Final Fight

Publié le par tibou

La Bête est propre.

Je peux désormais croire aux miracles. Par contre, en ce qui me concerne, le bilan est mitigé. Je n'ai plus de pied droit après la ballade à l'Inter, ma veste dégouline de bave verdâtre, mon T-shirt est un brin plein de pisse, ma figure et une partie de ma belle chevelure sont humides du même liquide, je pue, j'ai faim, j'ai soif, et je contiens difficilement une envie de plus en plus irrépressible de balancer le monstre par la fenêtre.


Mais sinon, ça va.

Après tout, il va aller au pieu, le machin, ça me fera des vacances.


Ahahaha, étais-je naïf, me dis-je maintenant, fort de cette expérience fondatrice (n'ayons pas peur des mots).

Ben oui, hein, les bébés, quand c'est pas chez eux, ça a peur.

Et quand ça a peur, devinez ce que ça fait? (vous avez dix secondes). Hmmm? Oui, au fond? Ça? Tout à fait! Ça chiale en mode ''cri d'Axle Rose'' (légèrement aigu et vrillant, pour les ceusses qui n'ont pas eu la chance de connaître les fantastiques Guns and Roses).


Biiiien. Reprenons. Je suis dans un état à faire fuir un putois au nez cassé, et la Bête chiale sa mère. Pas de doute, c'est l'heure des chansons. Je sors mon arme secrète, en l'occurrence un livre musical que le frangin m'a filé avant de s'enfuir comme un lâche sous le fallacieux prétexte qu'il a un boulot. Mon frère il est un peu bien con. Ses armes secrètes, ça vaut pas un pet de lapin. Quand même, un bon valium et hop on n'en parle plus. Mais non, monsieur ne pense pas. Il me refile le Diable en pension, et il faut que je lui nique sa race à coups de "mon beau sapin, roi des forêts"

 

je sens qu'il va rire.

 

L'enculé.


Première constatation : le bruit du machin, s'il couvre un peu celui du ptit mec, doit être encore plus insupportable à écouter. Je songe à exprimer à mon frère le fond de ma pensée après demain. Avec modération. Celle avec les clous rouillés.


J'enclenche le mode réflexion : ... ... ... ... ... ... ... (en bruit de fond, on imagine un waaaAAAAaaaAAAAh modulé que c'en est une merveille de cassage d'esgourdes et une voix nasillarde qui chante ''une souris verte'' d'un air enjoué)... ... ... Crrrztt. * plop * (pendant que mon cerveau grille les fusibles qu'il lui reste, le môme a apparemment décidé de passer à l'octave supérieure)


Bien. Les grands moyens, donc. Réflexe de survie. Je prends le livre dont j'arrache fébrilement les piles avant de les manger convulsivement en poussant des borborygmes indistincts. Puis, je m'approche, la bave aux lèvres, du petit monstre qui redouble de hurlements, et lui demande poliment s'il ne voudrait pas fermer sa grande gueule s'il te plaît.


Apparemment non.

 

Mon approche subtile ne doit pas être la bonne.


Va falloir que je chante moi-même, je le sens. C'est risqué. Il pourrait être définitivement terrifié. D'un autre côté, j'ai pus grand chose à perdre. Je me penche au dessus du lit, et commence à entonner un chant indistinct (oui, ben hein, j'ai pas mon bafa moi, j'en connais pas des chansons, bande de gros malins).


Ça a pas l'air efficace. Je persiste. Je commence à être un peu étourdi par ma propre odeur. Résister. Tenir jusqu'au bout. Je m'accroche, je continue inlassablement ma mélodie atone. Je souris, même, en pensant à des choses agréables : sa décapitation, son écartèlement par 4 poneys sous les yeux de son con de père... Enfin des trucs qui mettent du baume au coeur, quoi. Il me semble que ses hurlements ont baissé d'un ou deux décibels. C'est un peu dur de se rendre compte, j'ai une oreille fracassée par son braillement qui m'a surpris pendant mon odyssée au supermarché et l'autre bouchée à la pisse. Je me sens sombrer doucement dans l'inconscience. S'il n'abandonne pas vite...


Mais je ne rêve pas. La Bête perd pied. Elle fatigue. Mon endurance commence à porter ses fruits.

Surtout ne pas crier victoire trop vite (et ne pas crier du tout serait aussi quelque chose d'intelligent à faire), la Bête est pleine de ressources, et fourbe comme une hyène, elle l'a déjà prouvé. Je subodore un piège machiavélique. Mais non. Les yeux deviennent lourds, les hurlements se transforment en piaillements plaintifs, puis en soupirs encombrés. Et finalement, la chose se produit. Il ronfle.


Il est endormi.

Je retiens une larme de bonheur. Je m'éloigne sur la pointe des pieds. Il ne se réveille pas.

Je me demande si je ne rêve pas. Je me pince.


Non, il pionce toujours comme un loir. J'irais bien hurler ma joie à la Lune, mais jeulfé pas, pas folle la guêpe, il serait capable de faire une connerie.


J'hésite, malgré une puanteur qui commence à me tourner la tête, à aller prendre une douche, la salle de bain étant juste à côté de sa piaule.


Je vais encore attendre un ptit quart d'heure, pour être sûr.


L'émotion m'étreint alors avec force. Je réalise que je lui ai mis sa pâtée, à l'autre. Je me sens grand. Je suis le roi du monde. J'ai vaincu. Dans un élan de fair-play qui m'honore, je trouve, je me dis qu'il fut un adversaire valeureux, même si ses pitoyables tentatives étaient vouées à l'échec. Je suis beau.


Mon érection est triomphante.

Publié dans la Bête immonde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

cubik 17/11/2006 12:51

(ciel j'ai égaré mon carburateur) je chierai la nuit, je chierai le jour, je chierai partout, je chierai toujours

tibou 16/11/2006 20:19

cecile> désolé :o)phil> j'avais que lui sous la main, alors je... je...et merde.cubik> je pouvais pas, fallait que je garde le gosse!ab6> ah ben c'est du vécu, hein :o)ah, et puis grande nouvelle : le machin revient ce week end... en pleine forme... et moi je serai à paris.C'est pour ces moments à que je vis.

ab6 16/11/2006 17:55

C'est CA , c'est exactement ça !
pour un peu j'en plererais tellement c'est bien vu !

Emmanuel 16/11/2006 11:37

Erection, piège à cons (ciel j'ai oublié mes bougies)

cubik 16/11/2006 11:23

et après ça, il veut pas venir au karaoké...