Vous ignorez tant de choses...

Publié le par tibou

Encore une note qui va me donner du fil à retordre, je le sens. J'aime pas parler des gens que je connais, même seulement un peu. Encore moins des gens que j'apprécie. Dans ma tête, ça tourne en boucle : ''Encore du copinage, t'en as pas marre de faire de la lèche, de te mettre en avant sous prétexte de faire de la pub à un bouquin qui le mérite ? Ton premier paragraphe, il est là pour quoi, à part te faire mousser ?''.

Sauf que là on est sur mon blog, et sur un blog, l'auteur à droit à un certain pourcentage d'autosatisfaction béate et d'égocentrisme affiché. C'est tout. Ceci étant réglé, revenons à nos moutons.


Virginie Cady, c'est une femme multitâche : danseuse, actrice, professeuse, scénariste bd et maintenant auteuse de roman. Ça fait beaucoup.

En plus elle a des jolies bottes.

Elle cumule, je trouve.

Trop ? J'avoue que si les deux bandes dessinées que j'ai lues d'elle ne m'ont pas déplu, je n'ai pas non plus été spécialement emballé. Alors j'avais comme une légère crainte de la déception en attaquant L'Illusionniste. Déception que j'ai pu me mettre derrière l'oreille bien vite.


L'Illusionniste n'est pas un bouquin facile. Ce n'est pas non plus un livre ''agréable'' à lire. Virginie a tout fait pour qu'il prenne le lecteur à la gorge, du début à la fin. Pas de pause. Pas de respiration. Un style haché, qui aspire dans une spirale, la même spirale que celle qui entraîne cette jeune femme dans ce qu'il faut bien appeler un véritable mais banal enfer. Des phrases courtes. Des points partout. Peu de virgules. Je parlais hier de gens qui arrivent à faire ressentir. Virginie, elle me met la tête dans son mal-être sur toute la longueur du bouquin. Et c'est repoussant. Quand je prenais le livre, je savais que l'expérience allait être éprouvante. Je faisais des pauses qui se sont révélées absolument nécessaires. J'avais mal au crâne. Il n'est pas énorme, ce livre, 250 pages environ, mais il est impossible de le lire d'une traite. Par moments, j'étais même dans l'évitement, je le regardais, je m'apprêtais à le prendre en main, et puis non, le dernier Batman fera mieux l'affaire, finalement.


Alors pourquoi continuer? Tout simplement parce que c'est un bon livre, qu'il est très bien écrit, et que les écrivains qui plongent leurs lecteurs dans leur histoire comme ça, ça court pas les rues. Parce que Virginie aborde l'adultère comme un sujet annexe de son roman, ne se focalise pas sur les affres de sa situation, mais sur le mécanisme implacable forgé par cet homme froid et calculateur, qui repère et capture sa proie comme on pêche l'espadon : en vérifiant et revérifiant tout, en ne laissant absolument aucune possibilité d'échappatoire. D'échappatoire, d'ailleurs, la victime n'en demande absolument pas. Consentante, prise dans le tourbillon qu'il a créé et qui l'entraîne au fond, tout au fond, elle se laisse couler doucement...


Surtout, Virginie a pris la décision de s'adresser à la femme de son amant pour raconter son récit, établissant ainsi dans le livre une relation à trois qui sinon n'aurait pas pris cette importance. Tantôt défiante, provocatrice (''La seule pièce que je n'ai pas imprégnée de ma substance est la chambre de votre fille. Cela au moins nous l'avons respecté. Dans chaque pièce de votre maison, toutes sauf une, il m'a pénétrée, léchée, caressée, comblée. Je l'ai sucé, j'ai joui de sa main,de son sexe, de sa langue, de ses mots, encore et encore.''), tantôt coupable, la narratrice finit par tisser à mesure que le piège de ce joueur se referme une relation de presque connivence avec cette femme qu'elle ne connaît qu'à travers lui. Au final, ce petit homme se retrouve presque totalement éclipsé par ces deux femmes liées par un destin commun, celui de la grossesse. Et ce monologue à la femme trompée se mue petit à petit en discours à l'adresse du futur enfant.


Et le lecteur dans tout ça, n'a-t-il pas l'impression lui aussi d'être laissé sur le bord de la route, toute l'attention de la narratrice étant focalisée ailleurs? Non, et c'est là une des grandes forces du récit : en interpellant la femme et l'enfant, virginie s'adresse aussi à nous, nous force à sortir de notre passivité de lecteur, agresse, cultive l'ambiguïté. S'adresse-t-elle vraiment à eux, ou finalement ces ''vous'', ces ''tu'' ne sont-ils pas pour nous? Nous faisons finalement partie de l'histoire, impliqués malgré nous, forcés à participer à cette ronde si banale, si glauque, si récurrente.


L'histoire n'a pas d'importance. Les personnages sont interchangeables à volonté. Ce qui se joue devant nous est on ne peut plus classique. Mais Virginie Cady parvient à en faire un récit haletant, transpirant d'émotions, refoulées ou extériorisées à outrance, un roman qui vit, et nous fait vivre.


Ce qui se joue, c'est la vie.

 

L'Illusionniste, de Virginie Cady,

Editions Ego comme X, 18 euros.


Publié dans bouquins - disques...

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Catskils 14/11/2006 19:19

Bon bin je peux dire que je suis émue et vraiment touchée... Merci Tibou!

Cécile 11/11/2006 23:39

ok, prochain achat pour moi, je note. merci

cubik 11/11/2006 13:30

'tain, et comment je fais ma note sur le bouquin, moi maintenant??
Remarque, contrairement à toi, je l'aurai bien lu d'une traite si j'avais pu. Là, m'en reste la moitié à lire. Mais c'est vrai qu'il est fort, le livre