un médiocre hors série de Calliope consacré au même sujet. Parce que la bd de cul, c'est un sujet très vaste. C'est un amateur de bd de cul qui te le dit, lecteur érotomane. Le sexe en bd, ça s'apprécie de 1000 façons différentes, comme n'importe quel autre scène : basiquement, sous forme d'excitation passagère (qui elle aussi peut revêtir toutes sortes de formes), pour une lecture Kleenex (dans tous les sens du terme, ahahaha), plus émotionnelle, plus axée fantasme ado, coupable, dure...

Première constatation : le packaging a beau être plus classe que Hot Vidéo, on te mate de la même manière quand tu ouvres le mag à la terrasse d'un café, ce qui provoque l'impression délicieuse d'être quelqu'un de complétement subversif. Faut croire qu'il n'est toujours pas de bon ton de lire des bites et des chattes en public aujourd'hui.Autant pour la révolution sexuelle. Bah, il y a quelques années, c'étaient les manga, maintenant, c'est tout juste si on te file un coup d'oeil. Bon, je l'ai quand même rangé avant d'aller à la crèche de ma moman. La subversivité a des limites, lecteur révolutionnaire.

A priori, le mag s'en sort plutôt honorablement, par rapport à la bouse qu'a pondu Callioppe, s'intéressant à Debbie Drechsler et Phoebie Gloeckner, pour le versant le plus insupportable, Sfar et Boilet, pour un sexe sans complexe et joyeux, les Tiruana Bibles, Elvifrance, etc. pour l'histoire du genre, Maruo pour les perversions plus... perverses.

Trois parties dans le magazine : une première avec comme thème "Avec tabous et complexes", explore dans un premier temps la façon dont la bande dessinée alternative française (la plus à même de proposer du contenu "explicite") tente de briser (ou non, d'ailleurs) les tabous sexuels. Article relativement intéressant et complet, qui n'échappe cependant pas au fléau qu'est le name-dropping sans énormément de substance. Dommage. Même constat en moins grave pour l'article suivant, le même mais avec des auteurs américains.J'ai quand même du mal à suivre l'auteur quand il cite Craig Thompson comme quelqu'un qui se libère du "poids de sa famille (...)en tombant amoureux et en passant à l'acte. Quel acte ? serais-je tenté de dire ? Parce que d'acte il n'y a point, dans Blankets, à moins que quelques caresses et léchouillages en calbut pour l'un et en slip pour l'autre constituent l'acte. La libération par le sexe, chez Thompson, je doute, lecteur averti, je doute. Je souscris parfaitement par contre à cet acte libérateur de la part de Jeffrey Brown, dans deux livres, Clumsy et Unlikely (surtout ce dernier, qui raconte entre autres la perte de virginité de Jeffrey Brown à 24 ans), mais l'auteur de l'article n'en fait pas mention, alors qu'il cite l'auteur. Etonnant. On a vraiment le sentiment, quand même, qu'il fallait citer un auteur Casterman avec Thompson...

Autre désaccord :"Dans l'univers de Chris Ware, [le sexe] est parfois comme inexistant : dans son Jimmy Corrigan, il n'y a pas de relation sexuelle qui vaille. Seule la résolution du rapport au père compte, régissant indirectement tous les rapports amoureux." Si le sexe n'est pas montré dans Jimmy Corrigan, rarement on aura senti autant de frustration sexuelle dans un ouvrage. Ce bouquin transpire le sexe refoulé, les fantasmes d'adolescent attardé, les sueurs froides après une masturbation honteuse et insatisfaisante. Pas de sexe, dans Jimmy Corrigan ? Mais le personnage hurle sa misère dans chacun de ses silences!

Surtout, 5 lignes seulement sont consacrées à ce monstre qu'est Dave Cooper et à sa petite bombe : Ripple. Franchement, comment parler des tabous et du sexe aux Etats-Unis sans consacrer une place importante au livre le plus bandant de l'année? Hein? Parce que oui, lecteur amateur de bourrelets, Cooper a pondu un livre et surtout un personnage absolument bandant et ceci en opposition franche aux canons esthétiques en vigueur aujourd'hui. Un bouquin moite et chaud et surtout vivant, vivant, vivant!

