le premier pas

Publié le par tibou

Bonjour Olivier.


Oui, c'est Céline. Oh, pas la vraie, elle ne se souvient de toi qu'au moment de lire ton mail annuel, pathétique tentative de renouer un lien qui n'existe plus que dans tes fantasmes. Moi, je suis la voix dans ta tête que tu as baptisée Céline. Un rêve de plus, si tu veux, oui, mais un rêve qui pense qu'il est temps que tu regardes un peu la vérité en face et te confronte à ce qui te fait peur au lieu de tourner autour du pot à écrire des banalités sans conséquences. Même maintenant, tu n'oses pas. Pas vraiment. Tu me choisis comme intermédiaire, parce que tu es incapable d'écrire quelque chose de sincère avec ''ta'' voix. C'est plus facile de faire parler quelqu'un d'autre que d'avouer de son propre chef qu'on a merdé dans les grandes largeurs, que la vision de soi que l'on a bâtie et que l'on a finalement réussi à substituer à sa véritable nature dans l'oeil de l'autre n'est qu'un masque souriant cachant... Quoi au juste? Le sais-tu toi-même? Moi, même à la fin, je n'arrivais qu'à en définir certains contours, flous, mouvants. 9 mois avec une ombre.


Oh, ne te crois pas complexe. La rengaine de l'homme torturé, traumatisé par la mort de son premier amour n'explique pas tout, et l'utiliser comme une défense, une excuse à ton comportement ne te grandit pas. Je te le répète, je ne suis qu'une voix issue de ton esprit. De fait, je ne réagis pas comme Elle. Par contre, je connais tous tes trucs pour te dérober, ces petites lâchetés quotidiennes qui te permettent de te voiler la face. Oui, Audrey est morte brusquement, et cela t'a anéanti à l'époque. C'est probablement une des premières choses que tu m'as dite, créant ainsi dès le commencement de notre relation une barrière infranchissable : Tu me l'as révélé non pas pour que je te comprennes, non pas pour partager avec moi ce que tu ressentais, mais au contraire pour te cacher de moi, premier non-dit enrobé d'aveux creux. Les meilleurs mensonges, paraît-il. Effectivement, ça a marché, au début. La vraie Céline en a même probablement été émue. Tu parles, un premier amour mort, si ça ne fait pas pleurer dans les chaumières, coco, qu'est ce qui le fera?


Finalement, tu ressembles plus à ton père que tu veux bien l'admettre. Il ne suffit pas d'aller à l'encontre du plus superficiel des défauts de son géniteur, à savoir son infidélité chronique pour faire de toi son antithèse. Comme lui tu instrumentalises tout, avec froideur. Tu calcules, Olivier, tu crées un labyrinthe tortueux de mensonges, de demi-vérités et de faits authentiques, tu te caches au centre, Minotaure hideux dont tu finis par ne même plus avoir conscience de l'existence, tellement le Thésée souriant et vide que tu as placé à l'entrée du Dédale te paraît réel. Jusqu'à ce que tout cela te pète à la gueule. Que ça te plaise ou non, ton physique n'est pas le seul point que tu partages avec ton père.


Le problème, quand tu m'as rencontrée, c'est que déjà certaines lézardes fissuraient les murs de ton labyrinthe. L'alcool ronge tout, Olivier, et dans ton cas, s'il ne fut pas un facteur déterminant, on pourra sans problème le classer dans les déclencheurs.


Oui, l'alcool et le sexe, ça ne fait pas bon ménage, et le fait est que tu buvais trop et que tu étais incapable de faire l'amour à ta petite amie, moi/Elle, en l'occurrence. Ensuite s'installe la peur, qui plante ses racines dans un terreau fertile fait d'incertitudes et de frustrations. As tu jamais pensé à moi, dans ces moments, où, apparemment et probablement sincèrement penaud, tu t'excusais une fois de plus de ne pas pouvoir répondre à mes attentes ? Oh, bien sûr, tu te sentais coupable, mais cette culpabilité a-t-elle jamais débouché sur une inquiétude concrète? T'es tu jamais demandé, avant que je te le dises, si je pouvais moi aussi me sentir coupable, si je pouvais penser que c'était MA faute? Et même après que je t'ai parlé de mes craintes, y as-tu réfléchi ne serait-ce qu'une minute sérieusement? La vérité, c'est qu'au lieu de chercher à faire face au problème, tu as fui, tu t'es réfugié à l'intérieur de ta tête, dans cette petite bulle imperméable au monde extérieur. Quand dans la laverie de la cité U je t'ai dit : ''je veux que tu me fasses l'amour'', tu as seulement répondu en baissant les yeux, évitant mon regard : ''j'aimerais aussi, mon coeur''. Constat d'échec. Tu te cherchais déjà des excuses, nous n'étions ensemble que depuis une semaine.


