L'age de pierre, yaksa d'vrai

Publié le par tibou

Aujourd'hui, mon lecteur que j'aime, pas de groupes foireux, de suiveurs tellement malhabiles qu'ils en deviennent attendrissants, pas de poseurs en bandana et en jean moule courgette, pas de faux rebelle à veste en jean à dos toilé et tête-de-mort-isé. Non non, rien de tout cela. Aujourd'hui, du lourd, du qui envoie le pâté et défrise la permanente de ma tante Josette. Aujourd'hui, on parle d'un des groupes les plus talentueux de ces dernières années, j'ai nommé les Queens of the Stone Age , qui viennent de nous mettre en pleine face leur dernière galette, joliment intitulée Lullabies to Paralyse.

Enfin, je dis groupe, mais sous cette appellation plutôt kitsch se cache une entité à mi-chemin entre le projet solo et le collectif de pointures. Les Queens of the Stone Age (QOTSA, pour faire plus court, parce que j'ai beau aimer écrire, mon lecteur à moi, je ne vais pas non plus passer 5 plombes à me faire chier à écrire un nom de groupe interminable) c'est avant tout le bébé de son chanteur-guitariste, Josh Homme, ancien membre de Kyuss et l'un des fondateurs de ce que les gens qui font critique comme métier quand ils sont grands appellent le Stoner. Mais qu'est ce que le Stoner, me diras-tu, lecteur en détresse ? La réponse coule de source : je n'en sais fichtrement rien. Enfin si, un peu quand même, mais il va falloir m'expliquer sérieusement comment on peut rassembler sous cette étiquette des formations aussi disparates et différentes. La joie des étiquettes, lecteur, c'est qu'elles ne reposent que sur du vent, en l'occurence ici une vague propension commune à utiliser dans un rock péchu des sonorités psychédéliques (d'où le nom, la vie est quand même bien faite).

Par contre, il est évident quand on se penche un peu sur les crédits des 4 tueries des QOTSA que Josh Homme fait partie d'une famille de musiciens, incluant des gars aussi différents et talentueux que Nick Oliveri (bassiste du groupe sur deux albums et ex-membre de Kyuss), Mark Lanegan (ex-frontman de Screaming Trees, qui poursuit actuellement une carrière solo des plus interessantes), Dave Grohl (ex-batteur de Nirvana, dont je ne vais pas te faire l'insulte de détailler le parcours, lecteur grungeophile (encore une étiquette pleine de (non)fondement, ça, tiens), et actuel frontman des Foo Fighters, un groupe qui fait le yoyo entre très (mais vraiment très) bon et assez mauvais, donc à suivre), et Billy Gibbons (ZZ Top) pour ne citer que les plus connus. Une véritable famille, donc, qui se soude autour de QOTSA, bien entendu mais aussi autour des Desert Sessions du label Ipecac (label de l'ex chanteur de Faith No More et membre actuel d'une floppée de projets dont le plus connu est sans doute Fantomas). C'est là qu'est le noyeau dur de l'entité QOTSA, les Dave Catching, Gene Trautman, Alain Johannes, Chris Goss...

Tout cela pour te dire, lecteur, que QOTSA ressemble plus à un conglomérat de talents et de sensibilités diverses rassemblé autour de Josh Homme qu'à un groupe proprement dit. Chacun apporte sa pierre et donne une couleur particulière à l'album ou les albums auquel il participe (voire pour cela la performance de Dave Grohl sur Songs for the deaf, qui trnasfigure le groupe. On y reviendra). On pourrait croire à ce moment que ces albums, tout remplis de cadors soient-ils, ressembleraient plus à un gloubiboulga peu digérable qu'à quelque chose de cohérent. On se tromperait lourdement.Au contraire, chaque galette de QOTSA creuse un sillon parallèle au précédent. La base reste la même, un rock direct, se rapprochant parfois d'un hard rock couillu et inventif. Uun son de guitare sec (sauf sur Songs for the Deaf où il s'épaissit un peu), des compositions directes, mais qui ne refusent pas la mélodie, la voix de Josh homme, assez aigue et douce, qui contraste avec le côté rugueux des guitares, celle de Mark lanegan, plus grave et rauque, et celle de Nick Oliveri, hargneuse, hurlée, souvent. Et puis ce côté un peu psychédélique, qui se ressent particulièrement sur Lullabies to Paralyse.

