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bouquins, disques...

Vendredi 17 juin 2005
Ahahahaha, les joies d'internet! Si je te disais lecteur, que je suis une buse complète en tout ce qui concerne l'ordinateur, et que j'ai passé deux heures hier à simplement comprendre comment faire un kjhdiuhfl de copier/coller sur ce ijhwfojfwm de blog, me croiras tu? Et bien tu le dois. Mais c'est bon, ménant. Je maîtrise. Alors toi lecteur, qui pouffe sur ton ordinateur en lisant ces lignes (oui oui, cubik, je te vois :) ) , sache que les moqueries et autres joyeusetés seront traitées avec le mépris hautain qui me caracctérise et une arrogance de bon aloi. Tu es prévenu, lecteur. Bon, maintenant ayé, j'envoie la purée.

Il y a quelques années (en 2002 pour être précis) sortait un album, l'un des premiersde la nouvelle collection de Casterman, Ecritures. T'en souviens-tu, lecteur? Oh, il n'a pas fait énormément parler de lui, malgré une qualité manifeste, bouffé qu'il fut par le rouleau compresseur Quartier Lointain. Narrant les déboires d'un couple britannique au chômage dans les vertes (enfin plutôt noires, c'est un bassin houiller, là-bas) contrées des West Midlands, Breakfast After Noon nous balance surtout le talent énorme d'Andi Watson en pleine face (et c'est là aussi qu'on voit que je choisis mes titres comme personne).



Ce qui frappe avant tout chez Watson, c'est la grande concision qu'il apporte dans tous les secteurs de son travail. Le trait en lui-même, très épuré et stylisé. La mise-en-page ensuite, très sobre, qui accompagne parfaitement le récit d'une relation qui se délitte lentement. Parce que, non content d'être un putain de dessinateur, Ce monsieur se paie le luxe de nous servir une histoire bluffante de justesse. Tout y est : le quotidien de Rob et Louise déroule sous nos yeux à un rythme lent, fait ressentir le temps qui passe. Quelques rares temps forts viennent relancer l'histoire au bon moment. Surtout, Watson, par ce refus presque total du spectaculaire et l'attachement aux petites choses de tous les jours, les frustrations, les petites vexations quotidiennes, tisse un lien profond entre les personnages et le lecteur, s'aventure dans le domaine complexe de la relation à l'être aimé, et en dépeind magistralement l'usure chaque jour un peu plus profonde.

Bref, je ne vais pas aller par 4 chemins, lecteur, plus je lis Breakfast After Noon, plus je me dis qu'il s'agit d'un livre rare, écrit par un gars qui a tout compris à ce qu'est la bande dessinée.

Et comme Casterman a l'air de ne pas vouloir éditer un peu plus de bouquins de ce grand monsieur, il va falloir aller piocher du côté de la V.O pour dénicher ses autres perles, et comprendre un peu son parcours.

Watson a travaillé pour deux maisons d'édition. La première, c'est Slave Labor graphics, où ont été publiés ses premiers travaux : Samouraï Jam, et les Skeleton Key. Je te confesse, lecteur, que je n'ai pas encore jeté un oeil sur ces livres-là. Honte à moi. Puis il y a Slow News Day, sorti en 2002, qui se rapproche énormément de Breakfast Afternoon dans le ton. Et il s'agit tout simplement du meilleur album d'Andi Watson. Comme souvent chez lui, la trame de fond (une jeune américaine part travailler dans un journal local au fin fond de triffouillis les oies, Angleterre, et pense terminer là-bas le script de la sitcom qu'elle écrit en collaboration avec son petit ami) sert de pretexte à narrer une relation homme/femme. Watson est graphiquement au sommet. Il a atteint ce stade ou chaque trait fait sens, modifie subtilement l'expression du visage, la silhouette... Comme dans Breakfast After Noon, c'est le rythme de la relation, les changements minuscules dans l'attitude de chaque personnage envers l'autre qui donne le tempo du livre. Une amitié qui se noue, et qui devient imperceptiblement autre chose. C'est précisément cette discretion, ce côté imperceptible qui donne toute sa saveur aux livres d'Andi Watson.

slow  news day

La seconde, c'est Oni Press. Ici ont été publiés Geisha, un livre un peu hybride, entre SF et vie quotidienne. Le trait de Watson a cette époque se rapproche du manga, par l'usage du SD, principalement. On suit les péripétie d'une jeune androïde artiste, dans un monde où les synthétiques sont des objets sexuels. Elle deviendra garde du corps pour un mannequin, et se retrouvera embringuée dans une histoire de mafia. Disons-le, ce n'est pas le Comic le plus intéressant de son oeuvre. Son trait se cherche encore beaucoup, le découpage a tendance aussi à se rapprocher de celui du manga, avec beaucoup d'effets pour pas grand chose. Watson tente déjà d'épurer son récit, mais trop de déchets persistent. Sur ce point, les nouvelles autour de Geisha en fin de volumes sont bien plus satisfaisantes. Pas un mauvais album, mais un album un peu brouillon, au style pas encore vraiment maîtrisé.
 geisha