Pour illustrer cette première partie; plusieurs nouvelles, qui vont du médiocre à l'excellent. Riad Sattouf nous raconte sa soirée passée dans un club échangiste avec Vincent Bernière (l'un des deux rédacs chef de Bang!) et de sa femme. Résultat plus que mitigé, Sattouf cherchant à faire passer la tristesse sexuelle de ces lieux avec un humour...inefficace. On se fait autant chier que dans No Sex in New York, mais au moins on voit des bites...

Puis on ressort une histoire de Boilet parue dans Ego comme X 8 et reliée à L'épinard de Yukiko. Ton juste, comme toujours, plutôt drôle, bref, du Boilet pur jus. Pourtant, l'exercice paraît un peu vain, au final. Vient ensuite une planche de David Heatley, racontant sa vie sexuelle en version un poil abregée. C'est frais, très rigolo, dans un dessin minimaliste, et ça fait passer pas mal de choses... Une bonne surprise.

Mais la claque vient de Phoebe Gloekner, avec son Troisième Amour de Minnie. On plonge en plein cauchemar, entre drogue, viols, saleté intérieure et extérieure... Ca prend à la gorge, et ça laisse vidé. Tout ça en si peu de pages...

La deuxième partie: "Dessine moi un sexe", regroupe des interviews d'auteurs ayant pour thème ... Le sexe, oui, lecteur attentif. Entretiens trop courts pour être vraiment interessants, malheureusement. On retiendra quand même ceux de Zep et Burns , ainsi que l'article (court lui aussi) final sur Debbie Drechsler. Ensuite, quelques auteurs nous dessinent un fantasme. La aussi, du bon et du moins bon. Frederik Peeters botte en touche, mais de manière très drôle, Neaud, dans le plus pur style de son Journal, jouit en palpant un bras de mécano, et Moebius nous offre un transexuel à la queue monstrueuse au bras d'un scientifique, le tout dans une ambiance...chirurgicale. Troublant. Petits coups de coeur pour le fantasme de Peggy Adam d'une femme à bite enculant, griffant et mordant un catcheur masqué, et celui d'Alex Barbier, où le texte cru et très dur recouvre presque intégralement une planche/collage où des hommes se sucent et baisent en couleurs directes.

Enfin, la troisième partie porte bien son titre, "Histoire de la bd Porno". Peu à dire, en vérité, pas que le sujet ne soit pas passionnant, mais le non-néophyte n'y trouvera que peu de croustillant (à part pour les exemples de bandes dessinées censurées données par l'expert en la matière, Bernard Joubert). On passe des Tijuana Bibles à Elvifrance, on s'intéresse à la bande dessinée de cul contemporaine en citant l'Echo des Savannes et BD Adult, mais curieusement en passant sous silence Kiss Comix. Pourtant, la revue, présentant presque exclusivement des auteurs espagnols et sud américains a vu passer beaucoup plus de pointures que BD Adult' (qui fait peu parler d'elle en terme de qualité. A part Jacobsen, Von Gotha, Kowacz, Fretet et Duvet, pas grand chose à retenir), à commencer par le grand Solano Lopez, Bobillo (qui a aussi fait Bird, très réussi, chez Erko), ou Noé qui s'illustre aujourd'hui dans les Chroniques de Sillage, et qui se revèle être dans les pages de Kiss un pornographe plutôt inventif et doué (sans parler de son dessin si particulier).. Et je ne parle même pas du Horny Biker Slut de Howard, qui nous offre un porno hardcore pour Hell's Angels complétement hallucinant, ou des petites Vicieuses de Monica et Bea. Une nouvelle ici aussi illustre les article, de Magnus, auteur du très connu 110 pilules. Insignifiant, vain et mille fois vu. On oublie.

Bref, lecteur inassouvi, Ce Bang! spécial sexe n'est pas raté, mais il souffre de quelques carences, et laisse un goût de trop peu au final. Dommage, mais initiative louable et partiellement menée à bien. C'est déjà beaucoup. Sans compter cette impression de subversion dont je parlais au début, qui, pour pathétique qu'elle est, à le mérite d'exister. Allez lire votre Bang! spécial sexe en terrasse, les copains!!
Par tibou - Publié dans : bouquins, disques...
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Mardi 28 juin 2005
juste pour dire, lecteur passionné, que je viens de mettre la possibilité pour toi de t'inscrire à la super newsletter que je te ferai aux petits oignons à chaque sortie d'article.

