toi aussi, sois original comme Bang! Ose le numéro spécial sexe en été!

Publié le par tibou

Ben oui, ils cherchent, quand même. Ca doit être à peu près aussi original de sortir un numéro spécial sexe que pour Jeune et Jolie de sortir un dossier régime au printemps... D'où une appréhension qui m'a traversé au moment d'acheter le dit magazine, impression renforcée par le mauvais souvenir d'un médiocre hors série de Calliope consacré au même sujet. Parce que la bd de cul, c'est un sujet très vaste. C'est un amateur de bd de cul qui te le dit, lecteur érotomane. Le sexe en bd, ça s'apprécie de 1000 façons différentes, comme n'importe quel autre scène : basiquement, sous forme d'excitation passagère (qui elle aussi peut revêtir toutes sortes de formes), pour une lecture Kleenex (dans tous les sens du terme, ahahaha), plus émotionnelle, plus axée fantasme ado, coupable, dure...

Première constatation : le packaging a beau être plus classe que Hot Vidéo, on te mate de la même manière quand tu ouvres le mag à la terrasse d'un café, ce qui provoque l'impression délicieuse d'être quelqu'un de complétement subversif. Faut croire qu'il n'est toujours pas de bon ton de lire des bites et des chattes en public aujourd'hui.Autant pour la révolution sexuelle. Bah, il y a quelques années, c'étaient les manga, maintenant, c'est tout juste si on te file un coup d'oeil. Bon, je l'ai quand même rangé avant d'aller à la crèche de ma moman. La subversivité a des limites, lecteur révolutionnaire.

A priori, le mag s'en sort plutôt honorablement, par rapport à la bouse qu'a pondu Callioppe, s'intéressant à Debbie Drechsler et Phoebie Gloeckner, pour le versant le plus insupportable, Sfar et Boilet, pour un sexe sans complexe et joyeux, les Tiruana Bibles, Elvifrance, etc. pour l'histoire du genre, Maruo pour les perversions plus... perverses.

Trois parties dans le magazine : une première avec comme thème "Avec tabous et complexes", explore dans un premier temps la façon dont la bande dessinée alternative française (la plus à même de proposer du contenu "explicite") tente de briser (ou non, d'ailleurs) les tabous sexuels. Article relativement intéressant et complet, qui n'échappe cependant pas au fléau qu'est le name-dropping sans énormément de substance. Dommage. Même constat en moins grave pour l'article suivant, le même mais avec des auteurs américains.J'ai quand même du mal à suivre l'auteur quand il cite Craig Thompson comme quelqu'un qui se libère du "poids de sa famille (...)en tombant amoureux et en passant à l'acte. Quel acte ? serais-je tenté de dire ? Parce que d'acte il n'y a point, dans Blankets, à moins que quelques caresses et léchouillages en calbut pour l'un et en slip pour l'autre constituent l'acte. La libération par le sexe, chez Thompson, je doute, lecteur averti, je doute. Je souscris parfaitement par contre à cet acte libérateur de la part de Jeffrey Brown, dans deux livres, Clumsy et Unlikely (surtout ce dernier, qui raconte entre autres la perte de virginité de Jeffrey Brown à 24 ans), mais l'auteur de l'article n'en fait pas mention, alors qu'il cite l'auteur. Etonnant. On a vraiment le sentiment, quand même, qu'il fallait citer un auteur Casterman avec Thompson...

Autre désaccord :"Dans l'univers de Chris Ware, [le sexe] est parfois comme inexistant : dans son Jimmy Corrigan, il n'y a pas de relation sexuelle qui vaille. Seule la résolution du rapport au père compte, régissant indirectement tous les rapports amoureux." Si le sexe n'est pas montré dans Jimmy Corrigan, rarement on aura senti autant de frustration sexuelle dans un ouvrage. Ce bouquin transpire le sexe refoulé, les fantasmes d'adolescent attardé, les sueurs froides après une masturbation honteuse et insatisfaisante. Pas de sexe, dans Jimmy Corrigan ? Mais le personnage hurle sa misère dans chacun de ses silences!

Surtout, 5 lignes seulement sont consacrées à ce monstre qu'est Dave Cooper et à sa petite bombe : Ripple. Franchement, comment parler des tabous et du sexe aux Etats-Unis sans consacrer une place importante au livre le plus bandant de l'année? Hein? Parce que oui, lecteur amateur de bourrelets, Cooper a pondu un livre et surtout un personnage absolument bandant et ceci en opposition franche aux canons esthétiques en vigueur aujourd'hui. Un bouquin moite et chaud et surtout vivant, vivant, vivant!

