l'art de la torture en milieu urbain

Publié le par tibou

Moi j'aime bien beaucoup lire. Plein de trucs, mais surtout des romans. J'ai pas de mérite, c'est de famille. La maison, c'est un peu un croisement entre le service documentation du journal Spirou dans Gaston Lagaffe et le service documentation du journal Spirou dans Gaston Lagaffe, avec les galeries de bouquins mais pas le chat qui pionce. Le chat, Cubik il a qu'à en faire une poche anale pour son copain.


Alors tu vois, hein.


Et puis moi, j'ai une ptite bibliothèque qui fascine les gens dès qu'ils se pointent, sauf ma cousine, parce qu'elle a la même. Celle-là, elle l'emportera pas au paradis. Déjà qu'elle a deux Bêtes chez elle alors qu'elle a deux ans de moins que moi...


Bref, c'est la bibliothèque à livres en anglais. Les gens, ils la regardent en ouvrant des grands yeux impressionnés. C'est con un gens, quand même. Tu lui mets Voyage au bout de la Nuit d'un côté et Harry Potter and the Goblet of Fire de l'autre, ben tu peux être sûr qu'il va te dire (d'un ton qui suggère que tu viens d'une planète lointaine, très lointaine, et que tu peux être extrêmement dangereux. Le ton du gars qui dit ''Je viens en Paix, il n'est pas nécessaire d'utiliser le bazooka psionique que vous tenez négligemment dans votre palme inférieure du milieu, monsieur le Gnou de l'espace'' ) :


''Waaaaaah, tu lis Harry Potter en VO?''


_''Nan, connard, je me lave les dents avec, c'est à ça qu'elles ont servies, mes années d'études'' (je tiens à préciser que je ne lis pas Harry Potter. Non non, j'te jure, c'est vrai, ahahaha, c'est pas mon... ah pis merde!)


Ça c'est ce que j'aimerais répondre. Mais jeulfais pas parce que je suis un gros lâche (et qu'en tant que Gnou de l'espace pacifique à palmes, je ne me sers de mon bazooka Psionique qu'en dernier recours aussi)


Le gens, c'est un peu la plaie du Gnou.


J'ose même pas imaginer comment ça se passe chez ma cousine qui a en plus de sa biblio à livres en anglais une bibliothèque à livres en allemand, parce qu'elle a toujours voulu être la première de la classe, cette fayotte. C'est un peu une cheftaine Gnoute.


Tout ça pour dire que j'aime bien lire en anglais, et qu'on est ptipeu montré du doigt quand on fait des trucs hautement subversifs comme ça. D'ailleurs, là, tel que tu me vois, je m'apprête à vivre une journée de vendredi qui va rester dans les mémoires. Je vais chez le médecin, et après je prends le train.


Je sais pas si tu te rends compte, toi qui es normal, mais ça va être un brin lourd. Le médecin, d'abord. Je te fais la scène, un peu, tu vas être horrifié.


Donc j'arrive dans le cabinet du gastro-entérologue, et je vais voir la secrétaire, pour lui dire que je suis là, que c'est pas la peine qu'elle me cherche, celui qu'elle attendait est arrivé, tout ça. La secrétaire de mon gastro, elle est belle, elle est gentille, elle a un beau sourire, et elle sourit tout le temps. Je crois que c'est une compensation pour le toucher rectal qu'il va me faire après, il appâte avec elle. Pis il la garde pour lui, parce qu'il sait pertinemment que le mec qui va chez son gastro n'a absolument aucune chance avec sa secrétaire : je me vois bien arriver devant elle, lui faire mes yeux de cocker et lui sussurer à l'oreille ''hey, baby, c'est moi, tibou, tu sais, le mec qui tapisse les chiottes du cabinet de sang à chaque fois qu'il se pointe. Ca te dit, un resto?''


Je crois pouvoir affirmer sans trop m'avancer que la réponse sera négative, pour une raison obscure qui m'échappe. Je hais mon gastro.


Mais je m'égare.


