là tout de suite


 

allez, chansons tristes :

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la Bête immonde

Samedi 11 novembre 2006

Aujourd'hui, Satan est entré dans la maison.


Il fait froid. Sombre. Le vent souffle et se glisse dans chaque interstice de cette maison mal isolée pour me siffler dans les oreilles et me glacer les os. A la télé, étrangement allumée, un mélange de Droopy et d'ado de 14 ans en pleine de crise de ''Le monde il me déteste alors je l'encule à sec, mais je mets une capote avant parce que je suis un petit être délicat '' s'avale 3 valium avant d'ouvrir grand sa bouche pour laisser passer une sorte de barrissement, qui tient autant du cri de l'éléphant de mer frustré de s'être fait piquer toutes les femelles du coin et essayant de se soulager solitairement à l'aide de ses nageoires (souhaitons pour lui qu'il ait travaillé sa souplesse) que du martellement d'un pic vert tentant de sortir de ce okiohug de tronc de meeeeeerde l'asticot dodu qui s'y est douillettement niché.


Pas de doute, je suis devant la Starac'.


L'angoisse m'étreint. Je me sens déjà différent. Mes neurones se réassemblent dans ma tête, je peux presque les voir, hystériques, dansant la gigue, tombant raides devant les ondes maléfiques transmises par le mutant dans la boîte.


Il est temps d'agir. Je plonge.


La télécommande est à 4 mètres. C'est une question de 10e de secondes avant que je sois changé à jamais. Ma vie future s'étale devant mes yeux. Au moment où, dans le paroxysme du cauchemar, je me vois ouvrir un skyblog où je montrerais ma plastique de culturiste (et où je m'appellerais Izbul, tiens, pourquoi pas), ma main frôle, puis étreint convulsivement le boîtier de plastique noir, seul garant de mon salut. Mes mains sont moites. Elles glissent sur les touches, alors que je commence à convulser dans d'atroces souffrances. Mes membres obéissent difficilement, mais, dans un dernier sursaut de lucidité, je réussis à rassembler mes maigres dernières forces et à appuyer sur une touche. Laquelle, je n'en ai aucune idée. Je n'en ai cure. J'explose la télécommande. L'hystérie décuple les forces, dit-on. j'en paierai le prix plus tard, je le sais, mais pour l'instant, la seule chose qui m'importe, c'est que le truc vaguement humain et hurlant dans le poste est remplacé par un chauve en costard cravate m'informant qu'il reste une schlitte dans les Vosges, et que c'est une femme qui la conduit, ou un truc du genre.


Je suis sur France trois Lorraine, c'est les infos.


Je m'écroule sur le parquet flottant, haletant, en sueur, la main douloureuse, la tête comme un compteur à gaz. Hurlant d'un rire salvateur et soulagé.


Comment je lui ai niqué sa gueule, à Satan.


C'est à ce moment que mon frère entre, avec mon neveu de 7 mois que je dois garder tout le week-end


_ Salut gamin, bon, je te préviens, le gosse a la crève et une conjonctivite. Et j'ai oublié les couches, faudra en acheter. Allez, bye.


Satan, tu le fous à la porte, il entre par la fenêtre. Le gosse me regarde en chouinant. Son oeil droit est laiteux, une espèce de mucus blanchâtre en sort.


Je sens déjà que ça me gratte l'oeil.


L'enculé.

Par tibou
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Dimanche 12 novembre 2006

Voilà. La Bête est partie. On a beau dire, mais les gosses malades, même si c'est pas des foudres du cri intempestif et du chignement plaintif d'habitude, c'est un peu beaucoup chiant.


Un petit bilan, donc.


Déjà, la Bête, la voilà :



Tu remarqueras tout de suite le sourire de fourbe. Il doit tenir ça de son père. En plus, là, on dirait bien qu'il louche, et ça, c'est le signe du Démon, pas de doute. Bref, j'aurais dû me méfier un peu plus.