Puis vient Breakfast After Noon dont je t'ai parlé précédemment, lecteur. Et puis le petit dernier, qui étonne beaucoup : Love Fights. Pour la première fois dans ses travaux indé, Watson aborde le super-héros. Oh, pas pour faire du comic de super-héros, non, pas du tout, mais pour le confronter à la réalité. DAns cet univers, les super-héros sont les people, et ont chacun leur propre comic-book. Le héros dessine le comic du Flamer, l'héroïne bosse pour le Voici des super-héros, nommé Expose. Love Fights, c'est avant tout une histoire d'amour, une romance qui se met en place. Mais c'est aussi plus que cela. A travers son héros dessinateur, Watson démonte le mythe du super-héros d'une manière inédite, se moquant ouvertement du système d'édition des grosses boîtes Marvel et DC, de leur continuité inepte et inutile, des ficelles scénaristiques grosses comme des cables d'amarrage de paquebot, des fanboys prêts à tout pour avoir la rareté qui manque à leur collection tout cela simplement en confrontant ces icones aux gens de tous les jours, avec leurs préoccupations de tous les jours. Si Love Fights n'est pas parfait, tombant parfois dans le piège de se complaire dans ce qu'il veut casser, il possède une fraicheur unique.
love fightslove fights 1

Et puis Watson a aussi travaillé pour dark Horse, surtout pour la série Buffy, mais j'avoue, lecteur, n'y avoir pas jeté un oeil. Mais tu sais ce qu'il te reste à faire, hein? Cours, lecteur, cours! Lis donc Breakfest After Noon, et si tu l'as déjà fait, rue toi sur Slow News day. Hophophop.
Par tibou
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Samedi 18 juin 2005
sparkle and fade

Un album miraculeux, mais peut-être pas dans le sens où on l'entend habituellement. Parce qu'Everclear cumule. Créé en 92 par trois gars de Portland qui réalisent un premier album en réseau indé. La galette passe inaperçue, sauf chez Capitol. Personne n'étant parfait, et surtout pas les majors, la maison de disque décide de les intégrer dans leur écurie.

Et pour cause, Everclear s'est pris Bleach et surtout Nevermind de Nirvana en pleine gueule, et a décidé, comme ça bêtement, de marcher dans les pas du phénomène de l'époque. Déjà, comme connerie, ça se pose là. Mais qu'à cela ne tienne, certains autres s'en sont plutôt pas mal sortis, même avec ce gros handicap.Les Stone Temple Pilots, par exemple qui, après avoir fourni du clone de grunge sur deux albums certes sympathiques, mais loins d'être transcendants, se sont enfin décidés à se sortir les doigts du cul et nous ont offert Tiny Music..., une petite pépite de rock décomplexé et inventif.

Manque de bol, Everclear n'est pas Stone Temple Pilots. Leur truc à eux, c'est de prendre les grosses guitares et les accords simples de Nirvana, et d'en retirer le côté sombre. Du sous-Nirvana auquel on a enlevé la substantifique moelle, cette rage qui frappe direct au plexus et qui représente tout l'intérêt du trio de Seattle.

Oué, Everclear était mal barré: 3 bouseux de l'Oregon qui jouent fort des mélodies légères oubliées trois minutes plus tard. C'est donc un véritable miracle si ce Sparkle and fade n'atteint pas des sommets de merde auditive que semblaient viser les musiciens, et ce malgré leurs louables efforts en ce sens.Mieux, Ils réussissent l'exploit d'attirer parfois l'attention de la bonne âme daignant se pencher sur leur cas (pas trop longtemps quand même, hein). Alors certes, on plonge très profondément dans le ridicule avec les singles extraits de l'album, , Heroin Girl et surtout Santa Monica, ballade pop-grunge écoeurante comme une guimauve trop sucrée. La barre de la bouse est mise très très haut!

Calculateurs, les Everclear : chaque morceau s'écoute comme un single radio : 4 minutes maxi, un refrain facilement assimilable, un son bien propret... le Grunge d'ascenseur est né! C'est d'autant plus dommage quand on écoute les quelques bons morceaux de l'album. Parce qu'il y en a. C'est là le miracle! Témoins ce You make me Feel like a Whore tendu et sautillant, ou Summerland, qui s'évade vers des contrées un poil plus obscures et déroge (un peu) au moule Everclearien dans sa structure. Ca ne fait pas de Sparkle and Fade un bon album, loin de là, ces quelques rares titres ressemblant plus à un accident qu'à autre chose. Mais on se prend à trouver cet album plaisant, un peu par pitié, comme on prend en sympathie les efforts vains d'un gamin qui cherche à atteindre la tablette de chocolat que maman a posé hors d'atteinte. C'est que c'est émouvant, ces petites mimines qui battent l'air pour un résultat aussi vain que prévisible.

everclear

Pourtant, ces accidents instillent le doute dans nos têtes : ne se serait-on pas trompé sur Everclear? Ces morceaux sont-ils l'ébauche maladroite d'une oeuvre qui pourrait être captivante? A ces deux questions, le trio de Portland s'est échiné à répondre deux tonitruants "NON" en sortant bouse pop sur bouse grunge sur bouse tout court. Ouf, on ne s'était pas trompés, on a eu chaud, la morale est sauve.

Moi j'aime bien les happy ends :o)

bon allez, si tu es sage, la prochaine fois on s'attaque à un monument du ridicule post grunge, j'ai nommé ...*roulements de tambours* CREED, et son chanteur manifestement asthmatique (c'est pas possible de respirer aussi fort dans un micro, ya un truc) qui s'est fait greffer les cordes vocales d'Eddie Vedder, mais qui semble être en train de pousser sa crotte à chaque fois qu'il lui prend l'idée saugrenue de chanter. Et je ne te parle même pas des clips, ami lecteur!

On va se marrer, je te dis que ça :o)
Par tibou
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Lundi 27 juin 2005
Aujourd'hui, mon lecteur que j'aime, pas de groupes foireux, de suiveurs tellement malhabiles qu'ils en deviennent attendrissants, pas de poseurs en bandana et en jean moule courgette, pas de faux rebelle à veste en jean à dos toilé et tête-de-mort-isé. Non non, rien de tout cela. Aujourd'hui, du lourd, du qui envoie le pâté et défrise la permanente de ma tante Josette. Aujourd'hui, on parle d'un des groupes les plus talentueux de ces dernières années, j'ai nommé les Queens of the Stone Age , qui viennent de nous mettre en pleine face leur dernière galette, joliment intitulée Lullabies to Paralyse.