Et même que si t'es sage, je mettrai même pas de photos de singe à poil dedans. Je sais, lecteur, je te gâte, je te gâte. C'est tout moi,ça. Comme merci, je veux bien un bisou mouillé sur la joue gauche, et pour Kuk, mon premier abonné, je veux une blanche, bullenain.
Par tibou - Publié dans : tiboudblog
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Lundi 27 juin 2005
Aujourd'hui, mon lecteur que j'aime, pas de groupes foireux, de suiveurs tellement malhabiles qu'ils en deviennent attendrissants, pas de poseurs en bandana et en jean moule courgette, pas de faux rebelle à veste en jean à dos toilé et tête-de-mort-isé. Non non, rien de tout cela. Aujourd'hui, du lourd, du qui envoie le pâté et défrise la permanente de ma tante Josette. Aujourd'hui, on parle d'un des groupes les plus talentueux de ces dernières années, j'ai nommé les Queens of the Stone Age , qui viennent de nous mettre en pleine face leur dernière galette, joliment intitulée Lullabies to Paralyse.

Enfin, je dis groupe, mais sous cette appellation plutôt kitsch se cache une entité à mi-chemin entre le projet solo et le collectif de pointures. Les Queens of the Stone Age (QOTSA, pour faire plus court, parce que j'ai beau aimer écrire, mon lecteur à moi, je ne vais pas non plus passer 5 plombes à me faire chier à écrire un nom de groupe interminable) c'est avant tout le bébé de son chanteur-guitariste, Josh Homme, ancien membre de Kyuss et l'un des fondateurs de ce que les gens qui font critique comme métier quand ils sont grands appellent le Stoner. Mais qu'est ce que le Stoner, me diras-tu, lecteur en détresse ? La réponse coule de source : je n'en sais fichtrement rien. Enfin si, un peu quand même, mais il va falloir m'expliquer sérieusement comment on peut rassembler sous cette étiquette des formations aussi disparates et différentes. La joie des étiquettes, lecteur, c'est qu'elles ne reposent que sur du vent, en l'occurence ici une vague propension commune à utiliser dans un rock péchu des sonorités psychédéliques (d'où le nom, la vie est quand même bien faite).

Par contre, il est évident quand on se penche un peu sur les crédits des 4 tueries des QOTSA que Josh Homme fait partie d'une famille de musiciens, incluant des gars aussi différents et talentueux que Nick Oliveri (bassiste du groupe sur deux albums et ex-membre de Kyuss), Mark Lanegan (ex-frontman de Screaming Trees, qui poursuit actuellement une carrière solo des plus interessantes), Dave Grohl (ex-batteur de Nirvana, dont je ne vais pas te faire l'insulte de détailler le parcours, lecteur grungeophile (encore une étiquette pleine de (non)fondement, ça, tiens), et actuel frontman des Foo Fighters, un groupe qui fait le yoyo entre très (mais vraiment très) bon et assez mauvais, donc à suivre), et Billy Gibbons (ZZ Top) pour ne citer que les plus connus. Une véritable famille, donc, qui se soude autour de QOTSA, bien entendu mais aussi autour des Desert Sessions du label Ipecac (label de l'ex chanteur de Faith No More et membre actuel d'une floppée de projets dont le plus connu est sans doute Fantomas). C'est là qu'est le noyeau dur de l'entité QOTSA, les Dave Catching, Gene Trautman, Alain Johannes, Chris Goss...

