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Le Feuilleton des éditeurs

Dimanche 19 juin 2005
On vit une époque formidable. Du moins en bande-dessinée. Ca couvait depuis pas mal d'années, mais là, ça y est, c'est presque une guerre ouverte qui a lieu devant nos yeux. Guerre d'éditeurs, guerre de visions de la bande-dessinée, stigmatisée par deux mecs qui n'ont pas leur langue dans leur poche : Jean-Christophe Menu, responsable et l'un des membres fondateurs de l'Association, et Mourad Boudjellal, grand patron des éditions Soleil. Et tout ça à propos de quoi? mais de plein de choses, ami lecteur, c'est bien ce qui rend cette bataille passionnante, et les réactions des professionnles et des lecteurs si passionnées.

On a l'impression que ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la sortie de ce petit livre rouge avant Angoulême.
plates-bandes
Certes, Plates-Bandes fut le déclencheur, tout le monde et n'importe qui se devant de donner son avis sur ces 70 pages, qu'il ai lu le livre, ou non, d'ailleurs. Mais les tensions existaient déjà, bien entendu, et elles se fasaient de plus en plus visibles.

Je ne vais pas m'essayer à un essai, lecteur, ce n'est certainement pas le but de ce blog. Néanmoins, il me paraît important de décortiquer un peu la situation actuelle, en prenant 2 points de référence principaux. Le premier est le susnommé Plates-Bandes qui fait la joie de beaucoup de gens et subit la vindictes de beaucoup d'autres. Le second sera le livre Les éditeurs de bande-dessinée, paru récemment chez Niffle. Un bouquin loin d'être parfait et qui fleure bon le bisounours, parfois, mais qui a le mérite de parfois receler quelques propos intéressants. Pourquoi cet antagonisme Association/Soleil, antagonisme simplifié et amplifié (un grand principes des forums,ça!) à l'extême par les intervenants de tous bords, mais aussi, et là c'est plus grave, par certains professionnels ? A leur tête nos grands amis d'ActuaBD, qui ne crachent jamais sur une bonne polémique bien dodue, et qui si possible tentent de la faire éclater, afin qu'elle éclabousse un peu partout. Ces mecs sont très forts!

les éditeurs de bande dessinée

Bien. Plates-Bandes. Un petit bouquin qui aura fait du bruit, tout d'abord parce que Menu tape. Oh, pas autant qu'on pourrait le croire. Mais il tape. Sur Soleil, bien entendu, et son superbe house organ (:o) ) Bandes dessinées Magazine, sur Casterman et sa collection Ecritures, et même sur certains petits éditeurs. Pour autant, la provocation ne doit pas dépasser 6 ou 7 pages sur les 70 qui composent le livre. L'essentiel est ailleurs? Oui et non. Parce que Menu tape juste, et fournit des arguments, qui dessinent des enjeux essentiels pour la bande dessinée de demain.
  1. Le format.
     
Menu excècre ce qu'il appelle le 48CC, le 48 pages cartonné couleur, tout d'abord parce qu'il s'agit d'un standard, et qu'"un standard, c'est mesquin, c'est bête comme un troufion au garde à vous" (JC Menu, in Les éditeurs de bande dessinée). Le 48 CC en est un parfait exemple. Proche du livre pour enfants (et pour cause, la bande dessinée s'adressait aux enfants en priorité, jusqu'à assez récemment), il est devenu le standard général, y compris pour la bande dessinée pour ados/adultes. Pagination insuffisante, carton inutile et surabondant, couleurs obligatoires, format aggrandi pour le vendre plus cher et faire "objet de luxe", prix élevé, caressage du collectionneur dans le sens du poil (pas d'albums qui dépassent dans la bibliothèque, dos harmonisés...)... Ce format accumule les tares et paraît de plus en plus idiot dans un marché de la bande dessinée de plus en plus diversifié, où le manga au format de poche et à la pagination importante ne cesse de prendre de l'importance. Ceci sans compter la tendance actuelle à faire de plus en plus des albums "à suivre", pour compenser leur taille réduite. Une aberration au sein d'une aberration, quoi.