QOTSA

Le premier album, "sobrement" baptisé Queens of the Stone Age, sorti sur un label indépendant américain, Roadrunner, fait assez peu parler de lui. Pourtant, on y trouve déjà tous les ingrédients qui feront la marque de fabrique du groupe, de l'intro planante de Regular John au rock simple et efficace d'If Only, en passant pardes moments plus délirants (Give the Mule what he Wants). Le ton est donné, et les Reines de l'Age de Pierre se font remarquer par Interscope. C'est sous cette maison qu'ils sortiront l'album qui les projettera sur le devant de la scène, Rated R.

r

Alors, je ne sais pas, lecteur, s'il y a eu un boom QOTSA en france à cette époque (2000), puisque j'étais en Angleterre. Ce qui est sur, c'est que le single The Lost Art of Keeping a Secret a crevé le plafond, là-bas, et ce n'est que justice. Plus diversifié que le précédent, cet opus regorge de bonnes idées, d'ambiances différentes qui pourtant se complètent parfaitement, pour donner au final un tout remarquablement cohérent et impressionnant, un rock inventif, audacieux et d'une classe folle, comme on n'en avait pas connu depuis longtemps. Simplicité extrême (Feel Good Hit in the Summer, probablement l'un des morceaux, tous genre confondus, contenant le moins de notes et de paroles au monde), douceur trompeuse (Auto-pilot, avec un Oliveri au chant étonnant, In the Fade et Mark Lanegan plus rocailleux que jamais), violence sautillante (Quick and to the Pointless, tout un programme) ou rageuse (Tension Head)... QOTSA déroule ce qui paraît être l'album parfait et donne une impression de facilité à pondre le morceau juste assez bluffante.


songs for the deaf

Pourtant, nous n'avions rien entendu encore. 2 ans plus tard débarque Songs for the Deaf. La pochette de l'album, une fourche noire sur fond rouge, donne le ton. Le son s'est alourdi, la batterie (assurée par Dave Grohl) se fait plus présente et lorgne parfois sur le métal. Les compos sont à l'avenant, toujours aussi directes, mais plus pesantes. QOTSA flirte de plus en plus avec le Hard rock, un Hard dépouillé de ses gimmicks kisch et de sa pseudo-maestria qui tente souvent de (mal) cacher un manque d'inspiration. Josh Homme et sa bande jouent une musique sèche, dense, et dépouillée. Peu de respiration dans cet album, pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi parce qu'il n'y a pas de temps mort entre les itres, des pseudos Dj radio faisant les transitions. A ce niveau, cet opus se révèle plus monolithique que son prédecesseur. Pourtant, on est surpris parfois par quelques morceaux plus légers (another Love Song, The Mosquito Song), ou par les changements de chanteurs. Disons le Songs for the Deaf est un monstre de rock. Ni plus ni moins.

Un mot sur le batteur de cet album, Dave Grohl, qui est le type même du musicien que j'adore. Pas d'esbrouffe, pas de zigouigouis hyper techniques de la mort que tu passes trois ans à masteriser. Non. Rien que de la justesse, une solidité sans faille, une frappe sèche et forte, sans lourdeur excessive, un sens du rythme énorme. De la justesse, on vous dit. Bref, un putain de batteur. Si Songs for the Deaf est si réussi, dis toi bien lecteur nirvanophile qu'il n'y est certainement pas pour rien.

lullabues

Et puis arrive le petit dernier, Lullabies to Paralyse, sans Nick Oliveri, le bassiste hurleur à la barbe ZZ Top. Et là où l'on attendait une variante sur Songs for the Deaf, QOTSA nous offre un album beaucoup plus frais, aux mélodies plus légères (bon, c'est pas Oasis non plus, hein). Homme chante de bout en bout, sauf sur le premier morceau This Lullaby, sorte d'introduction à la guitare sèche où Mark Lanegan sussure quelques paroles naïves. Le reste sera beaucoup plus rythmé, mais sans l'impression de claustrophobie que l'on pouvait ressentir à l'écoute de Songs for the deaf. Pourtant, Les reines ne se sont pas assagies, témoins ce Everybody Knows that you're insane. ou le single Little Sister, un peu décevant par son côté ultra carré.