Enfin, je dis groupe, mais sous cette appellation plutôt kitsch se cache une entité à mi-chemin entre le projet solo et le collectif de pointures. Les Queens of the Stone Age (QOTSA, pour faire plus court, parce que j'ai beau aimer écrire, mon lecteur à moi, je ne vais pas non plus passer 5 plombes à me faire chier à écrire un nom de groupe interminable) c'est avant tout le bébé de son chanteur-guitariste, Josh Homme, ancien membre de Kyuss et l'un des fondateurs de ce que les gens qui font critique comme métier quand ils sont grands appellent le Stoner. Mais qu'est ce que le Stoner, me diras-tu, lecteur en détresse ? La réponse coule de source : je n'en sais fichtrement rien. Enfin si, un peu quand même, mais il va falloir m'expliquer sérieusement comment on peut rassembler sous cette étiquette des formations aussi disparates et différentes. La joie des étiquettes, lecteur, c'est qu'elles ne reposent que sur du vent, en l'occurence ici une vague propension commune à utiliser dans un rock péchu des sonorités psychédéliques (d'où le nom, la vie est quand même bien faite).

Par contre, il est évident quand on se penche un peu sur les crédits des 4 tueries des QOTSA que Josh Homme fait partie d'une famille de musiciens, incluant des gars aussi différents et talentueux que Nick Oliveri (bassiste du groupe sur deux albums et ex-membre de Kyuss), Mark Lanegan (ex-frontman de Screaming Trees, qui poursuit actuellement une carrière solo des plus interessantes), Dave Grohl (ex-batteur de Nirvana, dont je ne vais pas te faire l'insulte de détailler le parcours, lecteur grungeophile (encore une étiquette pleine de (non)fondement, ça, tiens), et actuel frontman des Foo Fighters, un groupe qui fait le yoyo entre très (mais vraiment très) bon et assez mauvais, donc à suivre), et Billy Gibbons (ZZ Top) pour ne citer que les plus connus. Une véritable famille, donc, qui se soude autour de QOTSA, bien entendu mais aussi autour des Desert Sessions du label Ipecac (label de l'ex chanteur de Faith No More et membre actuel d'une floppée de projets dont le plus connu est sans doute Fantomas). C'est là qu'est le noyeau dur de l'entité QOTSA, les Dave Catching, Gene Trautman, Alain Johannes, Chris Goss...

Tout cela pour te dire, lecteur, que QOTSA ressemble plus à un conglomérat de talents et de sensibilités diverses rassemblé autour de Josh Homme qu'à un groupe proprement dit. Chacun apporte sa pierre et donne une couleur particulière à l'album ou les albums auquel il participe (voire pour cela la performance de Dave Grohl sur Songs for the deaf, qui trnasfigure le groupe. On y reviendra). On pourrait croire à ce moment que ces albums, tout remplis de cadors soient-ils, ressembleraient plus à un gloubiboulga peu digérable qu'à quelque chose de cohérent. On se tromperait lourdement.Au contraire, chaque galette de QOTSA creuse un sillon parallèle au précédent. La base reste la même, un rock direct, se rapprochant parfois d'un hard rock couillu et inventif. Uun son de guitare sec (sauf sur Songs for the Deaf où il s'épaissit un peu), des compositions directes, mais qui ne refusent pas la mélodie, la voix de Josh homme, assez aigue et douce, qui contraste avec le côté rugueux des guitares, celle de Mark lanegan, plus grave et rauque, et celle de Nick Oliveri, hargneuse, hurlée, souvent. Et puis ce côté un peu psychédélique, qui se ressent particulièrement sur Lullabies to Paralyse.

QOTSA

Le premier album, "sobrement" baptisé Queens of the Stone Age, sorti sur un label indépendant américain, Roadrunner, fait assez peu parler de lui. Pourtant, on y trouve déjà tous les ingrédients qui feront la marque de fabrique du groupe, de l'intro planante de Regular John au rock simple et efficace d'If Only, en passant pardes moments plus délirants (Give the Mule what he Wants). Le ton est donné, et les Reines de l'Age de Pierre se font remarquer par Interscope. C'est sous cette maison qu'ils sortiront l'album qui les projettera sur le devant de la scène, Rated R.

r

Alors, je ne sais pas, lecteur, s'il y a eu un boom QOTSA en france à cette époque (2000), puisque j'étais en Angleterre. Ce qui est sur, c'est que le single The Lost Art of Keeping a Secret a crevé le plafond, là-bas, et ce n'est que justice. Plus diversifié que le précédent, cet opus regorge de bonnes idées, d'ambiances différentes qui pourtant se complètent parfaitement, pour donner au final un tout remarquablement cohérent et impressionnant, un rock inventif, audacieux et d'une classe folle, comme on n'en avait pas connu depuis longtemps. Simplicité extrême (Feel Good Hit in the Summer, probablement l'un des morceaux, tous genre confondus, contenant le moins de notes et de paroles au monde), douceur trompeuse (Auto-pilot, avec un Oliveri au chant étonnant, In the Fade et Mark Lanegan plus rocailleux que jamais), violence sautillante (Quick and to the Pointless, tout un programme) ou rageuse (Tension Head)... QOTSA déroule ce qui paraît être l'album parfait et donne une impression de facilité à pondre le morceau juste assez bluffante.


