Ne le dis à personne.

Publié le par tibou

C'est l'histoire d'un ptit gars qui écoutait trop.

Depuis qu'il est petit, il n'aime pas vraiment parler. La peur du ridicule, de se faire rembarrer, la peur d'intervenir dans une conversation entamée, le manque de confiance en lui. Et quand il parle, c'est doucement. Il se fait souvent couper la parole, sans même que son interrupteur ne s'en rende compte. Clic.


Alors inconsciemment, il a décidé d'écouter. Il enregistre. Tout. Devient une épaule sur laquelle s'épancher, un déversoir à petits tracas, une poubelle à sentiments. On l'utilise pour cracher sans risque à la gueule de ceux qu'on déteste. On lui dit qu'il est compréhensif. Lui ne comprend pas pourquoi, il n'a rien dit. Et quand il a l'outrecuidance d'ouvrir la bouche, l'autre la referme d'un « Écoute un peu! », ou d'un « laisse moi finir! » péremptoire.


Claquement de dents. Bouche cousue. Il a des « amis », qui l'apprécient. Après tout, il est leur dépotoir, sa mémoire est remplie de leurs ordures. Un vide ordure, ça ne parle pas, ça n'ouvre grand sa bouche que pour avaler les restes moisis de la semaine dernière. Et lui, croyant qu'il s'agit là de marques d'affection, baffre, avale, s'empiffre jusqu'à l'indigestion. Alors tout ressort, un jet nauséabond, noirâtre de rancoeur pré-digérée, de haine avariée, de ragots putrides. Il pense d'abord que toutes ces choses sont siennes, ne se rend pas compte qu'il est devenu une fosse sceptique, et que celle-ci déborde.


Il continue d'écouter et finit par trouver normal ces moments de régurgitation. Appuyez sur la pédale. Versez. Fermez. Quand le sac est plein, qu'il se démerde.


Un jour, le ptit gars se rendra sans doute compte de la situation dans laquelle il se trouve, en rencontrant ceux qui deviendront ses vrais amis, des gens qui ne lui vomissent pas dans la bouche. Il cherchera peut-être à se venger des autres, ça n'est pas bien difficile, il a en mémoire tout ce que ses « amis » répandent les uns sur les autres. Il ne parlait pas. Ils ont fini par penser qu'il était muet. Ils lui faisaient « confiance ».


Ou bien il pétera peut-être les plombs, un jour, lui qui n'a jamais frappé personne. Dans un paroxysme de haine, il transformera son trop-plein en coups de poing, en morsures, griffures. Il arrachera des lambeaux de peau, des larmes de colère dans ses yeux aux pupilles dilatées par la rage.


Ou alors il créera un blog, où sa voix sortira clairement, où il ne bégaiera plus. Il écoutera toujours. Il n'a jamais aimé parler beaucoup. Mais quand il s'exprimera, plus personne ne l'interrompra. Ce n'est pas la panacée, certes, mais c'est un bon début.


Pour l'instant il écoute.


Et il hurle silencieusement le mal être que d'autres jettent de force dans son cerveau.


Suce.


Avale.


Viol permanent auquel il consent, ce ptit gars qui écoute trop.

Publié dans tiboudblog

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WoaB 19/12/2006 15:18

et l'echange??je te vomis dessus et tu me vomis dessus ..ça fait un peu scatto ( heu vomitto) mais c'est plaisant et puis en plus aprés tu es content , tu es tolerant comprehensif et " un vrai ami" :)

Crétine d'honneur 16/12/2006 14:30

Bon, alors si le tri selectif ne suffit pas, faut éduquer les gens à consommer mieux pour jeter moins. Et pour ce faire, je préconise une méthode ancestrale qui a fait ses preuves maintes et maintes fois: la méthode du "J't'emmerde!"

Nelly 16/12/2006 10:53

Heureusement que le ptit gars a rencontré des gens qui "ne vomissent que dans des endroits propres", ils peuvent plus lui vomir dedans du coup ;o))
(c'est beau tes mots tibou)

Cécile parano inside 15/12/2006 20:22

moins que celle que je viens de me prendre à l'instant en percutant un truc...

tibou 15/12/2006 18:10

céline> le tri l est déjà fait.