Première épreuve de ce début de week-end, acheter des couches (oui, rappelle-toi, son père, qui se trouve être mon salopard de frangin, les avait oubliées (je le soupçonne d'être à la solde de son fils. Il a dû l'envoûter et lui fait faire rien que des méchancetés qu'elles sont pas gentilles pour moi après. Pas que ça le change, mais j'ai enfin une explication à cet acharnement qui dure depuis ma plus tendre et innocente enfance). Sache qu'il est 18h30, que l'Inter (heureusement à quelques minutes à pieds. Il y a des choses que même le Démon ne peut changer facilement) du coin ferme à 19h, que j'ai une fêlure au pied droit, que je n'ai pas de voiture, qu'il va falloir emmener le marmot, sa crève et sa conjonctivite en vadrouille, qu'il pleut et qu'il fait froid.


Ma grande tante m'a toujours dit que je devrais plus souvent brûler des cierges à l'église. Ça fait fuir le Mal. Moi, comme un con, j'ai plutôt suivi les conseils de mon grand-père qui racontait ses histoires de cuites et de virées au bordel alors qu'il devait monter la garde pendant la guerre de le monde version 2.0 (oui, il appliquait à la lettre le ''faites l'amour, pas la guerre'' (ciel, j'ai égaré mon carburateur), c'était un homme de bien). Me voilà bien puni.


Bon, les couches. Mettre le marmot dans la poussette. Les poussettes modernes, c'est vachement compliqué. Celle du frangin, elle fait aussi siège auto, landau, berceau, machine à café, frigo et chasseur Rafale. Je fais donc ce que tout homme sensé et au courant de la technologie moderne ferait à ma place dans un cas comme celui-là.


Je brûle donc la poussette en dansant autour et en poussant des borborygmes d'orang -outang, puis je porte le gamin braillant dans mes oreilles jusqu'au supermarché. Oui, parce que, détail amusant, il a fait popo. Cette virée au supermarché tourne donc à l'opération de survie. Réussir ou mourir en essayant. Mais je tiendrai. C'est pas un môme de 7 mois (et accessoirement de 8 kilos, il est aussi gras que son oncle, ce ptit con) qui va m'apprendre la vie.


Soulagement, une fois arrivés dans l'antre de la consommation, le ptit mec ne pleure plus. Il a trouvé un truc bien plus marrant, qui consiste à se servir de la manche de ma veste pour se faire les dents, et accessoirement pour la couvrir d'une bave accompagnée parfois de charmantes glaires du plus bel effet.


Je songe à le sacrifier au rayon boucherie et à mettre ses organes sous cellophane avant de leur coller une étiquette Label rouge. Mais jeulfé pas. Je suis faible, oui.


Par contre, il y a quand même un truc terrible, c'est que tenir un gamin dans ses bras au rayon couches, ça attire la gent féminine. Ou alors c'est les 20 kilos que j'ai perdu. Ou alors c'est la bave qui coule de ma veste et forme un filet par terre qu'on peut me suivre à la trace. Ça me fait penser à une histoire du manga Spirale (Tonkam, 3 volumes, 'achement bien, tu cours l'acheter. Non, attends, tu finis de lire et tu cours l'acheter. Non attends, tu cours l'acheter demain, c'est dimanche. Non attends, tu le commandes sur internet. Voilà, tu fais ça.), et plus particulièrement à cette case :




Mais bon, en fait elles doivent être plutôt attendries en fait, parce qu'elles sourient à la Bête. En fait. Si en fait elles savaient... (je mets plein d' "en fait" si je veux.)


Lui, il s'en fout, il continue à mordiller la veste que les copains m'ont acheté pour mon anniversaire, et vu les grognements de contentement qu'il pousse, il aime mon adoucissant.


Je passe rapidement sur la courette pour arriver à la caisse avant la fermeture, sur l'inévitable veille courge devant qui a pas encore compris l'euro et qui a décidé de s'offrir un cours de rattrapage par la seule caissière encore en service à cette heure indue. Elle a apparemment décidé de payer ses 24 euros 54 (oui, je me souviens encore du prix de ses boîtes de kwiskas 3 étoiles spécial chats gourmets préparés à la main par Joël Robuchon, le plus grand cuisinier du monde de France Trois entre 11h et midi selon www.grabataire.com. C'est dire.) en pièces de 5 centimes de francs.


