association d'idées.

Publié le par tibou

Crises.


Tétanie. Angoisse.

Épilepsie?


Quelque chose doit sortir.

Accumulés : Frustration. Déceptions. Stress irraisonné. Poisons qui se massent, pourrissent tout ce qu'ils touchent, puis s'accrochent comme un ténia pendant que j'évacue mes chairs et mes pensées avariées. Larmes et morve coulant sur mes joues, sang noir et glaires gluantes suintant de ma cuisse. Sueur aigre recouvrant ma peau. Pensées morbides jaillissant en torrent de ma tête, et cris rentrés dans ma gorge.


Car elle ne doit pas savoir. Le reste, je pouvais lui cacher. Je pouvais jouer à l'innocent. Je me maîtrisais.

Ces temps-ci, le ténia s'est fait boa. Et il serre fort, l'animal. Tout a dû sortir d'un seul coup, propulsé par la force de ses anneaux. Je n'ai rien pu faire.


Là, il se repose. Je suis vidé.

Jusqu'à la prochaine fois. Mais le mal est fait. Elle a vu. Ils ont tous vu.


Je me souviens. Une sortie avec les potes. C'était mal parti. Ils voulaient aller en boîte. Je voulais me cacher dans ma chambre. Ma copine de l'époque m'a convaincu. Ou plutôt elle m'a harcelé jusqu'à ce que j'accepte.


Arrêt au bar. Je bois trop depuis quelques temps. Tous les jours. Je le sais. C'est un signe, ça aussi je le sais. Je ne le prends pas en compte.

Les voix dans ma tête sont là, comme à chaque fois que ça se profile. Elles m'empêchent de dormir. Elles m'empêchent de penser. Je leur dit de fermer leur gueule, parfois. A voix haute. Ça non plus, ce n'est pas bon signe.


Je me demande quelle forme cela prendra, cette fois. Si ça n'est qu'une migraine ophtalmique, je m'estimerai heureux. Sinon, on fera avec. Une fois, je me suis tapé la tête contre le parquet pendant dix minutes, et ça a suffit.


Ma copine m'emmerde. Elle est jalouse. Elle a plutôt des raisons de l'être, je ne l'aime pas. Je l'utilise, et depuis quelques jours, je suis odieux avec elle. Elle, elle s'accroche. Je ne comprends pas pourquoi. Elle me demande ce que j'ai. Je grommelle un ''rien'' dans lequel le ''ta gueule connasse'' qui lui serait destiné si je n'avais pas un minimum de retenue est si présent qu'elle recule. Elle paraît effrayée. Je m'en fous, comme à chaque fois, il n'y a plus que moi qui compte, je me focalise sur les sensations de pré crise. Égoïste, privé de toute empathie, je suis insupportable.


Nausée. Mal de tête. Ça monte doucement.


Dans la boîte. Chaleur étouffante. Lumière aveuglante. Stroboscopes qui pulsent.

Je respire mal. Je mets du temps à me rendre compte que le brouillard devant mes yeux n'est pas dû à la machine a fumée près de moi. Mon champ de vision se rétrécit.


Et merde. Sortir. Vite. Je cours. Je crois que je renverse quelqu'un. Rien à foutre. Sortir.

Je vois de vagues ombres qui m'entourent. Mon oeil droit ne voit presque plus. Panique. Ma respiration devient sifflante, alors qu'une sorte d'énorme boule me remonte dans la gorge. Sortir. Enfin. De l'air. Je me précipite sur le côté gauche de la boîte, tente de me cacher aux regards vaguement soupçonneux des clients dans la queue et des physionomistes, et vide mon estomac sous un pont, contre le mur de la discothèque.


Ma respiration est de plus en plus saccadée. J'ai peur, je tremble, m'éloigne péniblement du liquide nauséabond régurgité quelques secondes auparavant et m'affale sur le trottoir, contre le mur.


Les larmes coulent. Je sanglote convulsivement, ce qui ne m'aide pas à respirer. J'étouffe.

Et puis des bras m'entourent. Un murmure : ''chuuuut... Inspire fort...''. Une main tire doucement mais fermement ma tête en arrière. J'essaye de lui dire que je ne peux pas respirer.


''_N'essaie pas de parler... '' . Elle me serre contre elle d'une main, garde l'autre près de ma tête au cas ou je la baisserais de nouveau ''C'est l'angoisse... Il faut qu'elle parte. Alors inspire fort''


Voix douce. Voix qui rassure, qui coule comme un baume sur moi. Je tente de lui obéir. Le calme revient doucement. Je tremble toujours, mais ce qui obstruait ma gorge est en train de se faire la malle. J'inspire. Je souffle. Elle m'encourage, me caresse la nuque. Je ne peux toujours pas parler. J'aimerais lui dire merci.


Elle me raconte des choses, dont j'ai oublié jusqu'au premier mot, avec cette voix à l'accent marseillais, des choses qui apaisent, des choses belles, et je sens sa joue contre la mienne et c'est doux et chaud et je me sens bien, là, dans cette rue avec personne autour de nous et je n'ai toujours pas vu son visage, mais je l'ai reconnue, elle vit à mon étage à Randall Lines. On n'a jamais vraiment parlé, elle ne fait pas partie de mon cercle d'amis, mais elle a couru derrière moi dans la boîte de nuit, elle me dira plus tard qu'elle a presque tout de suite compris ce qui se passait, son frère (je crois) subit ce genre de crises depuis son enfance. Elle a appris à les gérer, a les calmer.


Je ne raconte pas la suite, parce qu'il n'y a rien à raconter. C'est ce soir-là que je me suis séparé d'avec ma copine suite à une scène de plus quand ma sauveuse et moi sommes retournés devant la boîte enlacés. Je suis allé me coucher ensuite, entouré des potes qui avaient couru d'un bout à l'autre de la ville pour me retrouver.


Ma marseillaise est partie de Wolverhampton quelques jours plus tard, elle ne restait qu'un semestre avant de finir son année en Allemagne. Je ne me souviens plus de son nom, mais je me rappelle son visage.

 

Et sa voix.


Merci.


Publié dans tiboudblog

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tibou 19/11/2006 01:26

je vais encore rougir, hein, je préviens!

ab6 18/11/2006 11:38

quel bonheur de lire du bon.

Phil 17/11/2006 12:17

T'as une vie interessante dis donc .

tibou 17/11/2006 10:05

cubik> je la note, celle là :)Cécile> ce n'est pas parce que ce que j'écris n'est pas joyeux que ça ne va pas hein :). En l'occurence, c'est une association d'idées (d'où le titre, je suis quand même trop une bête) entre les notes précédentes et cette anecdote, qui m'a fait prendre conscience que cette fille dont j'ai oublié le nom, je n'ai finalement jamais pu la remercier comme je l'aurais dû. alors voilà.Et puis j'avais envie de raconter ça.

Cécile 17/11/2006 09:45

...juste envie d'etre teletransportable pour etre main douce en cas de besoin mais bon...