Le gros lecteur est néanmoins difficile à convaincre. Il aime bien se retrouver en terrain connu. Pourtant, un paradoxe est apparu depuis quelques temps sur les forums de bande dessinée. Le lecteur a soif de reconnaissance. Il veut que l'on reconnaisse sa passion à sa juste valeur, que la bande dessinée soit considérée comme un art, et non une sous-culture pour adolescents attardés. Mais quel est un des principaux facteurs de cet état de fait, sinon ce standard à la con? Ah, il a l'air malin, le lecteur de bande dessinée avec son bouquin sous le bras, qu'on dirait un Martine à la campagne! Quoi? c'est fait pour les adultes? Ben pourquoi il y a plus de carton que de papier, alors? Les bédéphiles sont-ils si peu soigneux qu'il faille faire comme pour les gosses, renforcer le livre? Le standard contribue fortement à cantonner la bande dessinée dans un rôle de truc amusant et sympa (!) qui ne lui sied plus, s'il a jamais été seyant, d'ailleurs...

Le premier enjeu repose donc sur la forme, car elle conditionne complétement le fond. Des tentatives timides pour changer tout cela arrivent depuis quelques années, telles la collection "Ecritures" de Casterman, Tohu Bohu chez les Humanos ou les "Double expresso" chez Dupuis. On reste néanmoins dans un standard avec ces collections (cf. les nombreux exemples de livres que l'on a "forcé" à rentrer dans la collection "Ecritures", récemment, comme Julius Knipl ou Un Américain en Ballade), on ne fait que le changer. Menu fustige d'ailleurs Casterman en partie pour cette raison (l'autre étant le pompage assez évident de la maquette dela collection Ciboulette) Mais la diversification commence, et elle ne s'arrêtera certainement pas. Tout cela bouscule l'hégémonie du 48CC, qui n'est certes pas encore en danger, mais pourraît bien le devenir dans les années à venir, heureusement. De toute façon, la Franco-belge n'a pas le choix. Si le secteur ne repense pas sa manière de faire des livres, la déferlante manga de ces dernières années se poursuivra et finira par dominer complétement le marché, avec ce format poche à pagination importante et prix modeste.

Et ce n'est pas la tentative ridicule de Dargaud de faire du simili-manga en grand format cartonné qui va arranger les choses...

Bon, je m'aperçois, lecteur, que ça va être un peu long, alors je vais couper là. On va faire un grand feuilleton :o).

J'ai bien l'impression quand même que je suis en train de faire un essai, même si je m'en défend... Je t'ai menti, lecteur. Tant pis, va falloir supporter :o). Peut-être même que j'en ferai une version plus travaillée après pour Artelio. On verra.
 
Par tibou
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Lundi 20 juin 2005

2. Microcosme

C'est le grand cheval de bataille de Menu. On ne compte plus les phrases contenant ce mot dans son livre. Le monde de la bande dessinée serait donc un microcosme, un groupe de personnes n'aimant pas beaucoup s'ouvrir au monde, ayant ses propres codes... Vrai? Faux?

Vrai. Au moins en partie. Et cela date. Il faut dire, à la décharge des intervenants de ce milieu, que la bande dessinée a longtemps été un objet de moquerie, voire de rejet. On ne compte plus les gags d'Achille Talon fistigeant avec humour les piques, voire les accusations dont les auteurs de bande dessinée et le médium lui-même ont été victime. Les traces subsistent encore aujourd'hui. Les poncifs : "La bédé, c'est pour les gosses", "Tiens, tu lis ça, toi? T'es retombé en enfance?", "Tu fais quoi? Auteur de bande dessinée? Et ton vrai métier, c'est quoi?", nous les avons tous entendus, parfois ils nous étaient addressés. mais ce ne sont plus que des paroles sans réelle substance aujourd'hui, par rapport à il y a une 30aine d'années, des vestiges.