Donc, la jolie et souriante secrétaire me dit d'aller dans la salle d'attente parce que mon ljhkh de gastro est une fois de plus en retard que ça commence à bien faire (enfin j'ai rajouté des trucs, hein, elle dit pas tout ça, sinon, toute belle et souriante qu'elle soit, je crois qu'elle serait un peu renvoyée).


Moi, docile, sous le charme, je cours dans la salle d'attente, après un petit crochet par les chiottes pour les tapisser de sang, histoire qu'on n'oublie pas que je suis passé. Et puis hop, la salle d'attente.


La salle d'attente d'un gastro, on pourrait la confondre sans trop de problème avec celle d'un gérontologue où se seraient perdues 1 ou deux personnes d'un âge décent. Pour résumer, c'est plein de vieux qui ont la tuyauterie qui merdouille et qui bavouillent sur des articles de Elle et Biba. Moi, j'ai pas envie d'avoir de la bave partout, je donne assez avec la Bête comme ça, j'ai prévu le coup, je sors mon bouquin qui se trouve être un livre en anglais.


Et là, c'est le drame. Je sens le changement autour de moi. Les coups d'oeil en coin, puis plus appuyés, les yeux agrandis. La transformation s'opère, je deviens une créature qui n'a plus rien d'humain. Je deviens ça :


Heu, non, quand même pas ça, faut pas pousser. Un truc plus du genre ça, alors:


(oui, je recycle, j'ai la flemme de scanner)


C'est louuuuuuurd. Alors je fais celui qui voit rien, j'attends l'inévitable vieille peau qui va poser la question pertinente entre toutes :


''Vous arrivez à lire?''


Et là, tout en lui fourrant un fer à souder dans le cul jusqu'aux amygdales, histoire de lui éviter la corvée du gastro une fois pour toutes, je lui réponds gentiment que oui, qu'elle est très observatrice pour quelqu'un qui a besoin d'une loupe pour lire son Voici hebdomadaire, et que si elle pouvait bien me laisser continuer, maintenant, connasse, ça serait bon pour ma tension, merci bien.


Mais en fait, ça, jeulfais dans ma tête, pas vraiment en vrai de la réalité. Dans le mondedelavieréelle, je lui souris (mais mon sourire il marche moins bien que celui de la secrétaire, apparemment, parce qu'elle a l'air toujours apeurée), et alors qu'une veine palpite à ma tempe et que je fantasme sur le rêve décrit au dessus, je lui réponds ''oui, madame''.


_Vraiment?


_Oui, je vous assure * sourire qui se crispe un tantinet, goutte de sueur qui commence à perler sur mon front * (dans ma tête, c'est pas la minute mais les 24h de violence gratuite. Je couds la bouche de la vieille à l'anus soudé avec un fil fait avec ses propres cheveux que j'ai tressé alors que je trempais ses pieds dans un bain d'huile bouillante)


_Vous en avez du courage


_oh, vous savez, pas tant que ça (je la découpe en quartiers mais curieusement elle vit encore, alors je la donne à bouffer à la Bête. Il lui mordille le gros orteil en bavouillant sur elle. Je crois qu'il prend le pied pour sa totosse. Elle hurle de terreur.)


_Quand même... Et elle retourne à son magazine, qui commence à dégouliner sur le lino.


Je t'évite la suite dans le train, parce que bon, c'est pareil et j'en ai déjà fait une tartine, mais je te laisse réfléchir à leur tête si j'avais sorti non pas un livre en anglais, mais une BANDE DESSINEE EN VO...


J'en tremble, rien que d'y penser.


Être un gnou, c'est dur.




Publié dans tiboudblog

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tibou 14/11/2006 16:45

c'est un proverbe, ça?

cubik 14/11/2006 16:40

(ciel j'ai égaré mon carburateur) ah t'as fait des études?

Kuk 14/11/2006 14:26

T'oublieras pas de laisser tes livres en langue barbare dans le train, hein. Pas de ca chez moi.