Tout cela pour te dire, lecteur, que QOTSA ressemble plus à un conglomérat de talents et de sensibilités diverses rassemblé autour de Josh Homme qu'à un groupe proprement dit. Chacun apporte sa pierre et donne une couleur particulière à l'album ou les albums auquel il participe (voire pour cela la performance de Dave Grohl sur Songs for the deaf, qui trnasfigure le groupe. On y reviendra). On pourrait croire à ce moment que ces albums, tout remplis de cadors soient-ils, ressembleraient plus à un gloubiboulga peu digérable qu'à quelque chose de cohérent. On se tromperait lourdement.Au contraire, chaque galette de QOTSA creuse un sillon parallèle au précédent. La base reste la même, un rock direct, se rapprochant parfois d'un hard rock couillu et inventif. Uun son de guitare sec (sauf sur Songs for the Deaf où il s'épaissit un peu), des compositions directes, mais qui ne refusent pas la mélodie, la voix de Josh homme, assez aigue et douce, qui contraste avec le côté rugueux des guitares, celle de Mark lanegan, plus grave et rauque, et celle de Nick Oliveri, hargneuse, hurlée, souvent. Et puis ce côté un peu psychédélique, qui se ressent particulièrement sur Lullabies to Paralyse.

QOTSA

Le premier album, "sobrement" baptisé Queens of the Stone Age, sorti sur un label indépendant américain, Roadrunner, fait assez peu parler de lui. Pourtant, on y trouve déjà tous les ingrédients qui feront la marque de fabrique du groupe, de l'intro planante de Regular John au rock simple et efficace d'If Only, en passant pardes moments plus délirants (Give the Mule what he Wants). Le ton est donné, et les Reines de l'Age de Pierre se font remarquer par Interscope. C'est sous cette maison qu'ils sortiront l'album qui les projettera sur le devant de la scène, Rated R.

r

Alors, je ne sais pas, lecteur, s'il y a eu un boom QOTSA en france à cette époque (2000), puisque j'étais en Angleterre. Ce qui est sur, c'est que le single The Lost Art of Keeping a Secret a crevé le plafond, là-bas, et ce n'est que justice. Plus diversifié que le précédent, cet opus regorge de bonnes idées, d'ambiances différentes qui pourtant se complètent parfaitement, pour donner au final un tout remarquablement cohérent et impressionnant, un rock inventif, audacieux et d'une classe folle, comme on n'en avait pas connu depuis longtemps. Simplicité extrême (Feel Good Hit in the Summer, probablement l'un des morceaux, tous genre confondus, contenant le moins de notes et de paroles au monde), douceur trompeuse (Auto-pilot, avec un Oliveri au chant étonnant, In the Fade et Mark Lanegan plus rocailleux que jamais), violence sautillante (Quick and to the Pointless, tout un programme) ou rageuse (Tension Head)... QOTSA déroule ce qui paraît être l'album parfait et donne une impression de facilité à pondre le morceau juste assez bluffante.


songs for the deaf

Pourtant, nous n'avions rien entendu encore. 2 ans plus tard débarque Songs for the Deaf. La pochette de l'album, une fourche noire sur fond rouge, donne le ton. Le son s'est alourdi, la batterie (assurée par Dave Grohl) se fait plus présente et lorgne parfois sur le métal. Les compos sont à l'avenant, toujours aussi directes, mais plus pesantes. QOTSA flirte de plus en plus avec le Hard rock, un Hard dépouillé de ses gimmicks kisch et de sa pseudo-maestria qui tente souvent de (mal) cacher un manque d'inspiration. Josh Homme et sa bande jouent une musique sèche, dense, et dépouillée. Peu de respiration dans cet album, pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi parce qu'il n'y a pas de temps mort entre les itres, des pseudos Dj radio faisant les transitions. A ce niveau, cet opus se révèle plus monolithique que son prédecesseur. Pourtant, on est surpris parfois par quelques morceaux plus légers (another Love Song, The Mosquito Song), ou par les changements de chanteurs. Disons le Songs for the Deaf est un monstre de rock. Ni plus ni moins.

