Mother, come Home

Publié le par tibou

mother come home couverture

Elle claque, cette couv, non? Et encore, en vrai de vrai, il y a une ptite colonne noire du plus bel effet à gauche, traversée par deux séries de lignes crème en haut et en bas. Si ça c'est pas la classe, hein...

En tous cas, je la préfère à la couverture française, qui ressemble à ça:
adieu maman couverture

Pas que la couv française soit moche, hein, lecteur bibliophile, mais bon, quand même. Hein? Tu t'en fous des comparaisons de couvertures? Tu veux savoir ce que le bouquin a dans les tripes ? Il en a probablement bien plus que ce que mes maigres capacités rédactionnelles pourraient retranscrire, malheureusement, alors considère, lecteur impatient, que la petite bafouille laborieusement tapée et succintement pensée ci-dessous ne reflète en rien ce que peut être le livre de Paul Horsch... nan, Horfsc... pffffff... Hornschemeier! Parce qu'avec Adieu Maman (Actes Sud BD, cher (17 euros et des brouettes) mais bon, lecteur), les termes de claque dans ta face, Parpaing dans ta gueule et autres double torgnolle piquée dans ta cornée prennent tout leur sens. Littéral, brut, violent, sec, un aller et retour façon Bruce Lee qui met K.O et rend admiratif en même temps. En moins de mots, une magistrale leçon de ce que la bande dessinée peut produire de meilleur quand elle joue avec l'humain, la tristesse et l'épure.

Situons. Cette bande dessinée est une introduction, comme le dit si bien le sous-titre "Avec une introduction de Thomas Tennant". Introduction d'un livre infiniment vaste qui devrait rassembler toute la vie de Thomas Tennant, et dont nous n'avons que ce fragment, cette fondation. Dans cette introduction, Thomas nous raconte les conséquences de la mort de sa mère sur lui, et sur son père, la façon dont chacun d'eux a vécu cette perte, le vide qui s'en est suivi, la négation du père, sa perte complète de repères magistralement mise en scène dans une allégorie à chronologie bouleversée, où le père se promène en volant, au hasard et apparemment sans but dans un paysage désolé, avant de se faire attraper par des créatures marines et hostiles. Le passage où il perd ses lunettes, à l'instant T, résume tout le livre. Refus, négation, aveuglement, la perte de son seul point de repère le plonge dans une telle détresse qu'il préfère occulter l'évènement. Le fils, lui, se réfugie dans l'accomplissement presque obsessionnel de tâches quotidiennes que sa mère effectuait. Sentant confusément la détresse de son père, il tente de remplacer ce vide en occupant la place de la mère comme il le peut, occultant sa personnalité derrière un masque de lion que sa mère lui a offert.

Adieu Maman est un livre d'une rare violence, une violence rentrée, qui se manifeste dans d'infimes gestes, dans quelques paroles, dans les silences, et qui finalement imprègne complétement le récit et crée un véritable malaise chez le lecteur. Hornschemeier a choisi de traiter froidement, cliniquement, son histoire. Son trait assez rond et épuré rappelle Ware, comme l'accumulation de gros plans de détails qui font sens(la main du père qui triture son alliance, par exemple), le découpage simple, direct, qui va à l'essentiel. Les couleurs sont à l'avenant, peu nombreuses, froides, en aplats. La voix-off de Thomas Tennant, très présente, et qui apporte la distance du narrateur entre le lecteur et l'histoire vient compléter le tableau. Tout est fait pour gommer les sentiments des personnages, qui deviennent paradoxalement omniprésents et plus forts. Si la bande dessinée est l'art de l'ellipse, Hornschemeier est un maître, lui qui parvient à nous faire ressentir une telle tristesse, un si grand abbatement à travers cette main qui touche son alliance, quelques oublis quotidiens et un fils qui porte en permanence le masque offert par sa maman. Et l'effet de la seule manifestation réelle de violence (toute relative) du livre devient dévastateur, dans tout ce silence oppressant.

Un dernier mot à propos de la traduction du titre Mother, come home en Adieu, maman, car j'estime que nous y perdons. Le sens de Mother, come Home (viens à la maison, maman) résume parfaitement l'impasse de la position de ce père et de son fils, alors que le titre français table sur l'optimisme, en faisant penser à une résolution de cette impasse. Je n'ai pas envie de déflorer complétement le livre, alors je n'en dirai pas plus, mais il me semble qu'Actes Sud s'est un peu avancé, sur ce coup.

Que cela ne t'empèche pas, lecteur, toi qui a bon goût, je le sais, de lire cette bande dessinée poignante et si dure.


Publié dans bouquins - disques...

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tibou 18/07/2005 23:26

oh merde alors, un copier coller... tu me décois mon ami, vraiment. enfin, ta prose m'ayant donné une érection tellement monumentale la première fois, je ne vais pas t'en vouloir.

je vais passer une bonne nuit, tiens, merci encore :o)

ton ami 18/07/2005 13:34

Ho! Quel intellectuel! Ta pensée est tellement pénétrante! Tu es génial, on a du plaisir a te lire! Vraiment! Tu as un esprit de synthèse parfait, tu fais progresser la bande dessinée, c'est de gens comme toi qui font avancer les choses. Tu as découvert l'asso il y a 2 ans n'est ce pas? Au début tu détestais, toi qui a pleuré à la fin de la quête de l'oiseau du temps! Mais maintenant, TU T'Y CONNAIS pas vrai? A mon avis tu dois être heureux dans la vie! Tu prends quoi comme anti dépresseur? On en veut encore, donne nous ton avis sur les disques que tu aimes, sur les bd, les livres que tu lis, on veut ta sensibilité! Surtout te retiens pas pour nous! Par contre on aimerait bien connaitre ton identité complète, ton nom, pour bien savoir qui tu es: tu exagère d'être anonyme! Tu vois ce que je veux dire? P.S. Quel dommage que ton papa et ta maman t'aient haïs dés ta naissance: tu aurais pu faire autre chose que nous infliger tes pensées de minables sur ton pauvre site!