C'est là que je me dis que ma mère avait raison. Le Yoga, des fois, c'est vital. Ou la culture des bonsaïs. Ou la vaisselle. Je sais pus. Ça devait être la vaisselle, c'était un jour où elle est entrée dans ma chambre d'étudiant pour me faire une surprise. Étrangement, elle n'a jamais reproduit l'expérience. Pis elle a jamais fait de Yoga. Et elle a que des géraniums. Donc ça n'a rien à voir, en fait. (oui, EN FAIT)


Bref, l'opération ''la couche ou la vie'' est enfin couronnée de succès, reste pus qu'à le changer. Je dois avouer que pour moi, c'est une première. Ça meublera donc bien une note de plus. Pis là j'ai la flemme, merde, c'est dimanche!


A suivre, donc.


Par tibou
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Lundi 13 novembre 2006

Bien. Imaginons un peu... j'ai le matériel, y compris l'élément principal : les couches mes couilles que même ma grande tante incontinente qui boit 4 l d'eau par jour et qu'on appelle le robinet humain et qu'à chaque fois qu'on la change les pompiers sont là pour prévenir les dégâts des eaux, elle les fait pas fuir ( nan, pas fuir, bordel, FUIR, tu vois ? Fuir, quoi, pas fuir... Ah pis merde! ). Le gant de toilette est là, à portée de main, la table à langer de voyage aussi, ya tout ski faut dedans... Reste plus qu'à avoir la technique, mais je suis pas le débutant qu'on pourrait croire, hein, j'ai maté les Maternelles, la veille.


...


Bon, OK, j'ai maté Karine Lemarchand, la veille. C'est dire si je suis au point. Et je suis doué naturellement (sans parler de mon expérience personnelle qui commence à chiffrer ) pour tout ce qui touche au caca. Bien.


Je vais chercher la Bête qui braille tout ce qu'il peut sur son tapis d'éveil. Bon, je le comprend, la merde au cul, fût-elle la sienne, c'est jamais facile à supporter. N'empêche, je lui fourre sa totosse (que ma mère, dans son langage toujours fleuri de directrice de crèche appelle avec une moue dédaigneuse un ''ferme ta gueule''. Je crois qu'elle n'aime pas trop les totosses.) au fond du gosier, et effectivement, il ferme sa grande gueule pour tosser avidement le bout de caoutchouc. Quand j'étais gosse, fallait qu'on se démerde avec les moyens du bord, nous. Le pouce ou rien. Les gosses d'aujourd'hui, c'est rien que des privilégiés.


Il faut aussi te dire que ma famille proche est un peu renseignée en ce qui concerne les bébés : 2 infirmières puéricultrices, 1 directrice de crèche, donc, le reste s'étant au moins tapé deux gosses et bossant pour la grosse majorité d'entre eux dans le milieu médical ou affilié, (7 infirmier(e)s en tout, deux pompiers )... Je vois un peu ce week-end comme un test. C'est un peu stressant.


Alors je répète les gestes à faire mentalement, puis à vide, dans l'air. Et oui, j'ai l'air con. Mais je gère. A mort. Je ne tremble pas du tout. Enfin, pas plus que d'hab.


Inspiration...


On y va. On enlève la couche, je mets à peine dix minutes à comprendre par où ça se détache, je m'épate.


-1ère constatation : le cul de la Bête ne sent pas le souffre, mais bien le putois mort, à vue de nez, depuis une bonne semaine.


