Il y a un mois...

Publié le par tibou

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Ouverture des yeux.


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Je suis dehors. Il fait nuit.

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C'est pas normal de dormir dehors.

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Je ne suis pas près de chez moi.

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Sous moi, il y a un matelas. Un matelas dehors? Je me déplace. Un matelas sur roulettes

''Il se réveille.''

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Ma mère. Mon père. Devant mes yeux. Ils ont l'air inquiets. Je tente de bouger. Trop dur.

_ Ne bouge pas. Ma mère.

_ Qu'est ce qui se passe?

_ On te transfère à Brabois.

_ Où on est?

_ Tu te rappelles pas?

_ Me rappeler quoi?

_On te racontera là-bas, il faut y aller, là.


Deux barbus en blouse blanche me hissent dans une ambulance. Les ambulances du Soleil. A Nancy. Ils ont pas peur du ridicule, les gars. Je redemande à l'un des brancardiers :


_ Où on est, là?

_ Vous êtes aux Urgences de l'hôpital central de Nancy. C'est nous qui vous avons transféré ici depuis la clinique, et vous étiez conscient, à ce moment.

_ Quelle clinique?

_ Celle de Lunéville...

J'ai mal à la nuque et à la tête et à la langue. Je connais bien cette douleur. Je commence à comprendre vaguement ce qui a pu se passer.

_ On vous donnera quelque chose une fois arrivés au CHU.

Je repose ma tête. Je dois m'endormir ou ma conscience a du partir faire un tour à Ibiza si j'y suis.

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La conscience revient d'un coup. Brusquement. J'ai déjà les yeux ouverts. Impression d'avoir été un zombie. Un homme en blanc me dit de me tourner sur le côté. Je lui demande pourquoi. Il m'explique qu'il vient de me le dire. Je lui dis que je ne m'en souviens pas. J'ai peur. J'ai froid.


_On va vous faire une ponction lombaire.

Oh... L'inquiétude grandit. Je cherche mes parents des yeux. Personne. Je demande à l'homme qui doit être un médecin, vu qu'il tient une aiguille qui me paraît assez énorme dans sa main.

_ Ils sont à côté, ils vous parlaient il y a deux minutes.

L'expression de mon visage doit l'impressionner, car il cherche à me rassurer.

_ Ne vous inquiétez pas, vous êtes désorienté, ça va passer. Tournez vous sur le côté, maintenant.


J'obéis péniblement. Je remarque à ce moment-là le tuyau à perfusion planté dans mon bras et le gros pansement juste en dessous de l'embout. Je demande au docteur ce que c'est.


_La perfusion, c'est juste du sérum physiologique, pour vous hydrater. Le pansement, c'est parce que vous avez arraché deux fois votre perfusion. Ne bougez plus du tout, s'il vous plaît.

Une aiguille m'entre dans le dos. C'est douloureux, particulièrement désagréable. Je serre les dents, reste immobile. J'ai l'impression que l'aiguille reste des siècles dans mon dos.


Enfin, elle se retire. Je suis épuisé. Je sombre...

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Réveil. Un brancard. Une jeune femme me pousse, une autre se trouve derrière moi. La femme me sourit. Elle est plutôt jolie. Petite. Je tente de répondre à son sourire. Ça doit pas être beau à voir. On entre dans une chambre, déjà occupée par un homme qui marmonne. Il a un masque à oxygène sur le visage.


''On vous amène de la compagnie M. Delauney''

Le lit est mis en position, et la petite aide soignante (en vert) me sourit et me dit qu'un médecin va bientôt passer me voir. Je demande où sont mes parents. Ils vont arriver.


Elles sortent toutes les deux. L'autre aide soignante m'a tourné le dos presque tout le temps, je n'ai pas pu voir son visage clairement.