songs for the deaf

Pourtant, nous n'avions rien entendu encore. 2 ans plus tard débarque Songs for the Deaf. La pochette de l'album, une fourche noire sur fond rouge, donne le ton. Le son s'est alourdi, la batterie (assurée par Dave Grohl) se fait plus présente et lorgne parfois sur le métal. Les compos sont à l'avenant, toujours aussi directes, mais plus pesantes. QOTSA flirte de plus en plus avec le Hard rock, un Hard dépouillé de ses gimmicks kisch et de sa pseudo-maestria qui tente souvent de (mal) cacher un manque d'inspiration. Josh Homme et sa bande jouent une musique sèche, dense, et dépouillée. Peu de respiration dans cet album, pour les raisons évoquées précédemment, mais aussi parce qu'il n'y a pas de temps mort entre les itres, des pseudos Dj radio faisant les transitions. A ce niveau, cet opus se révèle plus monolithique que son prédecesseur. Pourtant, on est surpris parfois par quelques morceaux plus légers (another Love Song, The Mosquito Song), ou par les changements de chanteurs. Disons le Songs for the Deaf est un monstre de rock. Ni plus ni moins.

Un mot sur le batteur de cet album, Dave Grohl, qui est le type même du musicien que j'adore. Pas d'esbrouffe, pas de zigouigouis hyper techniques de la mort que tu passes trois ans à masteriser. Non. Rien que de la justesse, une solidité sans faille, une frappe sèche et forte, sans lourdeur excessive, un sens du rythme énorme. De la justesse, on vous dit. Bref, un putain de batteur. Si Songs for the Deaf est si réussi, dis toi bien lecteur nirvanophile qu'il n'y est certainement pas pour rien.

lullabues

Et puis arrive le petit dernier, Lullabies to Paralyse, sans Nick Oliveri, le bassiste hurleur à la barbe ZZ Top. Et là où l'on attendait une variante sur Songs for the Deaf, QOTSA nous offre un album beaucoup plus frais, aux mélodies plus légères (bon, c'est pas Oasis non plus, hein). Homme chante de bout en bout, sauf sur le premier morceau This Lullaby, sorte d'introduction à la guitare sèche où Mark Lanegan sussure quelques paroles naïves. Le reste sera beaucoup plus rythmé, mais sans l'impression de claustrophobie que l'on pouvait ressentir à l'écoute de Songs for the deaf. Pourtant, Les reines ne se sont pas assagies, témoins ce Everybody Knows that you're insane. ou le single Little Sister, un peu décevant par son côté ultra carré.

Mais on sent l'envie de s'amuser avec cet album, de rigoler un peu plus que sur le précédent. Ainsi, Burn The Witch est un petit bijou d'ironie, entre petites guitares sautillantes et les râles d'un Billy Gibbons qu'on n'avait pas vu à telle fête depuis longtemps. Qotsa se rapproche d'un blues un peu déglingué et second degré avec ce morceau, probablement le plus réussi du disque. Et puis il y a le morceau de bravoure, Someone's in the Wolf, 6 minutes 49 (c'est très long pour eux)de retour aux sources. C'est bien simple, on se croirait dans le premier album. Un riff hypnotique, des guitares qui vont volontier se perdre sur des chemins de traverse, un rythme assez lent et saccadé, un break digne de Pink Floyd...

Et en concert, qu'est ce que ça vaut, me diras-tu, lecteur ? Je ne peux pas te le dire pour le nouveau line-up, j'ai vu la version Nick Oliveri/Dave Catching/Chris Gross/Josh Homme il y a 4 ans, j'en garde un très bon souvenir. Comme en album, on voyage en des terres différentes, pafois calmes, parfois d'une violence débridée, parfois plus trippantes. Et puis, tu vas pouvoir te faire une opinion par toi-même, lecteur slamophile, puisqu'ils passent aux Eurocks bientôt, et restent en Europe tout l'été. Ca serait dommage de louper ça, quand même.

Pour finir, je te laisse, lecteur, avec la résolution d'une enquête qui-m-a-pris-au-moins-pas-mal-de-temps-que-ça-serait- super-long-à-quantifier-mais-au-moins-5-minutes. Je sais ce qu'il est arrivé à Manu, le webmaster vénéré de Bulledair . Il s'est reconverti au rock qui tache, s'est mis des tatouages décalcomanie et passe ses journées sur les routes et à faire des pompes devant des groupies folles de son corps. La preuve ? La voilà, lecteur, rien que pour tes beaux yeux. C'est Ysa qui doit être contente... Remarque, lecteur adoré, il aurait pu avoir un line-up plus dégueu que celui des Eagles of Death Metal : Josh Homme et Dave Catching (et là c'est là que je vois si tu suis). Mais quand même...

Et c'est sur cette chute brutale et surprenante d'une icône du web que je te laisse pour aujourd'hui, gentil lecteur. Désolé, mais l'information, c'est aussi parfois dévoiler des choses tristes, voire navrantes. C'est la vie, comme disait Didier Barbelivien (ou Jean Pierre François, je sais pus, mais un artiste, en tous cas).
Par tibou
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Mardi 28 juin 2005
Ben oui, ils cherchent, quand même. Ca doit être à peu près aussi original de sortir un numéro spécial sexe que pour Jeune et Jolie de sortir un dossier régime au printemps... D'où une appréhension qui m'a traversé au moment d'acheter le dit magazine, impression renforcée par le mauvais souvenir d'un médiocre hors série de Calliope consacré au même sujet. Parce que la bd de cul, c'est un sujet très vaste. C'est un amateur de bd de cul qui te le dit, lecteur érotomane. Le sexe en bd, ça s'apprécie de 1000 façons différentes, comme n'importe quel autre scène : basiquement, sous forme d'excitation passagère (qui elle aussi peut revêtir toutes sortes de formes), pour une lecture Kleenex (dans tous les sens du terme, ahahaha), plus émotionnelle, plus axée fantasme ado, coupable, dure...