Mais on sent l'envie de s'amuser avec cet album, de rigoler un peu plus que sur le précédent. Ainsi, Burn The Witch est un petit bijou d'ironie, entre petites guitares sautillantes et les râles d'un Billy Gibbons qu'on n'avait pas vu à telle fête depuis longtemps. Qotsa se rapproche d'un blues un peu déglingué et second degré avec ce morceau, probablement le plus réussi du disque. Et puis il y a le morceau de bravoure, Someone's in the Wolf, 6 minutes 49 (c'est très long pour eux)de retour aux sources. C'est bien simple, on se croirait dans le premier album. Un riff hypnotique, des guitares qui vont volontier se perdre sur des chemins de traverse, un rythme assez lent et saccadé, un break digne de Pink Floyd...

Et en concert, qu'est ce que ça vaut, me diras-tu, lecteur ? Je ne peux pas te le dire pour le nouveau line-up, j'ai vu la version Nick Oliveri/Dave Catching/Chris Gross/Josh Homme il y a 4 ans, j'en garde un très bon souvenir. Comme en album, on voyage en des terres différentes, pafois calmes, parfois d'une violence débridée, parfois plus trippantes. Et puis, tu vas pouvoir te faire une opinion par toi-même, lecteur slamophile, puisqu'ils passent aux Eurocks bientôt, et restent en Europe tout l'été. Ca serait dommage de louper ça, quand même.

Pour finir, je te laisse, lecteur, avec la résolution d'une enquête qui-m-a-pris-au-moins-pas-mal-de-temps-que-ça-serait- super-long-à-quantifier-mais-au-moins-5-minutes. Je sais ce qu'il est arrivé à Manu, le webmaster vénéré de Bulledair . Il s'est reconverti au rock qui tache, s'est mis des tatouages décalcomanie et passe ses journées sur les routes et à faire des pompes devant des groupies folles de son corps. La preuve ? La voilà, lecteur, rien que pour tes beaux yeux. C'est Ysa qui doit être contente... Remarque, lecteur adoré, il aurait pu avoir un line-up plus dégueu que celui des Eagles of Death Metal : Josh Homme et Dave Catching (et là c'est là que je vois si tu suis). Mais quand même...

Et c'est sur cette chute brutale et surprenante d'une icône du web que je te laisse pour aujourd'hui, gentil lecteur. Désolé, mais l'information, c'est aussi parfois dévoiler des choses tristes, voire navrantes. C'est la vie, comme disait Didier Barbelivien (ou Jean Pierre François, je sais pus, mais un artiste, en tous cas).

Publié dans bouquins - disques...

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Commenter cet article

tibou 28/06/2005 13:12

Matthieu : le lien entre les Eagles of Death Metal et QOTSA, il est mis dans ma note, t'as encore lu en diagonale :o) . Le frontman de QOTSA et un autre membre jouent au sein des Eagles. Et j'avoue que je n'ai moi même découvert ce groupe qu'il y a deux jours, en cliquant sur le lien du site de QOTSA. Bon, le nom me disait quelque chose, mais je ne me rappelais plus que c'était toi qui l'avait mentionné. Je ne me rappelle pas du tout de leur musique, par contre.

Cubik : ca roule :o)

cubik 28/06/2005 09:53

ca fait des annees que j'entends des bouts de morceau de chanson de QOTSA, en me disant que c'est pas mal
donc, mon ami tibou que j'ai, n'hesites pas a m'en ramener des galettes quand tu passeras chez moi :)

Moatthieu 28/06/2005 09:36

tsss... quand je pense que j'ai ramené le CD des Eagles of Death metal il y a deja plusieurs mois chez kuk et que je me suis fait traiter de "tu nous saoules avec ta musique". Mais moi, je fais pas des belles chroniques alors on me crois pas. Les bulledairiens il faut tout leur macher le travail. Et pourtant ce groupe est excelent. brute et minimaliste, original et energique, un petit bijou de rock n roll [d'ailleur si j'ai pas raté de ligne t'as pas expliqué le liens entre QOSTA et EODM]
Quand au QOTSA il est vraiment temps que je me penche dessus, pour le peu que j'ai ecouté et si j'en crois ta chronique c'est pas du potage au 7 legumes...

Sinon c'est marrant que tu dises qu'il resssemble a Manu, pasqu'on chambrais Mark en disant qu'il lui ressemblait [surtout dans le clip bonus de CD]