Un mot sur le batteur de cet album, Dave Grohl, qui est le type même du musicien que j'adore. Pas d'esbrouffe, pas de zigouigouis hyper techniques de la mort que tu passes trois ans à masteriser. Non. Rien que de la justesse, une solidité sans faille, une frappe sèche et forte, sans lourdeur excessive, un sens du rythme énorme. De la justesse, on vous dit. Bref, un putain de batteur. Si Songs for the Deaf est si réussi, dis toi bien lecteur nirvanophile qu'il n'y est certainement pas pour rien.

lullabues

Et puis arrive le petit dernier, Lullabies to Paralyse, sans Nick Oliveri, le bassiste hurleur à la barbe ZZ Top. Et là où l'on attendait une variante sur Songs for the Deaf, QOTSA nous offre un album beaucoup plus frais, aux mélodies plus légères (bon, c'est pas Oasis non plus, hein). Homme chante de bout en bout, sauf sur le premier morceau This Lullaby, sorte d'introduction à la guitare sèche où Mark Lanegan sussure quelques paroles naïves. Le reste sera beaucoup plus rythmé, mais sans l'impression de claustrophobie que l'on pouvait ressentir à l'écoute de Songs for the deaf. Pourtant, Les reines ne se sont pas assagies, témoins ce Everybody Knows that you're insane. ou le single Little Sister, un peu décevant par son côté ultra carré.

Mais on sent l'envie de s'amuser avec cet album, de rigoler un peu plus que sur le précédent. Ainsi, Burn The Witch est un petit bijou d'ironie, entre petites guitares sautillantes et les râles d'un Billy Gibbons qu'on n'avait pas vu à telle fête depuis longtemps. Qotsa se rapproche d'un blues un peu déglingué et second degré avec ce morceau, probablement le plus réussi du disque. Et puis il y a le morceau de bravoure, Someone's in the Wolf, 6 minutes 49 (c'est très long pour eux)de retour aux sources. C'est bien simple, on se croirait dans le premier album. Un riff hypnotique, des guitares qui vont volontier se perdre sur des chemins de traverse, un rythme assez lent et saccadé, un break digne de Pink Floyd...

Et en concert, qu'est ce que ça vaut, me diras-tu, lecteur ? Je ne peux pas te le dire pour le nouveau line-up, j'ai vu la version Nick Oliveri/Dave Catching/Chris Gross/Josh Homme il y a 4 ans, j'en garde un très bon souvenir. Comme en album, on voyage en des terres différentes, pafois calmes, parfois d'une violence débridée, parfois plus trippantes. Et puis, tu vas pouvoir te faire une opinion par toi-même, lecteur slamophile, puisqu'ils passent aux Eurocks bientôt, et restent en Europe tout l'été. Ca serait dommage de louper ça, quand même.

Pour finir, je te laisse, lecteur, avec la résolution d'une enquête qui-m-a-pris-au-moins-pas-mal-de-temps-que-ça-serait- super-long-à-quantifier-mais-au-moins-5-minutes. Je sais ce qu'il est arrivé à Manu, le webmaster vénéré de Bulledair . Il s'est reconverti au rock qui tache, s'est mis des tatouages décalcomanie et passe ses journées sur les routes et à faire des pompes devant des groupies folles de son corps. La preuve ? La voilà, lecteur, rien que pour tes beaux yeux. C'est Ysa qui doit être contente... Remarque, lecteur adoré, il aurait pu avoir un line-up plus dégueu que celui des Eagles of Death Metal : Josh Homme et Dave Catching (et là c'est là que je vois si tu suis). Mais quand même...

Et c'est sur cette chute brutale et surprenante d'une icône du web que je te laisse pour aujourd'hui, gentil lecteur. Désolé, mais l'information, c'est aussi parfois dévoiler des choses tristes, voire navrantes. C'est la vie, comme disait Didier Barbelivien (ou Jean Pierre François, je sais pus, mais un artiste, en tous cas).
Par tibou - Publié dans : bouquins, disques...
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Dimanche 26 juin 2005
On l'a vu, le discours des éditeurs alternatifs, Menu en tête (mais Gauthey n'a pas non plus sa langue dans sa poche) monte en aggressivité, et ne ménage pas les éditeurs importants, comme Soleil, Casterman, Delcourt ou les Humanos. Un discours qui cadre avec la position de Menu "contre" les gros éditeurs. Menu n'a aucune envie d'emmener le petit monde de l'édition de bandes dessinées vers des cieux meilleurs, il constate et se désolidarise nettement dans Plates-bandes du microcosme.