Première constatation : le packaging a beau être plus classe que Hot Vidéo, on te mate de la même manière quand tu ouvres le mag à la terrasse d'un café, ce qui provoque l'impression délicieuse d'être quelqu'un de complétement subversif. Faut croire qu'il n'est toujours pas de bon ton de lire des bites et des chattes en public aujourd'hui.Autant pour la révolution sexuelle. Bah, il y a quelques années, c'étaient les manga, maintenant, c'est tout juste si on te file un coup d'oeil. Bon, je l'ai quand même rangé avant d'aller à la crèche de ma moman. La subversivité a des limites, lecteur révolutionnaire.

A priori, le mag s'en sort plutôt honorablement, par rapport à la bouse qu'a pondu Callioppe, s'intéressant à Debbie Drechsler et Phoebie Gloeckner, pour le versant le plus insupportable, Sfar et Boilet, pour un sexe sans complexe et joyeux, les Tiruana Bibles, Elvifrance, etc. pour l'histoire du genre, Maruo pour les perversions plus... perverses.

Trois parties dans le magazine : une première avec comme thème "Avec tabous et complexes", explore dans un premier temps la façon dont la bande dessinée alternative française (la plus à même de proposer du contenu "explicite") tente de briser (ou non, d'ailleurs) les tabous sexuels. Article relativement intéressant et complet, qui n'échappe cependant pas au fléau qu'est le name-dropping sans énormément de substance. Dommage. Même constat en moins grave pour l'article suivant, le même mais avec des auteurs américains.J'ai quand même du mal à suivre l'auteur quand il cite Craig Thompson comme quelqu'un qui se libère du "poids de sa famille (...)en tombant amoureux et en passant à l'acte. Quel acte ? serais-je tenté de dire ? Parce que d'acte il n'y a point, dans Blankets, à moins que quelques caresses et léchouillages en calbut pour l'un et en slip pour l'autre constituent l'acte. La libération par le sexe, chez Thompson, je doute, lecteur averti, je doute. Je souscris parfaitement par contre à cet acte libérateur de la part de Jeffrey Brown, dans deux livres, Clumsy et Unlikely (surtout ce dernier, qui raconte entre autres la perte de virginité de Jeffrey Brown à 24 ans), mais l'auteur de l'article n'en fait pas mention, alors qu'il cite l'auteur. Etonnant. On a vraiment le sentiment, quand même, qu'il fallait citer un auteur Casterman avec Thompson...

Autre désaccord :"Dans l'univers de Chris Ware, [le sexe] est parfois comme inexistant : dans son Jimmy Corrigan, il n'y a pas de relation sexuelle qui vaille. Seule la résolution du rapport au père compte, régissant indirectement tous les rapports amoureux." Si le sexe n'est pas montré dans Jimmy Corrigan, rarement on aura senti autant de frustration sexuelle dans un ouvrage. Ce bouquin transpire le sexe refoulé, les fantasmes d'adolescent attardé, les sueurs froides après une masturbation honteuse et insatisfaisante. Pas de sexe, dans Jimmy Corrigan ? Mais le personnage hurle sa misère dans chacun de ses silences!

Surtout, 5 lignes seulement sont consacrées à ce monstre qu'est Dave Cooper et à sa petite bombe : Ripple. Franchement, comment parler des tabous et du sexe aux Etats-Unis sans consacrer une place importante au livre le plus bandant de l'année? Hein? Parce que oui, lecteur amateur de bourrelets, Cooper a pondu un livre et surtout un personnage absolument bandant et ceci en opposition franche aux canons esthétiques en vigueur aujourd'hui. Un bouquin moite et chaud et surtout vivant, vivant, vivant!

Pour illustrer cette première partie; plusieurs nouvelles, qui vont du médiocre à l'excellent. Riad Sattouf nous raconte sa soirée passée dans un club échangiste avec Vincent Bernière (l'un des deux rédacs chef de Bang!) et de sa femme. Résultat plus que mitigé, Sattouf cherchant à faire passer la tristesse sexuelle de ces lieux avec un humour...inefficace. On se fait autant chier que dans No Sex in New York, mais au moins on voit des bites...

Puis on ressort une histoire de Boilet parue dans Ego comme X 8 et reliée à L'épinard de Yukiko. Ton juste, comme toujours, plutôt drôle, bref, du Boilet pur jus. Pourtant, l'exercice paraît un peu vain, au final. Vient ensuite une planche de David Heatley, racontant sa vie sexuelle en version un poil abregée. C'est frais, très rigolo, dans un dessin minimaliste, et ça fait passer pas mal de choses... Une bonne surprise.

Mais la claque vient de Phoebe Gloekner, avec son Troisième Amour de Minnie. On plonge en plein cauchemar, entre drogue, viols, saleté intérieure et extérieure... Ca prend à la gorge, et ça laisse vidé. Tout ça en si peu de pages...

La deuxième partie: "Dessine moi un sexe", regroupe des interviews d'auteurs ayant pour thème ... Le sexe, oui, lecteur attentif. Entretiens trop courts pour être vraiment interessants, malheureusement. On retiendra quand même ceux de Zep et Burns , ainsi que l'article (court lui aussi) final sur Debbie Drechsler. Ensuite, quelques auteurs nous dessinent un fantasme. La aussi, du bon et du moins bon. Frederik Peeters botte en touche, mais de manière très drôle, Neaud, dans le plus pur style de son Journal, jouit en palpant un bras de mécano, et Moebius nous offre un transexuel à la queue monstrueuse au bras d'un scientifique, le tout dans une ambiance...chirurgicale. Troublant. Petits coups de coeur pour le fantasme de Peggy Adam d'une femme à bite enculant, griffant et mordant un catcheur masqué, et celui d'Alex Barbier, où le texte cru et très dur recouvre presque intégralement une planche/collage où des hommes se sucent et baisent en couleurs directes.