-2e constatation : c'est rien qu'un ptit joueur, il a même pas la chiasse. J'en rigole presque. Ça va être vite plié, je te le dis. Mes gestes sont ceux d'un professionnel aguerri. Je nettoie en passant le gant dans le sens qu'il faut (de la quéquette au cucul, pour les incultes, jeulsé, c'est Karine Lemarchand qui l'a dit quand je la matais ). Hop lotion pour éviter le cul rouge, hop recouche, à peine 5 minutes pour savoir comment la refermer, je bats mes propres records à une vitesse phénoménale, je m'applaudirais moi-même si je n'avais pas les mains occupées, je m'apprête à boucler la Bête...


C'est donc à ce moment précis, bien évidemment, que ses yeux devinrent subitement jaunâtres, que ses pupilles s'allongèrent jusqu'à ressembler à celles d'un chat et que, m'adressant un sourire qui glacerait le sang à tout humain normalement constitué et à moi aussi (celui-ci, souviens toi, lecteur: Oui, il te faut regarder l'innommable en face), il me pissa abondamment dessus.


L'enculé.


Il faut aussi savoir que la Bête est circoncise. Pas qu'elle soit juive ou musulmane, juste qu'elle est née avec la peau du zgueg qui lui serrait trop la nouille, alors hop, amputation du prépuce. Je suppose qu'il se venge de l'humanité, maintenant. Mais l'important, c'est que quand on est circoncis, le jet d'urine à tendance à partir façon Karcher, en l'occurrence sur ma figure et sur mon T.shirt. Après la veste, ça commence à faire beaucoup.


Lui, il rigole.


L'enculé.


Bien sûr, il s'en est aussi foutu partout, y compris sur ses doigts qu'il porte avec délectation à la bouche. J'avoue regarder cela avec un plaisir sadique teinté de culpabilité. Mais comme c'est bon, la culpabilité, ça n'en rend la scène que meilleure. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Hop re-gant de toilette (un nouveau gant, hein, j'écoute Karine Lemarchand, même quand je la mate, moi, et elle dit qu'on ne lave pas un bébé avec un gant plein de merde. Je trouve qu'elle fait pas dans l'économie, Karine, enfin baste.), re-couche, re-lotion, tout le bordel, je ferme la couche.


J'entends Karine me sussurer sensuellement à l'oreille : ''Oh, my hero, you did it!'' (oui, elle me parle en Anglais quand elle me sussure à l'oreille, Karine. Elle est aussi en nuisette, va savoir pourquoi. Elle pourrait l'enlever, quand même, on est entre nous.)


I did it indeed,. Did you have any doubt?


Karine, elle a pas très très confiance en moi, quand même.
Par tibou
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Mercredi 15 novembre 2006

La Bête est propre.

Je peux désormais croire aux miracles. Par contre, en ce qui me concerne, le bilan est mitigé. Je n'ai plus de pied droit après la ballade à l'Inter, ma veste dégouline de bave verdâtre, mon T-shirt est un brin plein de pisse, ma figure et une partie de ma belle chevelure sont humides du même liquide, je pue, j'ai faim, j'ai soif, et je contiens difficilement une envie de plus en plus irrépressible de balancer le monstre par la fenêtre.


Mais sinon, ça va.

Après tout, il va aller au pieu, le machin, ça me fera des vacances.


Ahahaha, étais-je naïf, me dis-je maintenant, fort de cette expérience fondatrice (n'ayons pas peur des mots).

Ben oui, hein, les bébés, quand c'est pas chez eux, ça a peur.

Et quand ça a peur, devinez ce que ça fait? (vous avez dix secondes). Hmmm? Oui, au fond? Ça? Tout à fait! Ça chiale en mode ''cri d'Axle Rose'' (légèrement aigu et vrillant, pour les ceusses qui n'ont pas eu la chance de connaître les fantastiques Guns and Roses).


Biiiien. Reprenons. Je suis dans un état à faire fuir un putois au nez cassé, et la Bête chiale sa mère. Pas de doute, c'est l'heure des chansons. Je sors mon arme secrète, en l'occurrence un livre musical que le frangin m'a filé avant de s'enfuir comme un lâche sous le fallacieux prétexte qu'il a un boulot. Mon frère il est un peu bien con. Ses armes secrètes, ça vaut pas un pet de lapin. Quand même, un bon valium et hop on n'en parle plus. Mais non, monsieur ne pense pas. Il me refile le Diable en pension, et il faut que je lui nique sa race à coups de "mon beau sapin, roi des forêts"

 

je sens qu'il va rire.

