Bar. Céline. Soûl. Promiscuité. Amis. Pâques.

Publié le par tibou

Note : ceci est une sorte d’introduction à ce que j’ai vraiment envie d’écrire, et qui viendra plus tard, probablement. Une sorte d’avant-goût pour se donner du courage avant le gros morceau, qui a du mal à sortir.

 

 

Je rentre dans le bar. Fumée partout, étouffante. Dans ma poche, il y a les 10 £ qui vont me faire la soirée. On est mercredi, je le sais parce que c’est le ‘quids in’. Tu paies 1£ l’entrée, et toutes les boissons sont à 1£ après. Le paradis du poivrot.

 

Je suis déjà bien imbibé. Les mercredi, ça se déroule toujours de la même façon : pré-soirée apéro, ptite popote, puis le bar, et enfin retour à la cuisine pour ‘se finir’. Ca n’a pas l’air très joyeux ? Pourtant, la plupart du temps, ça l’est. On se marre. Je me marre. Enfin je crois. Des fois, je ne me rappelle plus vraiment de la soirée. Perdu dans un brouillard alcoolisé, je fonctionne plus par automatismes que par ma propre volonté. On ne se rend pas compte à quel point ce n’est pas normal de se réveiller à 16h pour se prendre une bière comme petit déjeuner, lorsqu’on est dans le ‘bain’.

 

Presque toutes les têtes du bar, qui pourtant, comme tous les mercredi est bondé, me sont connues, au moins de vue. Il y a Jay et Vanessa et Clem et Vince et Damien qui, comme d’hab, soupire d’agacement feint et se fait prier pour montrer le tatouage inspiré de Giger qui lui couvre tout le dos. Il y a Véro. Comme toujours, Jay lui parle, il essaie. Je me dis qu’il l’aura à l’usure. Et à côté d’elle, tu es là, en mini-jupe. Jolies jambes, grandes, musclées. Joli ensemble, en fait. On s’est parlé plusieurs fois, mais pas très longtemps, pas très souvent. Tu m’as l’air un peu coincée, peut-être à cause des lunettes rondes que tu portes et qui te donnent un air d’institutrice. Jay t’appelle Thérèse, en référence au Père Noël est une Ordure. Avec tes lunettes, il y a de ça, mais ce soir, tu ne les portes pas, et le fait est que ça te change du tout au tout. Ou alors c’est la jupe…

 

Je fais le tour du proprio, m’arrêtant toutes les deux secondes pour saluer untel ou une telle. L’université, c’est un peu une mini-ville dans la ville. Tout le monde se connaît, on est obligés de vivre les uns sur les autres, alors on se supporte, du moins on essaie. C’est pas toujours facile. On se dit parfois qu’on ressemble à ces animaux de labo enfermés dans un appart’ à ne rien faire et dont la troisième saison passe en ce moment à la télé. Big Brother. On accomplit le rituel du mercredi.

 

La musique est forte. Au bar, un des Frangins sert les boissons. Ca veut dire qu’on aura des coups gratuits. A un moment, je ne sais plus très bien comment, tu es là, à côté de moi, et je te parle, je dis sûrement un tas de conneries grosses comme moi, vu l’état dans lequel je suis. Tu m’as l’air triste, j’essaie de te faire rire, mais ça n’a pas l’air de fonctionner comme je le voudrais. Tu me regardes, un petit sourire sur les lèvres. Et puis soudain, je les sens sur les miennes. C’est doux et chaud et un peu humide et je suis paralysé et ça dure à peine une seconde et tu as déjà disparu dans la foule avant que j’aie eu le temps de dire ou faire quoi que ce soit, à tel point que je me demande si je ne rêve pas debout.

 

Le lendemain, quand tu me jetteras froidement, tu me diras que tu m’as embrassé par dépit, que ce soir-là tu en voulais un autre, mais qu’il t’avait froidement jeté. J’étais la solution de rechange, la roue de secours, mais pour l’instant, je n’en sais rien, ce que je sais c’est qu’une jolie fille m’a embrassé et qu’il faut que je la retrouve. Vite.

 

Je ne te retrouve pas. Tu as du rentrer. Alors je finis par reprendre le cours de mon rituel du mercredi, et à la fermeture, je suis cuit. Complètement. Je ne suis pas le seul, sur le chemin du retour Clem insulte la caméra de surveillance devant le passage souterrain, Vince montre son cul pour la deuxième fois… Je me concentre sur ma démarche, et c’est déjà bien assez compliqué comme ça. Jay gueule ‘Il y est, là, il y est !!!’. L’air me fait un peu de bien, mais ça n’est pas encore l’extase. Je me marre tout seul.