Enfin, la troisième partie porte bien son titre, "Histoire de la bd Porno". Peu à dire, en vérité, pas que le sujet ne soit pas passionnant, mais le non-néophyte n'y trouvera que peu de croustillant (à part pour les exemples de bandes dessinées censurées données par l'expert en la matière, Bernard Joubert). On passe des Tijuana Bibles à Elvifrance, on s'intéresse à la bande dessinée de cul contemporaine en citant l'Echo des Savannes et BD Adult, mais curieusement en passant sous silence Kiss Comix. Pourtant, la revue, présentant presque exclusivement des auteurs espagnols et sud américains a vu passer beaucoup plus de pointures que BD Adult' (qui fait peu parler d'elle en terme de qualité. A part Jacobsen, Von Gotha, Kowacz, Fretet et Duvet, pas grand chose à retenir), à commencer par le grand Solano Lopez, Bobillo (qui a aussi fait Bird, très réussi, chez Erko), ou Noé qui s'illustre aujourd'hui dans les Chroniques de Sillage, et qui se revèle être dans les pages de Kiss un pornographe plutôt inventif et doué (sans parler de son dessin si particulier).. Et je ne parle même pas du Horny Biker Slut de Howard, qui nous offre un porno hardcore pour Hell's Angels complétement hallucinant, ou des petites Vicieuses de Monica et Bea. Une nouvelle ici aussi illustre les article, de Magnus, auteur du très connu 110 pilules. Insignifiant, vain et mille fois vu. On oublie.

Bref, lecteur inassouvi, Ce Bang! spécial sexe n'est pas raté, mais il souffre de quelques carences, et laisse un goût de trop peu au final. Dommage, mais initiative louable et partiellement menée à bien. C'est déjà beaucoup. Sans compter cette impression de subversion dont je parlais au début, qui, pour pathétique qu'elle est, à le mérite d'exister. Allez lire votre Bang! spécial sexe en terrasse, les copains!!
Par tibou
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Mercredi 29 juin 2005
...Anything... suis un peu, lecteur psychopathe !

Sin City, donc. Autant le dire tout de suite, j'ai beaucoup aimé les 4 premiers tomes du comic book de Frank Miller, les autres ...bon, ne parlons pas des autres, de toutes façons, l'histoire du film reprend seulement les tomes 1, 3 et 4. Alors, me diras-tu, lecteur impatient, joie, déception, félicité, horreur, jouissance, vomi ? Pas grand chose de tout cela, en fait.

On ne peut pas dire que Rodriguez et Miller se soient "inspirés "du comic book, en fait ils le reprennent quasi tel quel, presque au plan près. Autant pour l'effet de surprise, mais au moins, ça permet de s'interesser à l'adaptation cinématographique en elle-même. Et la première question que l'on se pose, c'est : pourquoi vouloir reprendre 3 tomes plus deux nouvelles du tome 6), alors qu'ils n'ont que peu à voir entre eux niveau intrigue.J'ai cherché, lecteur, j'ai cherché, longtemps, et finalement... Je n'ai toujours pas trouvé. ou plutôt si, c'est pour une bête histoire de temps. Le film aurait été trop court avec seulement la trame de The Hard Goodbye, par exemple. Raison purement technique, donc. Dommage.

Mais ça n'est pas grave, nous disons-nous, lecteur, et effectivement, ça ne l'est pas. Après tout, chaque histoire deSin City  tient sur un timbre-poste, l'important, c'est l'ambiance, le grand guignol, le côté too much des personnages, des situations, de la ville en elle-même. Car c'est elle le personnage principal des ouvrages de Miller.

1ère constatation : le générique en met plein la vue, et la musique a l'air d'être au niveau, déglinguée, jazzy, avec quelques relents rétro... Ca commence bien... mais ça ne dure pas. Rodriguez et Miller ont choisi un noir et blanc très propre, trop propre, pas de grain, rien... CA pourrait rendre bien, mais ça ne fait qu'asseptiser un film qui devrait sentir sous les bras. La seule odeur ici qui pourrait se dégager, c'est celle de l'antiseptique d'un hôpital. Constat qui est renforcé par quelques scènes assez surréalistes. Quand Dwight Mc Carthy est secouru de la fosse à goudron sur la colline, miraculeusement, ce goudron ne colle pas à son manteau, ou si peu... La violence est présente, mais elle est complétement esthétisée, sauf en quelques rares occasions. Le résultat est une distance entre l'action est le spectateur, distance qui se révèle souvent catastrophique, et une seule fois heureuse.

Oui, car cette distanciation n'aide pas à croire au personnage de Marv, et encore moins à celui du "Yellow Bastard". Marv, d'abord, qui manque de présence. peu impressionnant, Mickey Rourke alterne certaines séquence où il se révèle pataud, lourd, lent, et d'autres, assistées par ordinateur, où il virevolte, saute d'un 7e étage sans dommage... La dichotomie est trop importante. Je veux bien croire qu'il a été choisi sur son physique, mais son manque de présence pour toutes les scènes où il n'y a pas la béquille de l'ordinateur se révèle  limite ridicule, et rend les autres scènes complétement outrées. Erreur de casting énorme. Heureusement, Elijah Wood sauve le tout, excellent en psychopathe tueur à la tête de premier communiant

Le Yellow Bastard, maintenant... Comment dire, tellement nous n'y croyons pas? Cette distanciation dont je parlais précédemment ne colle pas avec cet individu jaune et vraiment extrême. Pas vraiment d'erreur de casting, non, surtout une maladresse de mise en scène. Dommage, dommage, dommage.