 

L'enculé.


Première constatation : le bruit du machin, s'il couvre un peu celui du ptit mec, doit être encore plus insupportable à écouter. Je songe à exprimer à mon frère le fond de ma pensée après demain. Avec modération. Celle avec les clous rouillés.


J'enclenche le mode réflexion : ... ... ... ... ... ... ... (en bruit de fond, on imagine un waaaAAAAaaaAAAAh modulé que c'en est une merveille de cassage d'esgourdes et une voix nasillarde qui chante ''une souris verte'' d'un air enjoué)... ... ... Crrrztt. * plop * (pendant que mon cerveau grille les fusibles qu'il lui reste, le môme a apparemment décidé de passer à l'octave supérieure)


Bien. Les grands moyens, donc. Réflexe de survie. Je prends le livre dont j'arrache fébrilement les piles avant de les manger convulsivement en poussant des borborygmes indistincts. Puis, je m'approche, la bave aux lèvres, du petit monstre qui redouble de hurlements, et lui demande poliment s'il ne voudrait pas fermer sa grande gueule s'il te plaît.


Apparemment non.

 

Mon approche subtile ne doit pas être la bonne.


Va falloir que je chante moi-même, je le sens. C'est risqué. Il pourrait être définitivement terrifié. D'un autre côté, j'ai pus grand chose à perdre. Je me penche au dessus du lit, et commence à entonner un chant indistinct (oui, ben hein, j'ai pas mon bafa moi, j'en connais pas des chansons, bande de gros malins).


Ça a pas l'air efficace. Je persiste. Je commence à être un peu étourdi par ma propre odeur. Résister. Tenir jusqu'au bout. Je m'accroche, je continue inlassablement ma mélodie atone. Je souris, même, en pensant à des choses agréables : sa décapitation, son écartèlement par 4 poneys sous les yeux de son con de père... Enfin des trucs qui mettent du baume au coeur, quoi. Il me semble que ses hurlements ont baissé d'un ou deux décibels. C'est un peu dur de se rendre compte, j'ai une oreille fracassée par son braillement qui m'a surpris pendant mon odyssée au supermarché et l'autre bouchée à la pisse. Je me sens sombrer doucement dans l'inconscience. S'il n'abandonne pas vite...


Mais je ne rêve pas. La Bête perd pied. Elle fatigue. Mon endurance commence à porter ses fruits.

Surtout ne pas crier victoire trop vite (et ne pas crier du tout serait aussi quelque chose d'intelligent à faire), la Bête est pleine de ressources, et fourbe comme une hyène, elle l'a déjà prouvé. Je subodore un piège machiavélique. Mais non. Les yeux deviennent lourds, les hurlements se transforment en piaillements plaintifs, puis en soupirs encombrés. Et finalement, la chose se produit. Il ronfle.


Il est endormi.

Je retiens une larme de bonheur. Je m'éloigne sur la pointe des pieds. Il ne se réveille pas.

Je me demande si je ne rêve pas. Je me pince.


Non, il pionce toujours comme un loir. J'irais bien hurler ma joie à la Lune, mais jeulfé pas, pas folle la guêpe, il serait capable de faire une connerie.


J'hésite, malgré une puanteur qui commence à me tourner la tête, à aller prendre une douche, la salle de bain étant juste à côté de sa piaule.


Je vais encore attendre un ptit quart d'heure, pour être sûr.


L'émotion m'étreint alors avec force. Je réalise que je lui ai mis sa pâtée, à l'autre. Je me sens grand. Je suis le roi du monde. J'ai vaincu. Dans un élan de fair-play qui m'honore, je trouve, je me dis qu'il fut un adversaire valeureux, même si ses pitoyables tentatives étaient vouées à l'échec. Je suis beau.


Mon érection est triomphante.