Mais cette persecution a eu un effet très pervers. Le monde de la bande dessinée (auteurs, éditeurs et lecteurs), se sentant rejeté, s'est replié sur lui-même, s'est fermé petit à petit autour d'un noyau dur. Se sont créées les librairies spécialisées où les lecteurs de bandes dessinées ne se mélangent pas avec les autres lecteurs, et n'ont pas à subir leurs piques. Les albums restent à la maison, de toutes façons, ils ne sont pas pratiques à transporter, surtout maintenant qu'ils sont cartonnés. Chaque fois qu'un journal daigne s'intéresser à la BD, c'est un massacre. De toutes façons, ils n'y comprennent rien, ils ne songent qu'à taper sur ce que l'on aime. Le phénomène de la collection accentue ce repli, créant un fétichisme de l'objet. La collection se montre à des personnes qui sauront comprendre. Et les éditeurs et les libraires encouragent ce phénomène : Tirage de luxe, TT, Ex-libris, éditions limitées, para-bd... la collectionnite s'entretient, elle rapporte.

Et puis on arrive dans la deuxième moitié des années 90. Le public s'élargit. Un âge d'or commence, sur beaucoup de points. On tape de moins en moins sur la bande dessinée franco-belge, de toutes façons, on a trouvé une autre tête de turc : le manga. C'est la mode, on fracasse le manga, y compris chez les lecteurs de franco-belge. Ben oui, c'est pas de la bd, ça, regardez moi c't'objet tout ptit, imprimé sur du papier-cul, et des dessins tout moches même pas en couleur. J'exagère? Souvenez-vous bien...

On pourrait croire que ce petit monde sauterait sur la première occasion de s'ouvrir à nouveau. C'est sans compter les habitudes tenaces. Quand un article paraît, aujourd'hui, dans la presse non-spécialisée, il y aura toujours du monde pour dire que le rédacteur n'y connaît rien. Il y en aura d'autres pour s'énerver que l'on interroge toujours les mêmes. Les librairies bd restent spécialisées en bd, ou, quand elles s'ouvrent, c'est souvent à des littératures que l'on a décrié de la même façon : SF, fantasy... La collectionnite se répand, certaines librairies faisant peur chiffre sur les statuettes et tout le para-bd plutôt que sur les albums eux-mêmes.Le standard, comme on l'a vu hier, à la vie dure, malgré ses défauts rhédibitoires, et reste le format privilégié par la plupart des lecteurs. Bref, le monde de la BD n'a, dans sa majorité, pas envie de s'ouvrir. On a voulu, il y a longtemps, l'enfermer dans une case "sous-culture pour ados attardés". On dirait que la case a plu, puisque beaucoup s'y complaisent aujourd'hui.

Voila la bataille principale. Celle du format, évoquée hier, n'en est qu'une conséquence. L'enjeu aujourd'hui, c'est de savoir si la bande dessinée est capable de passer le cap de la culture de niche, de la sous-culture, n'ayons pas peur des mots, et de s'ouvrir à ce qui l'entoure. Je ne parle pas des oeuvres. Les grands livres sont là. Je parle des acteurs : éditeurs, auteurs ET lecteurs. C'est là le propos de Menu, c'est là que la guerre des éditeurs et des lecteurs prend racine, pas ailleurs.

La suite ne sera pas pour demain, j'ai envie de parler d'autre chose, demain :o). Disons dans deux jours.


Par tibou
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Mercredi 22 juin 2005
La dernière fois, nous en étions restés à l'enjeu principal du texte de Menu : l'ouverture du microcosme de la bande dessinée à d'autres horizons, qui induisent une manière différente de faire des livres, et la réticence et même la résistance active de ce même microcosme (éditeurs, auteurs, lecteurs) à cette ouverture.

Cette guerre de l'ouverture, elle se fait, pour les éditeurs et les lecteurs, sur le terrain de la qualité, d'une part, mais aussi sur un terrain social, ce qui est plus étonnant.

