Le journalisme, c'est dangereux

Publié le par tibou

Hier j’étais dans le train pour Paris.

J’ai joué au reporter, je me suis infiltré dans un milieu qui fait peur, et ce au risque de ma vie.

Oui, lecteur, n’écoutant que mon courage et mon abnégation, je me suis faufilé dans un compartiment empli de…de…

 

De militaires.

Si.

 

Je tiens à dire que si les dialogues du témoignage qui va suivre sont compressés pour une meilleure lisibilité, ils sont véridiques, jusqu’à la dernière virgule.

Alors accroche toi.

 

Tu es prêt ?

 

C’est parti.

 

Je me suis dit que ce voyage là n’allait pas ressembler aux autres quand j’ai vu un employé de la SNCF assis sur un banc avec son superbe dossard fluo empoigner des aiguilles à tricoter et continuer ce qui ressemblait à un pull-over… Mais j’étais loin de me douter que j’allais passer 3h10 en compagnie de 3 hussards revenant d’Allemagne.

 

Peut-être le courage m’aurait-il fui sinon. On ne peut jamais savoir après tout.

En tous cas la vérité m’a frappé comme un coup de poing dans la face quand j’ai vu les cadavres de canettes par terre dans le compartiment. Une seule réaction : ‘eeeet meeeeeerde’. Je commence déjà à les faire chier en leur faisant virer leur barda pour que je puisse m’asseoir, le militaire prenant souvent deux places pour lui et son sac  dans les trains. Bref, je me pose, je prends mon bouquin, je le repose vite fait finalement parce que tafigué, le Tibou (et puis lire du VanderMeer avec en fond sonore des rots, c’est moyen) et je somnole quelque peu, bercé par les rots précédemment cités.

 

C’est alors que me parviendra la conversation suivante :

 

‘_c’est con que tu sois pas arrivé puceau en Allemagne, on t’aurais amené voir les filles de joie, ça t’aurais changé.

_Trop cher.

_Baah, là où je vais c’est 200euros, avec les verres et tout. Et tu les défonces comme tu veux.

_Toi tu l’as niquée combien de fois ?

_3 fois, j’crois. Chais pus trop, j’étais raide. Mais elles aiment bien jouer avec les timides, comme toi.

_j’veux pas payer pour ça, en plus les putes c’est des salopes (note de Tibou : lui, il aurait pu égarer son carburateur sur ce coup), ya Toto (re note de Tibou : pour des raisons évidentes de discrétion, les noms sont habilement maquillés) il m’a raconté un truc dégueulasse, il y était avec un de ses potes, et le mec commence à chauffer une vieille chienne, tu vois, 40 ans, il lui fout la main à la schneck et tout, et puis il part chercher des capotes, parce que ce con il les a oubliées. Ben pendant ce temps, le Toto, il l’a entreprise comme un salaud, elle elle se fout à genoux et elle lui taille une pipe, mon gars. J’te jure, il lui a juté dans la gueule et tout, elle a avalé, et quand son pote est revenu, elle lui a roulé une grosse pelle !’

 

(rires gras et un brin dégoutés, ‘ahaha ooooh, c’est dégueu, mec’. Le troisième larron entre en piste)

‘_Attends, vous êtes cons, les gars, des chiennasses, yen a plein dans le régiment ! Et vous vous payez ?

_Mec, les femelles ça a pas sa place dans l’armée. Nous on se tape 30 kilomètres à la course, on a pas le droit de s’arrêter, et ces salopes, elles en font 6 elles sont déjà crevées. Moi, je dis qu’elles déshonorent not’métier