Engoncé dans ton égoïsme, enfermé dans ta certitude que personne ne souffre autant que toi sur cette Terre, prisonnier du labyrinthe que tu avais toi-même créé, tu as laissé ta peur se muer en colère. Je me posais des questions, bien entendu, qu'attendais-tu d'autre, quand l'homme qui dit t'aimer se dérobe constamment, évite les charges frontales ?


Et puis il y eut cette histoire. Je t'appelle un jour, je suis en Suisse en stage, et je t'avoue qu'un de mes collègues a dormi avec moi dans mon lit, et qu'il a essayé. Que je l'ai repoussé. Gros blanc à l'autre bout du fil. Puis ta voix. Tu me crois, tu me fais confiance.


Tu ne m'as jamais cru. Aujourd'hui encore, tu ne sais pas quelle est la vérité. Mais la seule vérité qui importe est celle-ci : tu te détestais tellement à cette époque que tu ne pouvais croire en moi. D'autant plus que sur le plan sexuel, ça allait plutôt pire que mieux.

A partir de ce moment, la colère est apparue. Elle s'est nourrie de ma première tentative de rupture. Étrange journée. Je te vois à Nancy, chez toi, je t'annonce que c'est fini. Nous passons la journée ensemble, et bizarrement, on ne sent plus du tout cette tension entre nous, tu parais détendu, libéré. Tu es gentil, tellement que je retrouve ce qui m'a donné envie de te mettre le grappin dessus 6 mois plus tôt. A la fin de la journée, nous sommes de nouveau ensemble.


Mais la colère est là, elle s'est juste retranchée en toi un petit moment, pour réapparaître brusquement. Tu as peur que je joue ce que tu appelles la ''girouette'' une fois de plus. Tu ne sais plus sur quel pied danser. Tu comprends parfaitement que je veuilles te quitter, même si cela te terrorise, et tu ne vois pas de raison pour laquelle j'aurais envie de rester avec toi. Tu m'aimes, et tu commences à me détester. Tu t'enfermes, tu parles de moins en moins. Je sens ta tension, et en vérité, je commence à avoir peur de toi, de cette violence contenue dans tes yeux, les rares fois où tu me regardes en face, dans tes silences lourds de paroles définitives, pires que des insultes. Dans tes poings serrés lorsque je te contrarie. Et quand tu parles, tes mots blessent, cinglent, giflent.


Au nouvel an, tu te contiens à grand-peine. Tu as trop bu, une fois de plus, ce qui complique tout, te rend odieux. A ta décharge, je n'ai pas été de la plus grande des gentillesses non plus. A un moment, je te trouve en train de pleurer sur le balcon du chalet. Tu es en T-shirt. Il gèle dehors, nous sommes dans les Alpes, le 31 décembre, il y a un bon mètre de neige en contrebas, mais tu ne trembles pas de froid. C'est de la haine qui déforme ton visage, qui crispe tes mains sur la balustrade et qui donne le ton de ton ''ne me touche pas'' alors que j'approche ma main de ton épaule.


Aurais tu été capable de me frapper, si nous n'avions pas été entourés, si Jay ne s'était pas mis entre nous à ce moment là ? Je crois que toi-même, tu ne le sais pas, et c'est bien ce qui te terrifie dans toute cette histoire. Mais finalement, ça n'a pas d'importance, car la violence était bien là, et il va falloir l'accepter, que cela te plaise ou non. Accepter de ne pas te retrancher derrière de piètres excuses et des voix sorties de ta tête. Accepter de t'ouvrir un peu au monde et de lui révéler qui tu es vraiment. Arrêter de jouer le rôle du gentil Olivier inoffensif. Tu n'est pas gentil. Tu sais parfaitement faire du mal aux gens qui t'aiment, exploiter la moindre faille et l'élargir froidement à coups de mots qui écorchent.


Tu sais parfaitement faire saigner.


Cette petite bafouille, c'est un premier pas.

Un tout petit premier pas.


Publié dans tiboudblog

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Susie 21/11/2006 21:31

Wow.. Tu me trouves prise au dépourvue là.. Je ne peux décemment pas dire de conneries après cette lecture et, du coup, je me trouve un peu limitée (enfin un peu plus que d'habitude).
Donc pour une fois, je ne dirai rien de plus, c'est bien aussi comme ça finalement.

tibou 21/11/2006 20:38

merci. Sincèrement, même que c'est pas des conneries.

Nelly 21/11/2006 20:29

Merci petite voix pour ce tout premier pas.

Phil 21/11/2006 15:29

 Aie , j'avais pas vu ça comme ça . Attends pas 50 balais pour prendre des mesures !

ab6 21/11/2006 14:18

oh merde.
(choc)