Qualité, donc. Et cette qualité, on doit la retrouver partout, c'est à dire autant sur le fond que sur la forme. Les deux éditeurs indépendants les plus connus, l'Association et Cornélius (on pourrait en citer d'autres, comme Frémok), ont aussi bâti leur réputation sur le "beau livre", par opposition au tout venant des gros éditeurs, au risque de se couper d'une partie du lectorat en pratiquant des prix élevés (qui se justifient parfaitement lorsque l'on tient le livre entre nos mains, qu'on ne se méprenne pas). Nous sommes dans une vision exigente de la bande dessinée, sur tous les points : fond, forme (de l'adaptation d'un titre étranger à la maquette, en passant par le papier...), fabrication.

Une exigence souvent prise pour de l'élitisme chez certains. C'est une accusation facile à faire, d'autant que J.C Menu tend le dos à ce genre d'attaques, en se positionnant selon ses propres mots "contre" une certaine bande dessinée mainstream (la collection poisson-pilote, Donjon, la collection à (suivre) en son temps trouvent grâce à ses yeux, par exemple. N'oublions pas non plus que Menu a commencé à lire de la bande dessinée avec Spirou. Il ne cache pas ses influences classiques), en opposant "BD" et "livre", Soleil et l'Association. On notera néanmoins la nuance réelle entre le terme "contre" , qui place Menu au même niveau que ses adversaires, et "au-dessus", qui désignerait à ce moment effectivement une élite. Menu se place "contre", mais aussi "en avant" des autres, se voulant défricheur. Défricheur de talents différents, et défricheur de nouvelles voies à explorer en bande dessinée.

Cette position des anciens éditeurs alternatifs a toujours été claire. Pourtant, alors que l'on n'en parlait pas ou peu il y a quelques années, elle dérange aujourd'hui, manifestement. Pourquoi? Parce que ces éditeurs ont de plus en plus de mal à avoir une visibilité décente en librairie. Aujourd'hui, une bande dessinée standard est mise en avant quelques jours avant d'être remplacée, parce qu'il y a le nouvel arrivage qui pousse, de plus en plus fort. Alors imagine, lecteur, la visibilité d'un livre d'un éditeur alternatif. Tout cela sans compter que les petits ont toujours privilégié le long-terme et la valorisation de leur fond. Fond qui n'est plus une des préoccupations principales de la plupart des librairies, remplacée malheureusement par la recherche frénétique de place pour mettre les dizaines de nouveautés de la semaine.

La réaction logique de cet état de fait, c'est la prise de parole de plus en plus fréquente et de plus en plus virulente des aggressés : refus d'envois de Service presse, sortie de Plate-bandes, communiqué de presse annonçant le boycott de ces éditeurs de la fête de la BD..., les petits souhaitent faire prendre conscience au lectorat de la situation préoccupante dans laquelle se trouve le monde de la bande dessinée.
Par tibou
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Dimanche 26 juin 2005
On l'a vu, le discours des éditeurs alternatifs, Menu en tête (mais Gauthey n'a pas non plus sa langue dans sa poche) monte en aggressivité, et ne ménage pas les éditeurs importants, comme Soleil, Casterman, Delcourt ou les Humanos. Un discours qui cadre avec la position de Menu "contre" les gros éditeurs. Menu n'a aucune envie d'emmener le petit monde de l'édition de bandes dessinées vers des cieux meilleurs, il constate et se désolidarise nettement dans Plates-bandes du microcosme.

L'un des plus touchés, parmi les "gros", est Mourad Boudjellal, à la tête de Soleil et qui finance également le magazine Bandes dessinées Magazine. Loin de moi l'idée de reprendre une bataille pro et anti-Soleil sur ce blog, elle a lieu toutes les deux semaines sur ton forum préféré, lecteur, quel que soit le nom du forum. Cette bataille ne m'intéresse que peu. Par contre les raisons profonde de celle-ci m'intéressent au plus haut point. Et je pense que celles-ci vont un peu plus loin que l'opposition livre de qualité/daube HF brandie un peu partout.