Pour illustrer cette première partie; plusieurs nouvelles, qui vont du médiocre à l'excellent. Riad Sattouf nous raconte sa soirée passée dans un club échangiste avec Vincent Bernière (l'un des deux rédacs chef de Bang!) et de sa femme. Résultat plus que mitigé, Sattouf cherchant à faire passer la tristesse sexuelle de ces lieux avec un humour...inefficace. On se fait autant chier que dans No Sex in New York, mais au moins on voit des bites...

Puis on ressort une histoire de Boilet parue dans Ego comme X 8 et reliée à L'épinard de Yukiko. Ton juste, comme toujours, plutôt drôle, bref, du Boilet pur jus. Pourtant, l'exercice paraît un peu vain, au final. Vient ensuite une planche de David Heatley, racontant sa vie sexuelle en version un poil abregée. C'est frais, très rigolo, dans un dessin minimaliste, et ça fait passer pas mal de choses... Une bonne surprise.

Mais la claque vient de Phoebe Gloekner, avec son Troisième Amour de Minnie. On plonge en plein cauchemar, entre drogue, viols, saleté intérieure et extérieure... Ca prend à la gorge, et ça laisse vidé. Tout ça en si peu de pages...

La deuxième partie: "Dessine moi un sexe", regroupe des interviews d'auteurs ayant pour thème ... Le sexe, oui, lecteur attentif. Entretiens trop courts pour être vraiment interessants, malheureusement. On retiendra quand même ceux de Zep et Burns , ainsi que l'article (court lui aussi) final sur Debbie Drechsler. Ensuite, quelques auteurs nous dessinent un fantasme. La aussi, du bon et du moins bon. Frederik Peeters botte en touche, mais de manière très drôle, Neaud, dans le plus pur style de son Journal, jouit en palpant un bras de mécano, et Moebius nous offre un transexuel à la queue monstrueuse au bras d'un scientifique, le tout dans une ambiance...chirurgicale. Troublant. Petits coups de coeur pour le fantasme de Peggy Adam d'une femme à bite enculant, griffant et mordant un catcheur masqué, et celui d'Alex Barbier, où le texte cru et très dur recouvre presque intégralement une planche/collage où des hommes se sucent et baisent en couleurs directes.

Enfin, la troisième partie porte bien son titre, "Histoire de la bd Porno". Peu à dire, en vérité, pas que le sujet ne soit pas passionnant, mais le non-néophyte n'y trouvera que peu de croustillant (à part pour les exemples de bandes dessinées censurées données par l'expert en la matière, Bernard Joubert). On passe des Tijuana Bibles à Elvifrance, on s'intéresse à la bande dessinée de cul contemporaine en citant l'Echo des Savannes et BD Adult, mais curieusement en passant sous silence Kiss Comix. Pourtant, la revue, présentant presque exclusivement des auteurs espagnols et sud américains a vu passer beaucoup plus de pointures que BD Adult' (qui fait peu parler d'elle en terme de qualité. A part Jacobsen, Von Gotha, Kowacz, Fretet et Duvet, pas grand chose à retenir), à commencer par le grand Solano Lopez, Bobillo (qui a aussi fait Bird, très réussi, chez Erko), ou Noé qui s'illustre aujourd'hui dans les Chroniques de Sillage, et qui se revèle être dans les pages de Kiss un pornographe plutôt inventif et doué (sans parler de son dessin si particulier).. Et je ne parle même pas du Horny Biker Slut de Howard, qui nous offre un porno hardcore pour Hell's Angels complétement hallucinant, ou des petites Vicieuses de Monica et Bea. Une nouvelle ici aussi illustre les article, de Magnus, auteur du très connu 110 pilules. Insignifiant, vain et mille fois vu. On oublie.

Bref, lecteur inassouvi, Ce Bang! spécial sexe n'est pas raté, mais il souffre de quelques carences, et laisse un goût de trop peu au final. Dommage, mais initiative louable et partiellement menée à bien. C'est déjà beaucoup. Sans compter cette impression de subversion dont je parlais au début, qui, pour pathétique qu'elle est, à le mérite d'exister. Allez lire votre Bang! spécial sexe en terrasse, les copains!!

Publié dans bouquins - disques...

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tibou 29/06/2005 09:10

cubik : si, une fois, une case du déclic :). Content je suis, tiens.

matt : ben si leur éternel féminin, c'est ce qu'ils ont mis dans leur hors série, ca fait peur... :o)

Moatthieu 29/06/2005 08:44

le caliope c'etait pas special sexe, mais special "eternel feminin" [sic]

cubik 29/06/2005 07:15

keuwaaa!! ils causent meme po de manara??!! >)