Human Punk...

Publié le par tibou

...ou le roman le plus abouti de John King. Un petit bijou de bouquin dans lequel King va droit à l'os et expose sans fard la vie de Joe, de sa jeunesse de petit punk de la banlieue de Londres en 1977 jusqu' à l'âge adulte, de retour à Slough après une longue fuite en Chine.  

Human Punk vaut avant tout par la vie qui se dégage de ses pages. King choisit d'écrire à la première personne, et nous montre la banlieue de Londres par les yeux de ce gamin aux idées bien arrêtées, pour qui le punk et l'esprit s'en dégageant est à peu près tout ce qui compte dans la vie. En découle un regard à la fois très dur et tendre de son entourage. Le travail n'est encore qu'un moyen d'avoir de l'argent de poche pour acheter le dernier 7" des Clash, mais les bastons sont déjà bien réelles, et un gosse de 15 ans à Slough a déjà appris à éviter les mauvaises. Pas celles ou on finit la tête bombée couleur or, mais les vraiment méchantes, comme celle où il se retrouvera avec son meilleur ami Smiles jeté d'un pont dans le Canal Grand Union, le nouveau badge des Sex Pistols de Smiles planté dans sa joue.

Ce regard sur le monde ne changera pas vraiment à mesure où Joe vieillit. Son voyage à Hong Kong l'apaise quelque peu, au punk des débuts succède le Sandinista! du Clash et le reggae pur, mais son esprit reste rivé à ce jour là, celui où il a sauvé Smiles de la noyade. Le jour où Smiles a changé, où il n'a plusmérité son surnom.

De tous les écrivains Britanniques actuels, King est probablement un de ceux qui décrit le mieux le monde ouvrier, ses aspirations, sa compléxité et la déprime bizarrement teintée d'optimisme des banlieusards Londoniens qui vivent dûrement de petits boulots en petits boulots, mais qui prennent la vie sans arrière-pensée. Surtout, King évite le cynisme mordant dont Irvine Welsh (Trainspotting) est friand, et dont il abuse parfois pour décrire la vacuité de la vie de ses personnages minés par la drogue, la solitude et la situation de l'Ecosse. King sait parfaitement retranscrire la colère de Joe, mais il en fait un personnage généreux qui, s'il n'est pas totalement sûr de lui, tente d'avancer. Welsh appuie toujours là où ça fait le plus mal, jusqu'au rire gêné, et montre du doigt le sur-place et même la régression de la société, King a choisi un optimisme un peu déprimé mais communicatif, où la solidarité et l'amitié ont encore un sens profond. Son style ressemble à de l'écriture automatique, il en a en tous cas la musicalité. A la manière d'un Kerouac (dont on reparlera sûrement plus tard) dont le style s'apparente au jazz, tout en improvisation, en ajout de petites touches subtiles qui modifient imperceptiblement le rythme, la mélodie de la phrase, King plante des riffs rageurs et simples, au rythme saccadé par une pléthore de virgules, souvent répétés et servis par discours social, en alternance avec des plages plus calmes, plus dub, où le feeling domine complétement une écriture qui ne perd pourtant rien de son mordant.

Et si là, lecteur à crête, tu n'as pas encore ressorti tes vieilles Doc Martens à 10 oeuillets, mis God Save the Queen à fond les ballons et acheté une robe en latex rose à ta copine, je ne sais pas ce qu'il faut faire. 
 

Publié dans bouquins - disques...

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cubik 19/08/2005 09:49

En fait, le titre exact est Sous le règne de Bone, de Russel Banks

cubik 19/08/2005 09:46

C'est marrant, ça me fait penser au monde selon Bone, ton bouquin là