Mettons avant tout les choses au point : je me situerais plutôt dans le camp de Menu. Je ne boycotte pas Soleil, j'achète, et je continuerai d'acheter certains de leurs livres. Ceux que je possède ne sont pas nombreux, mais de qualité. J'aurais du mal à dire par conséquent que Soleil ne sort que des étrons par paquet de douze. C'est faux, bien entendu. Voila qui est clarifié.

Par contre, il faut bien avouer que leur stratégie éditoriale n'incite pas à la qualité, loin s'en faut, et c'est là que je rejoins Menu. Soleil est complétement dans le microcosme cher à Menu. La stratégie Soleil, c'est la standardisation poussée très loin : format, thèmes, styles... , et le caressage du collectionneur dans le sens du poil : intégrales lanfeust "millésimées", plusieurs couvertures pour Lanfeust selon le point de vente... On valorise l'objet commercial, non le livre en lui-même et encore moins le contenu.

Je reviens sur le côté très standardisé, parce que je sens bien lecteur, que tu ne vas pas me laisser m'en tirer sans une petite explication. Force est de constater tout d'abord que si la plupart des autres font des efforts aujourd'hui pour proposer des livres à des formats différents, Soleil reste cantonné à son 46CC, grand format. Les maigres tentatives de changements (la collection Lattitudes, dont le prix (du au carton? je ne vois pas vraiment d'autre explication) prohibitif marginalise d'emblée le lectorat. En outre, le changement de format est pour le moins frileux, et rapproche la collection d'un ensemble d'objets de luxe. Les rééditions de vieux classiques comme le Spirit, elles aussi à des prix élevés) ne donnent pas l'impression que l'éditeur croit à ces alternatives. Pire, la collection Soleil levant, sensée présenter un mélange entre Franco-belge et Manga, ne réussit qu'à offrir une succession de clichés de manga (gros yeux, découpage sensé être dynamique, et qui ne réussit qu'à être fouilli) à scénario typique Soleil et enrobés dans le sacro-saint 46CC. Et Boudjellal de nous dire dans les éditeurs de Bande dessinée : "Mais demain, on va connaître un nouveau genre. On ne peut pas encore le définir avec certitude, ce sera le mélange du manga, des jeux vidéo et de l'héroic fantasy.(...) Pour vous dire à quel point j'y crois, je n'hésite pas à déclarer que la collection Soleil Levant sera à terme l'avenir de ma maison d'édition.". Tremblons.

Soleil ne pense qu'en terme de genre, de catégories, malheureusement. SF, Heroic fantasy, ce genre "nouveau" et artificiel qu'est la collection Soleil Levant... Tout est catégorisé, à tel point qu'on se demande ce que fait Farid Boudjellal dans ce catalogue, de même que Sylvain Ricard et Christophe Gaultier. Alors bien sûr, qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit, il peut très bien y avoir des pépites d'or avec ce système, les auteurs que je viens de citer en faisant partie, au même titre que Denis Bajram ou N'Guessan. Il n'empêche que ce système favorise les clones, et rend les choses plus difficiles pour les autres. Voyons le sort réservé par exemple à la collection Soleil kids, ou le départ de Ricard et Gaultier. Le clone, c'est plus facile à ranger, le lecteur va pouvoir le mettre dans son étagère fantasy à côté de Lanfeust (ou dans son étagère SF à côté de Kookabura). Et je ne dis pas non plus que ce système n'a pas cours chez les autres éditeurs. Mais Soleil a fait de ce système sa marque de fabrique.