 

On s’affale dans l’ascenseur. 3e étage. La 307, la cuisine où on termine la nuit. Il y a déjà quelques personnes, et à ma grande surprise, tu te trouves parmi eux. Je donne un coup de coude à Vince et te montre du doigt, mais il a l’air très occupé à tenter de refaire son lacet.

 

Le reste de la nuit sera haché. Je me souviens de quelques bribes, floues, cotonneuses. Toi debout sur un banc, ma tête collée à ton ventre. Devant l’ascenseur, ta cuisse dans ma main, je t’embrasse maladroitement. Tu as la peau la plus douce que j’ai jamais touchée. Sans défaut, cuivrée, lisse comme du satin, et je me perds dans les effluves de ton parfum. Je ne peux plus sentir de musc aujourd’hui sans penser à toi.

 

C’est à peu près tout ce dont je me souviens. Le lendemain, je devrais subir les effets d’une gueule de bois monumentale, mais à mon grand étonnement, rien du tout. Je croise Vanessa dans un couloir, je lui raconte ce qui s’est passé hier, alors qu’elle était là, et qu’elle doit se rappeler de plus de choses que moi. Je crois qu’elle est soulagée que je m’intéresse à quelqu’un d’autre qu’à elle, c’est vrai que ça commençait à tourner à l’obsession malsaine. Je te cherche partout. J’apprendrai plus tard que toi aussi, mais pour des raisons différentes. J’ai encore ton parfum sur moi, alors que tu as depuis longtemps lavé la sueur aigre et les effluves de bières dont je t’avais fait ‘cadeau’. Vers 19h, je te trouve enfin.

 

‘_Il faut qu’on parle’

 

C’est foutu, je le sais déjà. Le reste n’est que formalité. Cette petite phrase, que tout le monde a entendu ou proféré à un moment ou à un autre, scelle cette jolie et courte parenthèse. Je me sens victime. Je suis en colère, je t’en veux. Tu te dis désolée, mais tu es froide et distante, tu évacues une situation gênante sans vraiment me regarder en face. Je t’en veux, mais je comprends. Je me souviens de la veille, vaguement, et ce n’était pas reluisant.

 

Le problème, maintenant, c’est que je suis salement accroché, et qu’il va falloir qu’on se croise tous les jours pendant des mois. Cette saloperie de promiscuité qui rapproche, mais aussi pèse, agace, énerve et finalement amène les meilleurs amis du monde à se détester. Heureusement, tu pars en Février en Autriche.

 

Mais contrairement à ce que je pensais, ces quelques mois se passent parfaitement. Il faut dire que j’arrive à mieux maîtriser ma consommation d’alcool, et que la colère a vite disparu. Je me sens bien, ‘normal’. Les bières au petit déj’, c’est fini, au moins temporairement. Toi, tu fais tout pour me mettre à l’aise. Tu as l’air de t’en vouloir, alors que je n’ai plus du tout de ressentiment. A ta soirée d’anniversaire, qui correspond aussi à ton départ, on parle pendant ce qui me semble des heures sur les marches de ton escalier. Sensation que tout s’enclenche parfaitement, comme un mécanisme bien huilé. Je n’ai pas à jouer un rôle, toi non plus. Une certitude me frappe : nous sommes amis. Je n’oublie pas cette première soirée, et toi non plus. Elle m’apparaît même avec le recul comme nécessaire à ce que nous avons vécu ensuite. Tu me dis que tu aimerais revenir à Pâques, revoir Véronique et tout le monde.

 

J’avoue être impatient.     

Publié dans tiboudblog

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Naweug 21/11/2006 11:58

Tu veux dire pour ton fameux toucher rectal ? >)

tibou 20/11/2006 20:19

je penserai à toi pour mes 50 ans :)

Phil 20/11/2006 13:28

Parce que si t'as plus besoin d'alibis , j'en connais moi  des coins bien comme y faut , ou tu pourras faire le déchet comme tu crois meme pas pouvoir imaginer ; te lever à 6 h du soir tous les jours , tomber des flacons  1 euro l'unité , gerber tout ce qui te reste d'estomac , des radasses accrochées au manche tant que t'en peux encore. De la theraphie choc , s'agit pas de mollir hein !

tibou 20/11/2006 12:14

il paraît que c'était pour étudier, mais après coup, j'ai comme un doute.

Phil 20/11/2006 12:11

C'est vrai que je vois pas ce que tu irais faire là bas si c'est pas pour picoler .