Par contre, pour Bruce Willis en flic fatigué et bourru, rien à dire, de toutes façons, c'est pile dans son registre. MAis la palme va à Benicio Del Torro en taré mysogine, violent, pathétique, et ... drôle. C'est d'ailleurs l'histoire où il apparaît (The big fat Kill) qui se revèle de loin la plus intéressante dans le film, alors que c'est probablement le plus faible des tomes choisis pour l'adaptation. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'elle laisse la part belle à l'action, et se permet un grand-guignol (la scène de la mort de Jackie Boy/Del Torro, où celle dans la voiture) rafraichissant. Tout s'enchaîne parfaitement, sans temps mort, c'est tellement gros et absurde que le rire est de mise, c'est franchement réussi. 

Le gros défaut de Sin City, plus encore que tout ce qui a pu être relaté plus haut, c'est sa longueur. Ou plutôt ses longueurs. On s'ennuie, il n'y a pas d'autre mot, pendant une bonne partie du film. Manque de rythme flagrant, et rhédibitoire, qui plombe totalement le film. Plus encore, on ressort en se disant "et alors?". On ne sait pas du tout où Rodriguez et Miller ont voulu en venir, et le film laisse une impression énorme de vacuité. Ce choix de départ d'adapter trois histoires sans lien ne débouche sur absolument rien. Aucun lien, et par conséquent, chaque histoire reflète le vide des autres.

Gâchis, gâchis, gâchis. Parce qu'il y a de très bons moments, Parce que ces bons moments donnent une idée de ce que les réalisateurs auraient pu faire. Gâchis et vide, c'est le duo de sentiments à la sortie de Sin City.

Par tibou
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Lundi 4 juillet 2005
mother come home couverture

Elle claque, cette couv, non? Et encore, en vrai de vrai, il y a une ptite colonne noire du plus bel effet à gauche, traversée par deux séries de lignes crème en haut et en bas. Si ça c'est pas la classe, hein...

En tous cas, je la préfère à la couverture française, qui ressemble à ça:
adieu maman couverture

Pas que la couv française soit moche, hein, lecteur bibliophile, mais bon, quand même. Hein? Tu t'en fous des comparaisons de couvertures? Tu veux savoir ce que le bouquin a dans les tripes ? Il en a probablement bien plus que ce que mes maigres capacités rédactionnelles pourraient retranscrire, malheureusement, alors considère, lecteur impatient, que la petite bafouille laborieusement tapée et succintement pensée ci-dessous ne reflète en rien ce que peut être le livre de Paul Horsch... nan, Horfsc... pffffff... Hornschemeier! Parce qu'avec Adieu Maman (Actes Sud BD, cher (17 euros et des brouettes) mais bon, lecteur), les termes de claque dans ta face, Parpaing dans ta gueule et autres double torgnolle piquée dans ta cornée prennent tout leur sens. Littéral, brut, violent, sec, un aller et retour façon Bruce Lee qui met K.O et rend admiratif en même temps. En moins de mots, une magistrale leçon de ce que la bande dessinée peut produire de meilleur quand elle joue avec l'humain, la tristesse et l'épure.

Situons. Cette bande dessinée est une introduction, comme le dit si bien le sous-titre "Avec une introduction de Thomas Tennant". Introduction d'un livre infiniment vaste qui devrait rassembler toute la vie de Thomas Tennant, et dont nous n'avons que ce fragment, cette fondation. Dans cette introduction, Thomas nous raconte les conséquences de la mort de sa mère sur lui, et sur son père, la façon dont chacun d'eux a vécu cette perte, le vide qui s'en est suivi, la négation du père, sa perte complète de repères magistralement mise en scène dans une allégorie à chronologie bouleversée, où le père se promène en volant, au hasard et apparemment sans but dans un paysage désolé, avant de se faire attraper par des créatures marines et hostiles. Le passage où il perd ses lunettes, à l'instant T, résume tout le livre. Refus, négation, aveuglement, la perte de son seul point de repère le plonge dans une telle détresse qu'il préfère occulter l'évènement. Le fils, lui, se réfugie dans l'accomplissement presque obsessionnel de tâches quotidiennes que sa mère effectuait. Sentant confusément la détresse de son père, il tente de remplacer ce vide en occupant la place de la mère comme il le peut, occultant sa personnalité derrière un masque de lion que sa mère lui a offert.

Adieu Maman est un livre d'une rare violence, une violence rentrée, qui se manifeste dans d'infimes gestes, dans quelques paroles, dans les silences, et qui finalement imprègne complétement le récit et crée un véritable malaise chez le lecteur. Hornschemeier a choisi de traiter froidement, cliniquement, son histoire. Son trait assez rond et épuré rappelle Ware, comme l'accumulation de gros plans de détails qui font sens(la main du père qui triture son alliance, par exemple), le découpage simple, direct, qui va à l'essentiel. Les couleurs sont à l'avenant, peu nombreuses, froides, en aplats. La voix-off de Thomas Tennant, très présente, et qui apporte la distance du narrateur entre le lecteur et l'histoire vient compléter le tableau. Tout est fait pour gommer les sentiments des personnages, qui deviennent paradoxalement omniprésents et plus forts. Si la bande dessinée est l'art de l'ellipse, Hornschemeier est un maître, lui qui parvient à nous faire ressentir une telle tristesse, un si grand abbatement à travers cette main qui touche son alliance, quelques oublis quotidiens et un fils qui porte en permanence le masque offert par sa maman. Et l'effet de la seule manifestation réelle de violence (toute relative) du livre devient dévastateur, dans tout ce silence oppressant.