J'ai écrit il y a quelques jours dans les commentaires que Menu (et aucune maison alternative à ma connaissance) n'était pas un élitiste. Je le maintiens. Pourtant, beaucoup de ses détracteurs l'attaquent en brandissant ce mot comme une insulte (ce qu'il n'est pas, jusqu'à preuve du contraire), et opposent la bande-dessinée de ces alternatifs à une bande dessinée "populaire" faite par des éditeurs comme Soleil ou Delcourt. Il faudra bien se rendre compte pourtant qu'aujourd'hui, la bande dessinée Franco-Belge n'a plus grand chose à voir avec le populaire (et le manga est en passe de prendre le même chemin, ce qui est une abérration totale), n'en déplaise à Boudjellal. Comment qualifier de "populaire" un medium qui se vend par tranches de 46 pages à 12 euros 50 ? La bande dessinée fut populaire, de cela il n'y a aucun doute. Les petits formats, les albums brochés, tout cela faisait que la bande dessinée était abordable par à peu près tout le monde. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les gros éditeurs veulent faire du populaire ? Qu'ils changent leur format (encore une fois), qu'ils arrêtent de valoriser l'objet commercial et se décident à faire des livres abordables, qu'ils se débarassent de cette saloperie qu'est le carton, qu'ils arrêtent de nous prendre pour des imbéciles avec ce "grand format" apparu seulement pour augmenter le prix du livre, bref, qu'ils cessent de nous vendre une fausse apparence de luxe, comme une fiat panda à laquelle on aurait fixé un bouchon de radiateur Rolls Royce. Le bouchon, on s'en fout, on veut juste la bagnole. Le créneau populaire, c'est du côté du manga qu'il faut aller le chercher aujourd'hui, pas du côté du Franco-belge. Et encore, plus pour longtemps. Bref, si un éditeur veut faire du beau livre, qu'il le fasse, avec le sérieux et la rigueur d'un Cornélius, par exemple. S'ils veulent faire du populaire qu'ils le fassent comme ils savaient le faire il y a une vingtaine d'années. Le populaire, ce n'est pas faire des catégories à la con et raboter ce qui dépasse, ce n'est pas faire attendre un lecteur 1 minimum an pour 46 pages à suivre, c'est faire des livres abordables, dans tous les sens du terme. La forme conditionne en partie le fond. A format standard, produit standard (et j'utilise le terme "produit" intentionnellement)

Malheureusement, aujourd'hui, on semble ratatiner ce terme noble et en faire un vague erzatz synonyme de clone facilement identifiable. Triste destin. Le popualire, c'est aussi la diversité des thèmes et des styles. Donjon le prouve à chaque album.

J'ai dit que nous vivions une époque formidable. Je le maintiens, malgré cette conclusion un peu défaitiste. Nous sommes à un tournant. C'est demain que va se décider une nouvelle façon de faire de la bande dessinée, que nous nous débarasserons de toutes ces casseroles. Pour la périodicité accrue, plusieurs tentatives interessante (du point de vue du concept) sont apparues : Donjon, bien sûr, mais aussi Le décalogue ou La compagnie des glaces quand le système sera rodé. Pour le prix; les Best-sellers Glénat d'il y a deux ans étaient une idée excellente, malheureusement pas renouvellée Par contre, l'attrape couillon de Delcourt et Soleil (1er tome à prix réduit, après on paie le prix fort) n'est qu'un misérable cache-misère. Niveau format, ça bouge timidement (Casterman, qui semble tiraillé avec sa collection Ecritures entre se démarquer (format) et rester dans le rang (maquette, standard). Il y a cependant un problème de fond avec cette collection : on semble vouloir se rapprocher du beau livre, mais sans s'en donner les moyens. Etrange).

Les changements, cela s'accompagne toujours de tiraillements, de coups de gueule, de prises de positions tranchées. On le voit ici avec cette cristallisation des avis autour de Menu le Pitbull et de Boudjellal le faux Caliméro. Choisir mon camp ? Oui, celui de Menu, quand il dit que chacun se doit de faire son boulot. En l'occurence, que les gros fassent de la bande dessinée populaire, c'est mon voeu le plus cher. Qu'ils arrêtent de le dire et qu'ils se sortent les doigts du cul une bonne fois pour toutes.
Par tibou
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