Par tibou
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Jeudi 30 novembre 2006
Il faut que je te dise. Samedi, j'ai été invité par ma belle soeur sous le fallacieux prétexte que c'est son anniversaire. J'aurais du me méfier, c'était louche dès le départ, ma belle-soeur étant accessoirement la mère de la Bête. Mais si souviens-toi :


Lui-même.


Elle avait donc un plan machiavélique en tête, plan consistant à écraser comme une merde ce dimanche pendant que son Tiboudbeauf nettoyait celle du cucul de son fils.


De merde.


L'enculée.


Mais je reprends du début, hein, parce que je vois bien que tu es largué et après tu vas me reprocher de tout faire dans l'obscur même pas clair pour faire mon ptit con de gars qu'aime quand les gens ils comprennent pas et après il sirote des margaritas avec ses potes en se foutant de ta gueule.


Alors que pas du tout.


La veille, parce que je te la fais chronologique et simple et tout (et non, je te prends pas pour un con, je bois même pas de margaritas, c'est dire). Donc, on arrive avec les cadeaux et les coquetiers (comprenne qui pourra), et bien entendu, dès que j'entre, qu'entends-je, qu'entends-je ? J'entends-je un gosse qui éternue.


C'est mal barré. Je souris quand même, de mon sourire ''j'hypocrise à mort, mais dans la joie, la gaieté et la détente de tout mon être''.

Mon frère me demande si je suis constipé. J'élude habilement la question, tout en maudissant la perspicacité des cons, en posant celle qui me brûle les lèvres depuis que je suis entré : ''et ton chiard charmant bambin, comment va-t-il?''


''_M'en parle pas, il a la crève depuis ce matin, ça allait tout bien hier, et là il crache des glaires toutes les deux minutes et il chouine tout le temps.''


...


Je commence à avoir des sueurs froides. Il est donc en mode ''Satan''. Il va falloir être fort.


Heureusement, il va vite au pieu, de toutes façons ses géniteurs sont là, ils se démerdent avec, faut pas déconner. Soirée familiale, avec ce que ça comporte comme conneries proférées, comme bouteilles éclusées et comme surprises super de la balouze présentées. Le frère de la belle-soeur a amené sa copine, fille d'un gros ponte du pétrole français au Qatar (Claude, t'es trop con, tu l'as laissée passer celle-là, franchement...), on parle croûtes, ménopause et caca, bref des sujets passionnants comme seule une réunion familiale en Moselle peut en fournir. Je me demande si je n'ai pas une certaine influence sur les discussions depuis ma super maladie...


Ma méfiance s'endort, la salope, en même temps que s'évanouit sous nos yeux la forêt noire de 5 kilos (dont 4 de beurre) qui nous fait office de dessert.


Pourtant, le doute aurait dû me titiller le cervelet quand je les ai entendu dire qu'ils allaient faire la grasse mat' en sortant la gnôle. Mais non, moi, comme un con, je rigole avec le grand-père de la belle-soeur. Je me mettrais bien des baffes.


Ce matin, donc. Réveil difficile. Un ''IIIIIIIIIIH'' aigu me vrille les tympans. Je songe d'abord à la chasse d'eau qui fait un peu un bruit de missile sol-air fonçant sur sa cible quand elle est en forme. Je songe à présenter ma façon de penser à l'importun à coup de tatanes bien polis dans son fondement, avant de réaliser que la force n'est pas avec moi aujourd'hui. L'intelligence non plus d'ailleurs, mais là j'ai l'habitude.


Mais non, ce son-là est reconnaissable entre tous.


La bête a faim.

Les ronflements en stéréo que je perçois (enfin, qui font vibrer les murs de la baraque, plutôt) me font penser qu'aucune aide ne viendra, ni des parents indignes du môme, ni de la grand-mère infirmière puéricultrice-directrice de crèche ''que je sais m'occuper des gosses moi ptit con mais là je pionce alors tu me lâche la grappe''. En d'autres termes, c'est ''démerde-toi land''. Je commence à comprendre pourquoi j'ai été invité.


