choisis ton camp, camarade (2) : Salut, moi c'est microcosme

Publié le par tibou


2. Microcosme

C'est le grand cheval de bataille de Menu. On ne compte plus les phrases contenant ce mot dans son livre. Le monde de la bande dessinée serait donc un microcosme, un groupe de personnes n'aimant pas beaucoup s'ouvrir au monde, ayant ses propres codes... Vrai? Faux?

Vrai. Au moins en partie. Et cela date. Il faut dire, à la décharge des intervenants de ce milieu, que la bande dessinée a longtemps été un objet de moquerie, voire de rejet. On ne compte plus les gags d'Achille Talon fistigeant avec humour les piques, voire les accusations dont les auteurs de bande dessinée et le médium lui-même ont été victime. Les traces subsistent encore aujourd'hui. Les poncifs : "La bédé, c'est pour les gosses", "Tiens, tu lis ça, toi? T'es retombé en enfance?", "Tu fais quoi? Auteur de bande dessinée? Et ton vrai métier, c'est quoi?", nous les avons tous entendus, parfois ils nous étaient addressés. mais ce ne sont plus que des paroles sans réelle substance aujourd'hui, par rapport à il y a une 30aine d'années, des vestiges.

Mais cette persecution a eu un effet très pervers. Le monde de la bande dessinée (auteurs, éditeurs et lecteurs), se sentant rejeté, s'est replié sur lui-même, s'est fermé petit à petit autour d'un noyau dur. Se sont créées les librairies spécialisées où les lecteurs de bandes dessinées ne se mélangent pas avec les autres lecteurs, et n'ont pas à subir leurs piques. Les albums restent à la maison, de toutes façons, ils ne sont pas pratiques à transporter, surtout maintenant qu'ils sont cartonnés. Chaque fois qu'un journal daigne s'intéresser à la BD, c'est un massacre. De toutes façons, ils n'y comprennent rien, ils ne songent qu'à taper sur ce que l'on aime. Le phénomène de la collection accentue ce repli, créant un fétichisme de l'objet. La collection se montre à des personnes qui sauront comprendre. Et les éditeurs et les libraires encouragent ce phénomène : Tirage de luxe, TT, Ex-libris, éditions limitées, para-bd... la collectionnite s'entretient, elle rapporte.

Et puis on arrive dans la deuxième moitié des années 90. Le public s'élargit. Un âge d'or commence, sur beaucoup de points. On tape de moins en moins sur la bande dessinée franco-belge, de toutes façons, on a trouvé une autre tête de turc : le manga. C'est la mode, on fracasse le manga, y compris chez les lecteurs de franco-belge. Ben oui, c'est pas de la bd, ça, regardez moi c't'objet tout ptit, imprimé sur du papier-cul, et des dessins tout moches même pas en couleur. J'exagère? Souvenez-vous bien...

On pourrait croire que ce petit monde sauterait sur la première occasion de s'ouvrir à nouveau. C'est sans compter les habitudes tenaces. Quand un article paraît, aujourd'hui, dans la presse non-spécialisée, il y aura toujours du monde pour dire que le rédacteur n'y connaît rien. Il y en aura d'autres pour s'énerver que l'on interroge toujours les mêmes. Les librairies bd restent spécialisées en bd, ou, quand elles s'ouvrent, c'est souvent à des littératures que l'on a décrié de la même façon : SF, fantasy... La collectionnite se répand, certaines librairies faisant peur chiffre sur les statuettes et tout le para-bd plutôt que sur les albums eux-mêmes.Le standard, comme on l'a vu hier, à la vie dure, malgré ses défauts rhédibitoires, et reste le format privilégié par la plupart des lecteurs. Bref, le monde de la BD n'a, dans sa majorité, pas envie de s'ouvrir. On a voulu, il y a longtemps, l'enfermer dans une case "sous-culture pour ados attardés". On dirait que la case a plu, puisque beaucoup s'y complaisent aujourd'hui.

Voila la bataille principale. Celle du format, évoquée hier, n'en est qu'une conséquence. L'enjeu aujourd'hui, c'est de savoir si la bande dessinée est capable de passer le cap de la culture de niche, de la sous-culture, n'ayons pas peur des mots, et de s'ouvrir à ce qui l'entoure. Je ne parle pas des oeuvres. Les grands livres sont là. Je parle des acteurs : éditeurs, auteurs ET lecteurs. C'est là le propos de Menu, c'est là que la guerre des éditeurs et des lecteurs prend racine, pas ailleurs.

La suite ne sera pas pour demain, j'ai envie de parler d'autre chose, demain :o). Disons dans deux jours.


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feyd 21/06/2005 00:11

c'est intéressant, tout ça :)
vivement la suite

moatthieu 20/06/2005 20:23

aaaanh, je vais repeter sur BDgest que tu dis que les colecitonneurs sont des ados attardés !!