Kings in Disguise

Publié le par tibou

1932. La crise. Freddie, lui, ne la voit pas, sont truc, c'est le cinéma, qui fait rêver, frissonner d'excitation, rire, qui donne le plein d'émotion à un gosse de Marian. Il voit bien que son père file un mauvais coton, mais ce qui lui importe avant tout, c'est qu'il laisse la bouteille de whisky qu'il a éclusé dans la journée sur la table du salon. Après tout, c'est grâce aux consignes des bouteilles qu'il peut se payer sa tranche de rêve hebdomadaire. L'insouciance, en ces temps cruels, ne dure jamais longtemps.


Al en a assez. Assez de ce père alcoolo qui utilise la moindre excuse pour ne pas chercher du boulot. Marre d'être le seul à subvenir aux besoins de la famille. Marre que l'argent qu'il a gagné disparaisse brusquement et qu'une nouvelle bouteille apparaisse comme par magie dans la main de son père. Alors un jour il pète les plombs, crie sur ce géniteur penaud mais incapable de faire le premier pas pour se désintoxiquer. Mal rasé, les yeux chassieux, vieilli avant l'âge, l'homme commence par se rebeller, tente d'imposer un respect qu'il ne détient plus depuis longtemps. Et puis, il voit Freddie qui espionne par la porte entrebâillée, et ce dernier sursaut s'envole, la honte envahit tout. Il écoute son fils l'accabler de reproche, tente de balbutier une fois de plus ses excuses débitées mille fois, comme un boxeur groggy essaierait de lutter malgré l'avalanche de coups que son adversaire fait pleuvoir sur lui. La tête entre les mains, pendant que les paroles de son fils ouvrent de profondes blessures dans sa fierté, il se laisse doucement sombrer. Al vocifère, toise son père d'un oeil méprisant. Il se sent fort, il s'acharne.


Freddie est dans la pièce. Il entend, il voit tout. La honte du père de savoir ce que son plus jeune fils pense de lui. Celle de ne plus inspirer que du mépris à Al. Et puis la colère qui monte, finit par prendre le dessus. L'empoignade soudaine qui s'ensuit. Les cris de Freddie, et finalement la douleur dans son pied, alors qu'Al l'écrase de tout son poids pour se dégager. Le moment de folie qui disparaît, ne laisse que la honte, le dégoût de soi, l'amour pour ses fils. Il réalise l'absurde de la situation en même temps qu'Al. Ils s'étreignent, violemment, convulsivement, sanglotent des excuses. Freddie regarde, sans comprendre toute la complexité de la scène, mais ressent les motions de sa famille, les prend comme une claque.


Cette nuit, Freddie pense que rien ne sera plus pareil. Le matin lui donne raison. Sur la table une lettre qu'Al lit avec désespoir. Le père est parti. Trouver du travail ailleurs qu'à Marian, dit-il. Il compte sur Al pour prendre soin de son frère, mais Al est jeune, et la crise cruelle. Rapidement, il se retrouve réduit à voler. Suivi discrètement par Freddie, il tente une première fois d'agresser un homme, qui se révèle être une proie récalcitrante. La police arrive. Al supplie Freddie de fuir. Course. Vers la maison. Vêtements. Argent. Fuir, vers la voie ferrée.


C'est le début de l'aventure de Freddie, à la recherche de son père. La rencontre avec Sam, le roi d'Espagne, qui sauvera son innocence. La route. Les trains : wagons de marchandises, essieux, toits, tout est bon pour voyager. L'arrivée à Detroit, le début de la chasse aux communistes, les grèves. La pauvreté, la vraie faim, les nuits à la belle étoile. L'amitié, la solidarité, les trahisons, parfois. La communauté, dure, mais soudée. Les petits riens qui rendent heureux.


La mort.


Mais surtout la route. D'Ouest en Est. D'Est en Ouest. Le territoire des Hobos, et celui de Sam et Freddie, les Rois Vagabonds.

Les Rois Vagabonds,

James Vance-Dan Burr,

Vertige Graphic

17€

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Cécile 27/11/2006 17:59

t'es content de toi hein... ça va me couter une seance de psy suplementaire ha bravo :))

tibou 27/11/2006 14:14

dans ta face, la note!comme ça quand tu sortiras de ta 4l t'auras un truc à faire :p

Cécile 27/11/2006 12:17

comment ça y'a pas une nouvelle note ici? c'est un scandale!