J'aurais dû laisser les coquetiers à la maison, définitivement.


J'entre avec circonspection dans sa chambre. Le bruit qui s'accorde tellement bien à mon mal de crâne que c'en est une merveille, enfin je me comprends, est insupportable. Disons le. Première étape, donc, lui faire fermer sa grande gueule.


J'allume la lumière. Fatal error, man. La lumière ça éblouit, ça fait mal aux yeux, ça fait chialer. En tous cas chez lui, ça double les décibels de ses cris.

Je reste calme, tu me connais, maintenant, je sais gérer et tout. Je ne mets donc que 5 minutes à peine avant de trouver la totosse qui se trouvait devant moi, et je n'ai foutu par terre que la moitié de la chambre.

Je m'étonne moi même de ma sérénité


Fort de ces capacités hallucinantes, j'approche du machin qui a arrêté de crier dès qu'il m'a vu. Il a son sourire de fourbe. Et la morve au nez. Ah mais attention, je ne parle pas d'un ptit filet transparent que j'en rirais de soulagement, non. Je parle d'un opercule séché qui lui bouche les deux narines, maronnasse, que même au marteau piqueur ça doit être super simple à enlever. Tu m'étonne qu'il gueule tout ce qu'il a, le machin.


Bon, j'ai besoin d'équipement. Je me souviens alors des bons conseils d'Hannibal Smith dans l'agence tout risques (j'ai les références que je peux et je t'emmerde). Préparation, organisation.


Sérum phy. Check.

Coton-tiges. Check

Table à langer. Check.

Gosse. Check


Bien. 1 : Gosse sur table à langer. Ça c'est facile, et dans sa grande bonté, il n'éternue que deux fois sur moi pendant l'opération.

2 : sérum phy sur l'opercule de morve, histoire de ramollir tout ça. Il aime pas. Une joie sadique m'envahit, un peu comme quand je lui ai pris la température il y a deux semaines. Mérite que ça. Gestes sûrs, limite pros. Demain, je fais auxiliaire de crèche sans soucis, tellement je m'impressionne.

3 : Déblayage de la morve. Il aime encore moins. Je me reçois en pleine face son arme secrète qu'il a du apprendre de son maître chinois centenaire sous les chutes du Xian-Te-Xiou au Tibet, j'ai nommé le cri qui tue. Ou alors il était livré avec. En tous cas, c'est efficace, pas de doute. Mais moi aussi j'ai de la pratique, sans parler du fait qu'il m'a déjà fait le coup et que je suis sourd de l'oreille droite depuis. On m'a pas comme ça. Maintien de la tête en place d'une main, extirpation de la substance maintenant gluante de l'autre. J'ai l'impression de jouer au docteur maboul, dès que je touche le nez, le neveu de l'Enfer fait BIIIIIP.


Ou plutôt WWAAAAAAAAAAAAAAAAHHH! Mais c'est pour le bien de la comparaison, tu me pardonnes. Si.


Fini. En a peine une demi-heure. Je regarde Hannibal Smith allumer un de ses barreaux de chaise et mettre sa main sur mon épaule.

''J'adore quand un plan se déroule sans accroc''

A ton service, mec.

Bien sûr, c'est à ce moment qu'une voix me fait sursauter, celle de la mère du ptit gars, à peu près aussi vrillante que celle de son fils.

''Oooh, tu l'as nettoyé et tout? Mais fallait pas, t'aurais du nous réveiller''

Apparemment, elle n'a pas conscience qu'il y a 5 minutes encore, un 15 tonnes lui roulant dessus lui aurait à peine fait tressaillir une narine.

C'est décidé, je reprends les coquetiers, bien fait pour sa gueule.


Pour ta gouverne et aussi parce que j'aime te faire rire, petit(e) canaillou(te), sache que depuis 4 jours, j'ai un rhume de derrière les fagots, avec fièvre et tout le tremblement.


Je crois que ce n'est pas la peine de lutter, le démon m'aura à l'usure.

Par tibou
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