Je regarde autour de moi. Une chambre tout ce qu'il y a de plus banal. Deux télés. Deux tablettes. Un fauteuil. Une table de nuit. Un téléphone. Un bonhomme qui marmonne apparemment ''Bon dieud'bondieud'bondieud'bondieuc'estpaspossiblebondieud'bondieud'bondieu'', le tout à une fréquence d'environ 20 secondes. Il n'arrêtera sa litanie que lorsque les AS viendront lui donner la becquée, et il restera deux jours à côté de moi. C'est déjà usant au bout d'1/4 d'heure.


Un médecin entre, sourit, se veut rassurant. Maman et Papa l'accompagnent. Ils me font signe. Maman a les traits tirés. Elle a pleuré, je le vois à ses yeux rouges. Mon inquiétude refait surface. Je tente de la combattre en me disant qu'elle pleure souvent pour pas grand-chose. Le médecin me pose une question que je ne comprends pas. Je lui demande de répéter.


_Vous connaissez votre nom?

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Je suis terrifié. Comment on peut oublier son nom? Il est là, je l'ai sur le bout de la langue, mais mon cerveau embrumé est incapable de m'apporter la réponse. Je le regarde et lui dit non d'un ton qui doit contenir à peu près tout le désespoir ce monde, et un peu des autres aussi. Il me redonne ce qui m'appartient, mon patronyme. Je me demande comment j'ai pu l'oublier. Je le reconnais maintenant, ça devait être quelque chose de passager. Je reprends confiance.


''_Vous savez quel jour nous sommes ?

_ Heuuu... Mardi? (au hasard, totalement. Ma langue me fait un mal de chien dès que je la bouge. Le médecin fait des efforts surhumain pour capter ce que je lui dis.)

_ Noooon... Dimanche. La date exacte?

_ Je hausse les épaules

_ l'année?

_ (après un intense et long moment de réflexion) 2002?

_ Plutôt 2006... Votre âge?''

Nouvelle période de réflexion, nouvel échec lorsque je lui réponds 25. ''Bien, on va passer aux tests moteurs''.


Apparemment, je m'en sors mieux de ce côté-là. On m'apprend alors que j'ai de la fièvre, et que je vais être mis sous antibiotiques. Pendant ce temps, ma mère me raconte sa journée, et la mienne aussi par conséquent. De ce qui va suivre, je n'ai absolument aucun souvenir. En bruit de fond, le père Delauney continue son mantra, inlassablement.


Rewind. 9H du matin. Ma mère entend des bruits bizarres, puis un gros ''Bang''. Quelqu'un s'est cassé la figure dans la chambre de ma soeur. Elle se lève en catastrophe et va voir ce qui se passe.


Je suis étalé par terre. La chambre est pleine de merde. Elle réalise que j'ai fait mes besoin dans mon armoire. Je lui demande pourquoi il n'y a plus de PQ. Mes mains sont noires de mes déjections, ainsi que mes fringues, les draps de ma soeur, mes cheveux. Dans le couloir et dans le salon, une traînée de vomi macule le parquet. Elle monte dans ma chambre. Elle voit les murs tapissés. Apparemment, je n'ai pas fait les choses à moitié. D'en bas, je lui redemande où est le papier toilette. Elle redescend, me demande où je suis. ''Ben aux toilettes, où veux-tu que je sois ?'', du ton de l'évidence. Je parle lentement, comme si j'étais drogué.


Elle ne se démonte pas. Après tout, elle est infirmière. Elle me fait remarquer qu'on trouve rarement un lit et une armoire dans des toilettes. Je la regarde. Je ne comprends pas. Puis, doucement, j'observe mon environnement, et la lumière se fait doucement dans mon esprit. ''Ah... oui... T'as raison...''. Je reste planté là, incapable de fournir l'effort intellectuel nécessaire à la compréhension totale de mon état. Elle me dit de me lever, qu'il faut me nettoyer. Elle a les larmes aux yeux, maintenant. Je tente de me relever, mais mes pieds glissent dans ma merde, et je retombe le cul en plein dans une bouse. ''J'y arrive pas'', dis-je bêtement, ma voix toujours lente et monocorde, alors qu'elle éclate en sanglots et tente de me soulever. Finalement, on entre péniblement dans la salle de bain. Ma mère est aussi maculée que moi à présent, mais ça doit être encore plus pénible pour elle, c'est pas son caca.