L'un des plus touchés, parmi les "gros", est Mourad Boudjellal, à la tête de Soleil et qui finance également le magazine Bandes dessinées Magazine. Loin de moi l'idée de reprendre une bataille pro et anti-Soleil sur ce blog, elle a lieu toutes les deux semaines sur ton forum préféré, lecteur, quel que soit le nom du forum. Cette bataille ne m'intéresse que peu. Par contre les raisons profonde de celle-ci m'intéressent au plus haut point. Et je pense que celles-ci vont un peu plus loin que l'opposition livre de qualité/daube HF brandie un peu partout.

Mettons avant tout les choses au point : je me situerais plutôt dans le camp de Menu. Je ne boycotte pas Soleil, j'achète, et je continuerai d'acheter certains de leurs livres. Ceux que je possède ne sont pas nombreux, mais de qualité. J'aurais du mal à dire par conséquent que Soleil ne sort que des étrons par paquet de douze. C'est faux, bien entendu. Voila qui est clarifié.

Par contre, il faut bien avouer que leur stratégie éditoriale n'incite pas à la qualité, loin s'en faut, et c'est là que je rejoins Menu. Soleil est complétement dans le microcosme cher à Menu. La stratégie Soleil, c'est la standardisation poussée très loin : format, thèmes, styles... , et le caressage du collectionneur dans le sens du poil : intégrales lanfeust "millésimées", plusieurs couvertures pour Lanfeust selon le point de vente... On valorise l'objet commercial, non le livre en lui-même et encore moins le contenu.

Je reviens sur le côté très standardisé, parce que je sens bien lecteur, que tu ne vas pas me laisser m'en tirer sans une petite explication. Force est de constater tout d'abord que si la plupart des autres font des efforts aujourd'hui pour proposer des livres à des formats différents, Soleil reste cantonné à son 46CC, grand format. Les maigres tentatives de changements (la collection Lattitudes, dont le prix (du au carton? je ne vois pas vraiment d'autre explication) prohibitif marginalise d'emblée le lectorat. En outre, le changement de format est pour le moins frileux, et rapproche la collection d'un ensemble d'objets de luxe. Les rééditions de vieux classiques comme le Spirit, elles aussi à des prix élevés) ne donnent pas l'impression que l'éditeur croit à ces alternatives. Pire, la collection Soleil levant, sensée présenter un mélange entre Franco-belge et Manga, ne réussit qu'à offrir une succession de clichés de manga (gros yeux, découpage sensé être dynamique, et qui ne réussit qu'à être fouilli) à scénario typique Soleil et enrobés dans le sacro-saint 46CC. Et Boudjellal de nous dire dans les éditeurs de Bande dessinée : "Mais demain, on va connaître un nouveau genre. On ne peut pas encore le définir avec certitude, ce sera le mélange du manga, des jeux vidéo et de l'héroic fantasy.(...) Pour vous dire à quel point j'y crois, je n'hésite pas à déclarer que la collection Soleil Levant sera à terme l'avenir de ma maison d'édition.". Tremblons.

Soleil ne pense qu'en terme de genre, de catégories, malheureusement. SF, Heroic fantasy, ce genre "nouveau" et artificiel qu'est la collection Soleil Levant... Tout est catégorisé, à tel point qu'on se demande ce que fait Farid Boudjellal dans ce catalogue, de même que Sylvain Ricard et Christophe Gaultier. Alors bien sûr, qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit, il peut très bien y avoir des pépites d'or avec ce système, les auteurs que je viens de citer en faisant partie, au même titre que Denis Bajram ou N'Guessan. Il n'empêche que ce système favorise les clones, et rend les choses plus difficiles pour les autres. Voyons le sort réservé par exemple à la collection Soleil kids, ou le départ de Ricard et Gaultier. Le clone, c'est plus facile à ranger, le lecteur va pouvoir le mettre dans son étagère fantasy à côté de Lanfeust (ou dans son étagère SF à côté de Kookabura). Et je ne dis pas non plus que ce système n'a pas cours chez les autres éditeurs. Mais Soleil a fait de ce système sa marque de fabrique.

