The Night

Publié le par tibou

Texte qui vagabonde sur les rythmes lancinants du dernier album de Morphine : The Night.


Il a chaud. A côté de lui, elle respire doucement, renifle un peu, parfois. En fond sonore, Morphine, son saxophone traînant, sa basse et sa batterie paresseuses, et la voix de Mark Sandman, grave, suave, douce, épouse l'humeur mélancolique que cette étouffante nuit d'été a distillé en lui.


Il se demande comment elle peut dormir. Tout à l'heure, elle cherchait son peignoir, se promenait nue dans la pièce, gracieuse, son petit corps tout en rondeurs encore humide de la douche froide qu'elle venait de prendre. Elle souriait, le narguait. Lui, comme d'habitude, ne pouvait regarder ailleurs. Elle occupait tout l'espace, emplissait totalement son champ de vision. Mais même cette vue, même ce sourire n'avaient pas vaincu la torpeur qui l'avait envahie.


Ils n'avaient pas fait l'amour. Trop chaud, trop lourd, trop envie de rien. Et maintenant, il se lève, vers le frigo et la bouteille d'eau qui s'y trouve. Il la regarde en buvant. Tout à l'heure, elle avait l'air si vivante, si belle. Mais là... Elle n'est plus là. D'elle, il ne reste qu'un tas de chair vide, une coquille qui attend le retour de sa propriétaire, probablement partie dans un endroit supportable. L'Islande, peut-être, elle aime bien l'Islande, le contraste du climat glacial et des geysers bouillants. Ou la Laponie. Les histoires qu'elle préfère viennent de ces pays, froids, arides. Parfois, elle lui demande d'en raconter une, elle dit qu'il sait faire passer des choses avec sa voix qu'elle ne parvient pas à imaginer, mais lui ne connaît que peu de récits de ces contrées. Ses voyages imaginaires, il les vit dans une Asie fantasmée, dans le gigantesque palais sous-marin du Prince-Dragon, en compagnie des danseuses les plus douées du monde. Elle le taquine souvent gentiment là-dessus, se demandant à haute voix pourquoi il avait jeté son dévolu sur une boule blonde alors qu'il rêve de lianes brunes aux yeux bridés.


La réponse est toujours la même : lorsqu'elle bouge, il est fasciné. Mouvements fluides, qui coulent, sans à-coups. Lorsqu'elle fixe sa bouche qui lui conte des pays lointains et imaginaires, il voyage avec elle. Elle l'emmène loin, et ne part presque jamais sans lui.


Sauf quand elle dort. Quand elle dort, elle s'en va seule, l'abandonne.


Il monte dans le lit, la réveille sans le vouloir. Elle se retourne, encore à moitié endormie, l'enlace, cherche sa bouche, renonce, pose ses lèvres dans son cou. Lui l'observe, à moitié ici, à moitié ailleurs. Il lui rend son étreinte, se colle à elle, trouve ses lèvres.


La chaleur est toujours là, mais ils feront avec. Après tout, ils sont de nouveau partis, loin.


Take me with tou when you go now

Don't leave me alone

I can't live without you

Take me with you when you go.


Morphine, Take me with you,

in The Night.

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cécile 29/11/2006 23:45

j'aime bien ça...

ab6 29/11/2006 21:17

 ben ca m'parait clair.
 
mais c'est tout tristou qd même hein..
 
 

cubik 29/11/2006 16:31

mais à la fin, il la nique ou pas alors? >)