Un dernier mot à propos de la traduction du titre Mother, come home en Adieu, maman, car j'estime que nous y perdons. Le sens de Mother, come Home (viens à la maison, maman) résume parfaitement l'impasse de la position de ce père et de son fils, alors que le titre français table sur l'optimisme, en faisant penser à une résolution de cette impasse. Je n'ai pas envie de déflorer complétement le livre, alors je n'en dirai pas plus, mais il me semble qu'Actes Sud s'est un peu avancé, sur ce coup.

Que cela ne t'empèche pas, lecteur, toi qui a bon goût, je le sais, de lire cette bande dessinée poignante et si dure.


Par tibou
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Samedi 9 juillet 2005
Hop, histoire de ne pas s'encrouter de trop, je crée une nouvelle rubrique, gentil lecteur. Bon, je ne vais pas dire qu'elle est particulièrement originale, pardon pardon. Mais elle me permettra au moins de faire un p'tit bilan des albums, bandes dessinées, livres, films, même, soyons fous, qui m'ont particulièrement marqué et ont forgé ce goût très sûr qui s'étale devant tes yeux à chaque fois que je mets à jour ce blog, c'est à dire des fois. Et puis comme je déteste les listes, ouvrir une rubrique esqueprès pour ça m'obligera à développer au lieu de faire ma feignasse dans le jardin.

Il n'y aura pas d'ordre, la dedans. J'aime pas les classemements. Alors ça sera plutôt un joyeux bordel dans lequel il faudra te retrouver, lecteur persévérant, et où, j'espère, tu trouveras parfois matière à écouter/lire/voir.

Bon voyage...

the pogues if i should fall from grace with god

Un album que je ne pensais pas aimer autant, et aussi longtemps. Découverte : 92, totalement par hasard, puisque mon frère l'avait récupéré je ne sais où. Et comme il aimait bien me déranger quand je lisais mes bouquins de la bibliothèque verte, ce salopard, j'ai pris le premier titre de la galette à un petit 120 décibels dans les esgourdes.

Ca marque. Je te jure, lecteur sourd, ça marque. Parce qu'il ne faut en aucun cas se fier à cette couverture sage (qui contraste d'ailleurs pas mal avec celles de leurs précédents albums, entre le logo de Red Roses for me qu'on croirait tiré d'un album de Death Métal et la couverture de Rum Sodomy and the Lash (quel titre, bon dieu, quel titre!!) et son détournement du Radeau de la Méduse, on s'attendait pour ce troisième opus à plus d'exubérance), ce disque en a dans les tripes. Et pas qu'un peu. Rythme effréné, dansant en diable, mélodies imparables, un groupe solide et une voix, bon dieu, une voix ! Eraillée, vacillante, avec une morgue incroyable, toujours à la limite entre le chant juste et le gros n'importe quoi, je te présente Shane Mc Gowan, lecteur bruitiste, l'édenté touché par la grâce. Le mec capable de te vomir à la gueule un brûlot tout droit sorti de l'enfer et l'instant d'après de sortir de ses cordes vocales noyées de bière  la chanson la plus poignante que tu aies jamais entendu. Un poète déglingué et alcoolique, un cliché à lui tout seul.  

Les Pogues, en 89, à la sortie de If I Should Fall from Grace with God, sont en plein succès. Rum Sodomy and the Lash, produit par Elvis Costello, et renfermant leur chanson la plus connue, Dirty Old Town, s'est très bien vendu pour un album de label indépendant, et il est évident qu'ils rentrent en studio avec un budget conséquent. Un véritable tournant, pour un groupe qui revendique bien haut son côté punk et a enregistré deux disques de Folk Irlandais à la production sèche et minimaliste. Là, ils se retrouvent avec un orchestre conséquent, un son léché. Le changement est énorme, d'autant plus que Cait O'Riordan, l'ancienne bassiste, est partie convoler avec Costello, et que deux nouveaux membres intègrent le groupe. On craint les Pogues assagis. On se trompe lourdement, comme le prouvent les trois premiers morceaux de l'album, et surtout Bottle of Smoke, probablement le titre le plus violent de leur répertoire, où Mc Gowan débite une histoire de canasson s'appelant Bottle of Smoke (!) à un rythme hallucinant tandis que Spider Stacy hurle à s'en péter la voix. Le plus grand nombre de musiciens et le son font leur effet. Les titres sont compacts, assez lourds, sans être gras. Autre changement, et de taille, Les Pogues avec ce disque, sortent parfois de leur registre habituel, et s'essayent à de nouvelles sonorités (Turkish Song of the Damned, Fiesta...) avec réussite.

Mais Mc Gowan et sa troupe ne sont jamais aussi forts que lorsqu'ils sortent une ballade mélancolique, et ils le prouvent sur ce disque avec l'énorme Thousands are Sailing, chanson sur le mal du pays des Irlandais partis pour le Nouveau Monde pour échapper à la famine qui ravageait leur île.

If I Should Fall form Grace with God n'est peut-être pas le meilleur album des Pogues, et la version CD, qui contient deux morceaux (très dispensables) en plus, n'aide pas à voir toute la cohérence du disque original. Mais il reste un essai remarquable, sincère, et porté par une brochette de musiciens doués, un tournant très bien négocié pour un groupe qui avait beaucoup à perdre à se mettre en danger de la sorte. Ils en sont ressortis grandis.

Par tibou
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