Il arrive. Lunettes de soleil. Veste bleue, chemise blanche, ouverte, cravate négligemment dénouée, pantalon noir. Grande asperge à la coupe mi crooner, mi Tony Vairelles. Improbable. Maigre comme un clou, raide comme un piquet; mais une présence.
Piano, un accord. Guitare qui donne le rythme. Basse hypnotique. Et puis il ouvre sa bouche, donne de la voix. Grave, sarcastique, une voix qui te chante l'amour comme personne, et une voix qui te glace lorsqu'elle te hurle sa haine à la gueule. Une voix qui raconte, qui t'entraîne dans sa danse. Tu l'imagines, cette voix, ce grand maigrichon, dans un vieux rade au comptoir graisseux, avec de la fumée partout, une odeur de vieille clope qui l'imprégnera encore dix ans après que le patron aura mis la clé sous la porte, une beauté sur le retour au bar, avec la couche de maquillage qui forme des sillons sur sa figure, le rouge à lèvres phosphorescent qui déborde sur sur son début de moustache, la permanente péroxydée et l'air dédaigneux de rigueur.
Et lui, il chante. Il emplit son morceau de « fuck », « motherfucker » et autres mots de dieu, te raconte une tuerie comme on parlerait de sa dernière virée avec sa petite amie, bouge comme un pantin, par saccades, les articulations saillantes, les membres qui partent un peu où ils veulent...
Derrière, les autres musiciens, costumes sobres, tons sombres, airs sérieux. Concentrés. Pendant qu'il fait le tour de la scène, impose sa présence, donne de sa personne, ils se font oublier. Immobiles, muets, leurs instruments jouant le même thème, inlassablement. Univers presque contraires qui se rencontrent, harmonieusement.
Le morceau va crescendo, imperceptiblement. Et puis un bruit de coup de feu qui fait sursauter, et arrive un cri, aigu, qui vrille la tête du spectateur médusé, pris au dépourvu. Paroxysme de la chanson. Un grand corps tout sec qui se recroqueville autour du micro, qui se déchire la gorge. Derrière, ça s'est à peine emballé. Juste ce cri doublé par le guitariste. Répeté. Encore. Encore. Inlassablement. Les lumières du studio qui stroboscopisent, rendent la scène floue. Et puis d'un coup, c'est fini. Dernier coup de cymbale, tout le monde s'arrête. Silence dans la salle. Moment magique, rare, sur un plateau de télévision. Et puis les applaudissements, timides puis furieux. Retour sur l'animateur. Retour dans la vraie vie.
La première fois que j'ai entendu Nick Cave, c'était sur Stagger Lee, c'était à Nulle part ailleurs. J'avais 15 ans.
Ça marque.
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( faut pas gâcher)
(Bon va falloir une fois de plus que je rattrappe toutes les notes de ton blog en retard, je vais me coucher à pas d'heure ce soir !)
cécile> des bonnes blagues, je dis pas, mais là... :)
mry> je ne te le fais pas dire.
et cherche pas trop sinon je te floode avec des vannes carambar.