Elle me fourre sous la douche, et comme je suis décidément incapable de comprendre ce que je dois foutre avec cet engin du Diable qui s'avère être la pomme de douche, elle me fait ma toilette, puis me conduit au canapé, avant de me laisser pour aller changer de fringues et se laver.


Lorsqu'elle revient, c'est pour constater que j'ai vomi sur le canapé. Elle m'a apporté des vêtements, que je ne peux enfiler tout seul. Je suis assis, le pantalon au cuisses, essayant de fermer le bouton, murmurant ''J'y arrive pas...''. Ma voix cotonneuse et mes efforts de débile la font fondre en larmes de nouveau. C'est là qu'elle s'aperçoit que je me suis mordu la lange, comme au bon vieux temps, et que c'est pour ça que je parle lentement, comme si j'avais une patate chaude dans la bouche. Ma langue a triplé de volume. Elle m'aide à enfiler tout le bordel, puis appelle mon père, lui raconte tout, téléphone à mon gastro qui lui dit de se pointer à la clinique où il est de garde aujourd'hui.


Arrivés à la clinique, le gastro voit vite la gravité de mon état, sans y comprendre quoi que ce soit (phénomène qui se répétera à Nancy. Au moment où tu lis ces lignes, lecteur, je veux bien être pendu s'ils ont la moindre idée de ce qui a bien pu se passer dans ma tête pleine d'eau) et décide de me transférer à Nancy, vu qu'on est dimanche et qu'il n'y a pas grand monde à Lunéville.


On ne m'a raconté que vaguement les urgences de Nancy Central. Je me demande si ça n'est pas là-bas que j'ai subi la ponction lombaire, d'ailleurs, finalement. Je me rappelle très très vaguement du passage dans un scanner. Apparemment c'était là-bas. Plus tard, je ferai une batterie de tests assez impressionnante : éléctro encéphalogramme à deux reprises (dont un qui détectera quelque chose au lobe temporal, là où j'ai mal quand je fais des migraines), IRM (ça je connais, du temps où on croyait que je faisais des crises d'épilepsie. Certains n'ont toujours pas abandonné cette hypothèse d'ailleurs. Les autres ont au moins l'honnêteté de dire qu'ils ne savent pas pas. Je me suis tapé un médoc qui risquait de me filer une hépatite et d'autres joyeusetés dans le genre pendant 1 an, tout ça pour que l'on me dise que finalement, ce n'était probablement pas ça.), électro-cardiogramme...


Je resterai un peu plus d'une semaine à l'hosto, pour tout ça et pour que les antibio fassent baisser la fièvre. J'ai encore des trous de mémoire. J'ai mis deux jours avant de me rappeler le prénom de mon frère, une bonne semaine pour me souvenir que j'avais vécu un an en Angleterre. Parfois, on me rappelle certaines choses, qui n'éveillent rien en moi. Je hoche la tête, vaguement, et la peur me prend.


Parfois, je rêve que mon cerveau pourrit doucement, au même rythme que mes entrailles. Je me réveille en étouffant un cri.


Parfois, tout va bien.


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cubik 15/11/2006 16:12

en même temps, c'est rare qu'il nous précède. Vaut ptet mieux en fait.

tibou 15/11/2006 14:40

matthieu> va falloir demander à ma mère, moi, tu sais, je raconte ce qu'on m'a raconté...Phil> le caca me suit, j'y peux rien.

Phil 15/11/2006 14:33

Y'a quelque chose qui m'avait échappé dans le coté scato , maintenant je pige mieux.

Moatthieu Pierangelo 15/11/2006 14:32

mais... on sais pas le fin mot de l'histoire...
tu as trouvé du PQ finalement ?

tibou 15/11/2006 09:51

ça c'est parce que je me suis relu entre temps :)