J'ai écrit il y a quelques jours dans les commentaires que Menu (et aucune maison alternative à ma connaissance) n'était pas un élitiste. Je le maintiens. Pourtant, beaucoup de ses détracteurs l'attaquent en brandissant ce mot comme une insulte (ce qu'il n'est pas, jusqu'à preuve du contraire), et opposent la bande-dessinée de ces alternatifs à une bande dessinée "populaire" faite par des éditeurs comme Soleil ou Delcourt. Il faudra bien se rendre compte pourtant qu'aujourd'hui, la bande dessinée Franco-Belge n'a plus grand chose à voir avec le populaire (et le manga est en passe de prendre le même chemin, ce qui est une abérration totale), n'en déplaise à Boudjellal. Comment qualifier de "populaire" un medium qui se vend par tranches de 46 pages à 12 euros 50 ? La bande dessinée fut populaire, de cela il n'y a aucun doute. Les petits formats, les albums brochés, tout cela faisait que la bande dessinée était abordable par à peu près tout le monde. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les gros éditeurs veulent faire du populaire ? Qu'ils changent leur format (encore une fois), qu'ils arrêtent de valoriser l'objet commercial et se décident à faire des livres abordables, qu'ils se débarassent de cette saloperie qu'est le carton, qu'ils arrêtent de nous prendre pour des imbéciles avec ce "grand format" apparu seulement pour augmenter le prix du livre, bref, qu'ils cessent de nous vendre une fausse apparence de luxe, comme une fiat panda à laquelle on aurait fixé un bouchon de radiateur Rolls Royce. Le bouchon, on s'en fout, on veut juste la bagnole. Le créneau populaire, c'est du côté du manga qu'il faut aller le chercher aujourd'hui, pas du côté du Franco-belge. Et encore, plus pour longtemps. Bref, si un éditeur veut faire du beau livre, qu'il le fasse, avec le sérieux et la rigueur d'un Cornélius, par exemple. S'ils veulent faire du populaire qu'ils le fassent comme ils savaient le faire il y a une vingtaine d'années. Le populaire, ce n'est pas faire des catégories à la con et raboter ce qui dépasse, ce n'est pas faire attendre un lecteur 1 minimum an pour 46 pages à suivre, c'est faire des livres abordables, dans tous les sens du terme. La forme conditionne en partie le fond. A format standard, produit standard (et j'utilise le terme "produit" intentionnellement)

Malheureusement, aujourd'hui, on semble ratatiner ce terme noble et en faire un vague erzatz synonyme de clone facilement identifiable. Triste destin. Le popualire, c'est aussi la diversité des thèmes et des styles. Donjon le prouve à chaque album.

J'ai dit que nous vivions une époque formidable. Je le maintiens, malgré cette conclusion un peu défaitiste. Nous sommes à un tournant. C'est demain que va se décider une nouvelle façon de faire de la bande dessinée, que nous nous débarasserons de toutes ces casseroles. Pour la périodicité accrue, plusieurs tentatives interessante (du point de vue du concept) sont apparues : Donjon, bien sûr, mais aussi Le décalogue ou La compagnie des glaces quand le système sera rodé. Pour le prix; les Best-sellers Glénat d'il y a deux ans étaient une idée excellente, malheureusement pas renouvellée Par contre, l'attrape couillon de Delcourt et Soleil (1er tome à prix réduit, après on paie le prix fort) n'est qu'un misérable cache-misère. Niveau format, ça bouge timidement (Casterman, qui semble tiraillé avec sa collection Ecritures entre se démarquer (format) et rester dans le rang (maquette, standard). Il y a cependant un problème de fond avec cette collection : on semble vouloir se rapprocher du beau livre, mais sans s'en donner les moyens. Etrange).

Les changements, cela s'accompagne toujours de tiraillements, de coups de gueule, de prises de positions tranchées. On le voit ici avec cette cristallisation des avis autour de Menu le Pitbull et de Boudjellal le faux Caliméro. Choisir mon camp ? Oui, celui de Menu, quand il dit que chacun se doit de faire son boulot. En l'occurence, que les gros fassent de la bande dessinée populaire, c'est mon voeu le plus cher. Qu'ils arrêtent de le dire et qu'ils se sortent les doigts du cul une bonne fois pour toutes.
Par tibou - Publié dans : Le Feuilleton des éditeurs
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