_waaah, j’ai un truc à te raconter. Tu vois, on a eu 6 femelles ya pas longtemps. Bon, celles-là, faut une pute pour les garder, c’est le règlement (note : j’ai cru comprendre que le terme ‘femelle’ s’appliquait aux soldates, alors que celui de ‘pute’ s’adressait à la sergente. Le vocabulaire militaire n’a plus de secret pour moi), et cette conne elle a fait chier Neuneu. Alors lui, ce qu’il a fait, c’est qu’il a mis sa cagoule, il est allé la voir dans sa piaule pendant qu’elle dormait, et il s’est branlé sur elle, mon gars, il lui a tout lâché dessus (re-rires gras). Le truc c’est qu’elle s’est réveillée, alors il s’est barré vite. Le lendemain, elle nous a tous fait nous habiller comme hier, et elle a reconnu le Neuneu. Il s’est pris 80 jours (concert de ‘quelle chienne’ à ce moment).’

 

La conversation dévie ensuite vers de plus saines préoccupations :

 

‘_ah tiens, cette semaine, ce con de Momo, on l’a repeint.

_Comment ça repeint ?

_En noir. A la bombe.

_Tu déconnes, mec.

_J’te jure, mon gars, en noir. Bon, il a failli s’étouffer, ce con, parce que la peinture, ça lui bouchait les pores, tu vois.

_Tout en noir ? Même la bite ?

_Ben la  bite, on lui a mis au cirage, parce que bon, ya fallu qu’y se nettoie à la brosse en limaille après, et la limaille sur la queue, tu vois, ça aurait été moyen. (et que ça rigole).

_ptain, il est quand même bien, ce film (ils regardent un dvd sur un lecteur portable. Je remarque qu’il s’agit d’un Chuck Norris)

_Tu rigoles, mec ? C’est tout naze, Chuck Norris il sait même pas ce que c’est une vraie baston ! Quand tu sors d’un truc comme ça, t’as la gueule amochée, t’as pas juste une mèche déplacée, hein. Moi, ya trois semaines, j’me suis frité avec trois ratons (sic), ben c’était hardcore, mec, j’peux te l’dire, les gars ils me j’taient des cannettes pleines à la gueule.

_Et alors ?

_Et alors quoi ? J’leur ai niqué leur mère, aux bougnoules (resic), mais  j’avais la face en vrac aussi, ça c’est sûr. Mais ils sont repartis dans leur champ de coton, les gars (là, je me suis dit que l’histoire n’était manifestement pas le point fort du gars). Bref, ya qu’un truc de bien dans ce film, c’est la chienne de Chuck Norris (les deux autres approuvent en cœur. Je me dis que les acteurs sont bien mauvais si c’est Lassie qui joue le mieux, avant de comprendre qu’il s’agissait de l’héroïne, plutôt. Oui, bon, j’étais fatigué !)’

 

Voilà, je ne t’ai laissé que les meilleurs moments, lecteur, je passe sur le passage sur leurs copines respectives (‘si tu vas pas te vider les couilles ailleurs de temps en temps, tu finis par t’emmerder, tu vois c’que j’veux dire ?’) sur les comparaisons entre leurs mamans (‘ta mère, mec, elle sucerait un clodo s’il lui filait une canette en échange’)…

 

Ce fut instructif, disons-le. Mais j’étais quand même content de sortir du train, je sais pas pourquoi. Les copains, après, ils ont du attendre que mon QI remonte pour pouvoir me parler normalement.

 

Les militaires, c’est dangereux, on se rend pas compte. Finalement, j'aurais préferré qu'une vieille me demande si je savais lire l'Anglais.

Publié dans tiboudblog

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Phil 20/11/2006 12:06

Si j'avais su , j'me serais engagé.

tibou 19/11/2006 20:02

c'était un reportage à la strip tease, on voit que t'es tout formaté, toi :op

Emmanuel 19/11/2006 19:25

Oui sauf que si tu avais vraiment été journaliste, t'aurais dû parler avec eux. Eh ouais, ce métier c'est encore plus dur que tu le crois.

tibou 19/11/2006 01:25

ab6> j'en ai eu le contrecoup aujourd'hui :o)kuk et thorn> vos mères.

Kuk 18/11/2006 13:05

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