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La musique adoucit-elle les moeurs?

Mercredi 29 novembre 2006

Texte qui vagabonde sur les rythmes lancinants du dernier album de Morphine : The Night.


Il a chaud. A côté de lui, elle respire doucement, renifle un peu, parfois. En fond sonore, Morphine, son saxophone traînant, sa basse et sa batterie paresseuses, et la voix de Mark Sandman, grave, suave, douce, épouse l'humeur mélancolique que cette étouffante nuit d'été a distillé en lui.


Il se demande comment elle peut dormir. Tout à l'heure, elle cherchait son peignoir, se promenait nue dans la pièce, gracieuse, son petit corps tout en rondeurs encore humide de la douche froide qu'elle venait de prendre. Elle souriait, le narguait. Lui, comme d'habitude, ne pouvait regarder ailleurs. Elle occupait tout l'espace, emplissait totalement son champ de vision. Mais même cette vue, même ce sourire n'avaient pas vaincu la torpeur qui l'avait envahie.


Ils n'avaient pas fait l'amour. Trop chaud, trop lourd, trop envie de rien. Et maintenant, il se lève, vers le frigo et la bouteille d'eau qui s'y trouve. Il la regarde en buvant. Tout à l'heure, elle avait l'air si vivante, si belle. Mais là... Elle n'est plus là. D'elle, il ne reste qu'un tas de chair vide, une coquille qui attend le retour de sa propriétaire, probablement partie dans un endroit supportable. L'Islande, peut-être, elle aime bien l'Islande, le contraste du climat glacial et des geysers bouillants. Ou la Laponie. Les histoires qu'elle préfère viennent de ces pays, froids, arides. Parfois, elle lui demande d'en raconter une, elle dit qu'il sait faire passer des choses avec sa voix qu'elle ne parvient pas à imaginer, mais lui ne connaît que peu de récits de ces contrées. Ses voyages imaginaires, il les vit dans une Asie fantasmée, dans le gigantesque palais sous-marin du Prince-Dragon, en compagnie des danseuses les plus douées du monde. Elle le taquine souvent gentiment là-dessus, se demandant à haute voix pourquoi il avait jeté son dévolu sur une boule blonde alors qu'il rêve de lianes brunes aux yeux bridés.


La réponse est toujours la même : lorsqu'elle bouge, il est fasciné. Mouvements fluides, qui coulent, sans à-coups. Lorsqu'elle fixe sa bouche qui lui conte des pays lointains et imaginaires, il voyage avec elle. Elle l'emmène loin, et ne part presque jamais sans lui.


Sauf quand elle dort. Quand elle dort, elle s'en va seule, l'abandonne.


Il monte dans le lit, la réveille sans le vouloir. Elle se retourne, encore à moitié endormie, l'enlace, cherche sa bouche, renonce, pose ses lèvres dans son cou. Lui l'observe, à moitié ici, à moitié ailleurs. Il lui rend son étreinte, se colle à elle, trouve ses lèvres.


La chaleur est toujours là, mais ils feront avec. Après tout, ils sont de nouveau partis, loin.


Take me with tou when you go now

Don't leave me alone

I can't live without you

Take me with you when you go.


Morphine, Take me with you,

in The Night.

Par tibou
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Samedi 2 décembre 2006

Ce texte déterre les cadavres que l'album Murder Ballads de Nick Cave and the Bad Seeds a mis six pieds sous terre.



Tu respires mal. Il fait froid, et noir. Une obscurité totale, angoissante. Sous tes mains, une substance humide. De la terre.

Il serait étonnant que de la terre se soit frayée un chemin jusqu'à ton lit. Tu réalises donc, même si cela te paraît à peu près aussi improbable, que tu as été transporté pendant ton sommeil.


Où?


Tu tentes probablement de te lever, et c'est à ce moment que tu te rends compte, peut-être en te cognant au couvercle en bois, que tu es enfermé. Quelque part, sous la terre, selon toute probabilité. Dans une boîte de 2m sur 2, et 1m de haut. Sois heureux, je t'ai laissé de l'espace.


La panique doit te gagner, maintenant, tu cognes de plus en plus fort tes petits poings contre le plafond de ta nouvelle demeure, tu cries, puis hurles, hystérique, à l'aide. Tes yeux s'emplissent de larmes, que ce soit à cause de la sueur qui t'irrite, de la panique qui te fait pleurer comme un bébé qui appelle sa maman à l'aide, de la terre qui s'infiltre par les interstices des planches, ou de la combinaison de ces trois facteurs. Ton petit nid ne semble pas être à ton goût. Tu appelles, à t'en péter la voix, une vraie musique à mes oreilles, et le seul son qui te répond, c'est la voix de Pj Harvey qui chante le refrain de "Henry Lee".


Ça doit te faire sursauter. J'espère que le timing est bon, j'ai programmé le lecteur du mieux que j'ai pu. Ça doit faire tilt dans ta tête, en tous cas. Tu sais qui t'a fourré dans ce trou, maintenant. Tu te foutais de moi à chaque fois que je mettais cette chanson. ''Encore ta rengaine! Lalalalala, lalalalalee, a little bird lit down on Henry Lee''. Tu travestissais ta voix, prenait un ton nasillard qui m'agaçait, à un point, tu ne peut pas savoir.


Enfin si, maintenant, tu dois le savoir. Se moquer de moi, ça n'a jamais été une bonne idée, tu sais. Demande aux 6 connards à côté de toi. Quoiqu'il se pourrait qu'ils ne répondent pas, cela fait longtemps que je n'ai pas eu à apprendre à quelqu'un à rester à sa place, et un squelette présente généralement quelques difficultés d'élocution. Bah, je parie qu'ils s'en foutent à présent.


Ta respiration doit être devenue haletante. Tes mains sont en sang, les ongles arrachés par tes tentatives de gratter le toit de ta cage souterraine. Si j'étais toi, je me calmerais, vois-tu, tu es resté évanoui un moment dans ta jolie prison, et la quantité d'air qu'elle contient n'est pas infinie. Peut-être que tu commences à réfléchir à ta situation, à penser rationnellement. Allons plus loin, même, il se pourrait que tu aies remarqué lorsque tu tapais le couvercle, qu'il bougeais un peu. Ho, pas énormément, mais suffisamment pour te donner un peu d'espoir. ''Ce crétin n'est même pas foutu d'enterrer quelqu'un correctement'', te dis-tu, envahi par le soulagement.


Ou alors tu n'as rien remarqué, et tu mourras lentement d'asphyxie. Mais je n'aime pas vraiment ce scénario.


Je ne verrai pas ton visage lorsque tu passeras de l'autre côté.


Alors reprenons notre première hypothèse, si tu le permets. Tout heureux de constater la justesse de ton jugement à mon propos, tu rassembles, sûrement en riant de soulagement (ou alors, trop concentré sur la tâche que tu t'apprêtes à accomplir, tu ne penses qu'à ton but. Dommage. Gâcher ainsi ses derniers potentiels moments de gaieté, c'est triste.) ce qu'il te reste de forces afin de soulever cette planche de bois recouverte d'une mince couche de terre. Tu devrais y arriver.


J'y ai veillé.


Comme j'ai veillé à ce que la première chose que tu voie en sortant de ce que tu croyais être ta tombe, ce soit mon visage.

Que tu me fixe, que ma figure s'imprime dans ton joli petit cerveau.


Avant que la pelle que je tiens dans ma main rencontre ta tête.



Lalalalala, lalalalalee,

a little bird lit down on Henry Lee,


connard.


Par tibou
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